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MFI HEBDO: Culture Société Liste des articles

13/10/2006
Chronique Livres

Droit humanitaire, mode d’emploi

(MFI) « Le droit humanitaire constitue l’ultime référence pour les situations de crise et de conflit », rappelle Françoise Bouchet-Saulnier, directrice juridique de Médecins sans frontières – la célèbre ONG, prix Nobel de la paix en 1999 –, en guise d’introduction à cette troisième édition mise à jour et augmentée du Dictionnaire pratique du droit humanitaire. L’ouvrage balaye l’ensemble du champ juridique ainsi que la responsabilité des différents acteurs de la gestion des crises et des conflits. Objectif : « restituer un sens et un contenu précis à tous les mots qui ont envahi le vocabulaire médiatique du malheur, dont on a oublié qu’ils sont porteurs de la force du droit ». Il s’agit en outre de présenter le droit humanitaire « sous l’angle du droit des victimes et des organisations de secours [face] aux acteurs dominants que sont les Etats et les forces armées ». Cour pénale internationale, crimes de guerre, réfugiés, conflits armés, droits de l’enfant, maintien de la paix, ONU, mines, état d’exception et état de siège, état d’urgence, évacuations militaires ou sanitaires, extermination… Ce « guide pratique des utilisations du droit international dans les actions de secours » propose près de 300 définitions juridiques ou/et analyses destinées aux praticiens des relations internationales et de l’action humanitaire, aux journalistes, aux juristes mais aussi aux citoyens qui se sentent concernés. Il prend en compte les nouvelles donnes liées à la guerre contre le terrorisme ou au fonctionnement des tribunaux internationaux et fournit aussi des synthèses des récentes jurisprudences.

Dictionnaire pratique du droit humanitaire, Françoise Bouchet-Saulnier, La Découverte/ Médecins sans frontières.

Antoinette Delafin


Questions pour la planète

(MFI) Si votre fils vous pose des questions sur le réchauffement de la planète, si votre fille réclame des éclaircissements sur le commerce équitable, plusieurs solutions s’imposent. Aller sur Internet se plonger dans trente ans d’archives du Monde Diplomatique ou de l’Encyclopédie Universalis en est une. L’autre, infiniment plus simple, consister à jeter un œil dans Le développement durable, publié dans la collection « Monde d’aujourd’hui » des éditions Autrement. Cet ouvrage explique avec une salutaire clarté les enjeux de ce concept, des plus philosophiques (Platon, les Américains Emerson et Thoreau) aux plus concrètes (bien fermer les robinets, éteindre la lumière en sortant d’une pièce, etc.). Bref : comment devenir des consommateurs responsables. Un livre utilement complété par une bibliographie et, pour les plus activistes, une liste des organisations qui militent en faveur de cette cause.

Le développement durable, Sylvain Allemand, Ed. Autrement, 96 pages.

Elisabeth Lequeret


Le goût du vin

(MFI) Le Prophète Mahomet faisait donner quarante coups de fouet à qui violait l’interdiction de boire du vin. Pour autant, faut-il penser que la consommation d’alcool disparut de l’Arabie du 7e siècle ? Que nenni. On sait qu’Aicha, son épouse favorite, mettait en question l’interdiction, citant ce hadith : « Vous pouvez boire, mais pas vous enivrer ». On rapporte par ailleurs que le Prophète lui-même buvait du nabid, sorte de vin de dattes, ce qui ouvre la porte à toutes les licences sophistiques : est-ce le vin seul qui était exclu, ou seulement l’ivresse ? Hugh Johnson, auteur du Guide des vins du monde entier, s’est attelé à ce travail de titan : livrer, de l’Antiquité à nos jours, une histoire mondiale du vin. Ce livre épais (près de 700 pages) fourmille d’anecdotes passionnante. Gageons que les amateurs tout autant que les non-buveurs y trouveront une euphorie… tout à fait livresque.

Une histoire mondiale du vin, Hugh Johnson, Hachette Littératures, 685 pages.

E. L.


L’héritage colonial en question

(MFI) Ecrit par un historien spécialiste de l’Algérie coloniale, ce livre à teneur très polémique –mais servi par une salutaire précision factuelle – nage à contre-courant de toute la doxa contemporaine sur le statut des immigrés, du mouvement des Indigènes de la République au tout récent débat sur la définition du mot « colonisation » dans le Petit Robert, sans oublier la sortie du film Indigènes de Rachid Bouchareb. De quoi est-il question dans ces pages ? De montrer que le racisme anti-Arabes ou anti-Noirs « que l’on peut constater aujourd’hui n’est pas le produit du passé colonial de la France, mais celui des difficultés que la société française rencontre depuis trois décennies ». Car « qui croit que l’Arabe jouant du couteau constitue une image originale se trompe. [A l’orée du siècle dernier], la sauvagerie des Italiens, leur esprit sanguinaire, leur traîtrise sont fréquemment évoquées dans les rubriques des faits divers. » De même les Polonais arrivées en France au début du siècle ne furent-ils pas épargnés par la xénophobie des Français, y compris dans sa dimension la plus sanglante. Car au finale, c’est bien du racisme et de ses constants déplacements d’objets qu’il est ici question.

Pour en finir avec la repentance coloniale, Daniel Lefeuvre, Flammarion, 230 pages.

E. L.


A quoi servent les secrets

(MFI) Plus que jamais, l’éloge du secret revient à faire le procès d’une époque où la transparence semble devenue une valeur essentielle, pour ne pas dire un habitus bourdieusien. Pour le psychiatre Pierre Lévy-Soussan, la parole intime est aujourd’hui sommée de devenir publique, partagée par tous, fétichisée par les reality shows, parée de mille vertus thérapeutiques et rédemptrices. Depuis la chasse au secret de famille jusqu’à la médiatisation des affaires publiques ou des vies privées, tout doit être dit : le droit de savoir est partout, de l’anonymat attaché au don d’organes à celui des naissances sous X. Autant de pistes à méditer, dont celle-ci : « L’espace du secret est la seule façon de surmonter la désillusion propre à la réalité. (…) Combien de révélations s’accompagnent d’une désillusion aussi grande que le secret espoir de résoudre les problèmes de sa vie ? »

Eloge du secret, Pierre Lévy-Soussan, Hachette Littératures, 190 pages.

E. L.




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