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| 10/11/2006 | |||
| Façons de parler | |||
| AUTOUR D’UN MOT : nanotechnologie (MFI) Elles sont aujourd’hui partout, les nanotechnologies ! Grâce à elles, les ordinateurs deviennent de plus en plus légers et performants, vous pouvez régler à distance le chauffage ou la climatisation de votre maison, les téléphones portables envahissent les lieux publics de leur cacophonie et on croise dans la rue des gens que l’on aurait regardés il y a quelques décennies avec commisération parce qu’ils parlaient tout seuls… Grâce aux nanotechnologies, la miniaturisation a gagné la technologie. En effet, en grec ancien, nannos signifie « nain ». Le mot a été délesté de l’un de ses « n » lorsqu’il est passé au latin nanus. S’il a donné peu de mots en français, à part « nanisme » (le fait d’être de très petite taille), il a été nettement plus productif sous la forme de préfixe. Longtemps, le préfixe « nano » est resté dans le domaine scientifique, où il a une valeur très précise puisqu’il divise par « 10 puissance 9 » l’unité qu’il précède : un nanomètre (millième partie du micro) par exemple, ou une nanoseconde. Mais suite au développement de l’informatique, maintenant « nano » signifie simplement « très petit » (donc plus petit que « micro »…). D’où l’apparition, il y a une vingtaine d’années, du mot « nanoréseau », qui désigne un réseau reliant localement plusieurs ordinateurs ; et plus récemment, de « nanotechnologie ». Il est donc entré dans la langue courante. Parallèlement, l’usage du mot « nain » a tendance à se raréfier, sauf pour désigner des variétés d’arbres ou de plantes (un rosier nain). On parle désormais de « personnes de petite taille », sauf lorsqu’on raconte l’histoire de Blanche Neige, bien sûr... A ceux que la technologie ne passionne pas, ou qui ont pour la littérature une passion parallèle, je signale d’ailleurs une très belle nouvelle de Michel Tournier : « Le Nain rouge » (dans le recueil Le Coq de bruyère). JEUX DE MOTS : charade (MFI) Questions : Mon premier est une note de musique. Mais si vous lisez régulièrement cette rubrique, vous connaissez la partie du corps homophone qui permet de dire qu’on en a vraiment assez. Pour mon deuxième, chantez la gamme, ou faites des châteaux en Espagne. J’ai presque honte, lecteur fidèle, de vous proposer en troisième le mot clé de cette rubrique ! Pour mon dernier, vous n’aurez aucun problème, soit que vous en soyez la fée, soit que vous soyez un suffixologue averti. Je vous vois à l’œuvre : Réponse : « do/dos » et « si », vous exclamez-vous ! Trop facile… Après avoir essayé « façon » et « parler », vous trouverez bien vite « mot ». Donc, [do-si-mo], à quoi vous ajouterez sans peine « logis/logie ». Là, vous risquez de marquer un temps d’arrêt (sauf si vous savez que dokimê, en grec ancien, veut dire épreuve) … ou d’aller en douce consulter votre dictionnaire. Vous y trouverez « docimologie », la science des épreuves, c’est-à-dire - dans le contexte de la pédagogie - la discipline qui travaille sur les différentes façons de contrôler les connaissances. On peut d’ailleurs se demander si la charade n’entre pas dans cette catégorie… MOTS DU CORPS : les dents (MFI) Si de jolies dents blanches agrémentent incontestablement un visage, force est de constater que les expressions qu’ont données les dents à la langue française ne sont pas positives et exploitent plutôt leur dureté. « Avoir une dent contre quelqu’un », c’est lui en vouloir fortement : on aurait presque envie de le mordre. D’ailleurs, il a intérêt à se méfier : on peut « serrer les dents » et supporter la situation sans rien dire pour le moment, mais on n’oublie pas ce qu’il a fait et on lui « garde un chien de sa chienne » : or un chien, ça mord… Si votre subordonné « a la dent dure », c’est qu’il critique sans ménagement. Peut-être parce qu’il « a les dents longues » (il est ambitieux). Et s’il « a les dents si longues qu’elles rayent le parquet » ou qu’elles le « rabotent », vous n’avez qu’à bien vous accrocher à votre place! Les choses ne s’arrangent pas lorsqu’on évoque métaphoriquement les dents de la scie ; ce qui est alors en jeu, c’est leur irrégularité. Devant les résultats de votre enfant « en dents de scie » en mathématiques – un jour un 18, le lendemain un 3 –, vous avez lieu de vous inquiéter. On comprend mieux la charge négative de « n’avoir rien à se mettre sous la dent », pour évoquer soit la faim, soit l’absence de preuve pour pouvoir accuser quelqu’un. « Etre sur les dents » n’implique pas forcément d’agressivité, mais une activité pleine de tension : il est sur les dents car il doit rendre un dossier demain matin. Quant à l’expression « mentir comme un arracheur de dents » – c’est-à-dire faire d’énormes mensonges –, elle nous fait sourire aujourd’hui, parce que s’il doit nous extraire une molaire le dentiste nous administre de puissants analgésiques, mais on comprend bien que cela n’a pas toujours été le cas et qu’on avait autrefois du mal à croire celui qui prétendait que cette extraction ne serait pas douloureuse… Finalement, pour qu’une connotation agréable soit associée aux dents, il faut leur ajouter un mot positif : alors, on peut « mordre à belles dents » dans un fruit, ou – comme Yannick Noah – « avoir les dents du bonheur » (les dents de devant un peu espacées). Ou encore qu’elles soient liées à un événement agréable : par exemple, lorsque « la petite souris passe » pendant la nuit et apporte une pièce ou une sucrerie à l’enfant qui a perdu une dent de lait et l’a soigneusement mise dans une petite boîte sous son oreiller avant de se coucher… | |||
| Marie-Claudette Kirpalani | |||
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