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16/03/2007
Les combats et les révoltes de Mongo Beti

(MFI) Les éditions Gallimard publient en trois volumes les écrits épars et inédits du bouillant romancier camerounais Mongo Beti. Contestataires et lumineux.

« L’écriture (...), chez nous, peut renverser les tyrans, sauver les enfants des massacres, arracher une race à un esclavage millénaire, en un mot servir », aimait dire Mongo Beti, disparu en 2001. Il ne serait peut-être pas une mauvaise idée de mettre cette réflexion en exergue dans les romans africains pour rappeler les véritables enjeux de l’écriture chez les peuples autrefois colonisés et toujours défavorisés. Alors que l’esthétisme pur et dur est en passe de devenir l’idéologie dominante de la littérature noire contemporaine, ce constat de bon sens par l’un des plus grands écrivains pourrait peut-être donner une nouvelle impulsion à l’idée d’engagement littéraire qui a guidé la plume des pionniers de la fiction africaine et a été à l’origine de tant d’œuvres de qualité. Beti faisait partie de ces pionniers-là et Le Rebelle I (le premier volume, deux autres tomes sont à venir), qui vient de paraître aux éditions Gallimard, est constitué des écrits et entretiens éparpillés du romancier camerounais et retrace le parcours de cette pensée militante.
Un parcours dont les débuts remontent aux années 1950. Agé alors de vingt-et-un ans, le jeune Alexandre Biyidi monte à Paris pour faire des études de lettres. Il collabore à la revue Présence Africaine. Un des premiers textes qu’il publie dans cette revue africaniste concerne L’enfant noir de Camara Laye. Organisé chronologiquement, Le Rebelle I s’ouvre sur cette critique au vitriol d’un roman emblématique de la littérature africaine: « Laye se complaît, écrit Mongo Beti, dans l’anodin et surtout le pittoresque le plus facile (...). Malgré l’apparence, c’est une image stéréotypée - donc fausse - de l’Afrique et des Africains qu’il s’acharne à montrer : univers idyllique, optimisme de grands enfants, fêtes stupidement interminables, initiations de carnaval, circoncisions, excisions, superstitions, oncles Mamadou dont l’inconscience n’a d’égale que leurs irréalités. » Et Beti de s’interroger en guise de conclusion: « Ce Guinéen, mon congénère, qui fut, à ce qu’il laisse entendre, un garçon fort vif, n’a-t-il donc rien vu d’autre qu’une Afrique paisible, belle, maternelle ? Est-il possible que, pas une seule fois, Laye n’ait été témoin d’une seule petite exaction de l’administration coloniale ? »

Un mélange de Socrate, Voltaire, Sartre et Césaire

Cet article donne le ton de ce premier volume du Rebelle qui compte en tout 17 textes et se propose de donner une idée aussi fidèle que possible de cinquante ans de résistance de Beti. Puisés dans les divers supports auxquels l’écrivain a contribué tout au long d’un demi-siècle de carrière littéraire, et surtout dans la revue Peuples noirs - peuples africains qu’il avait fondée en 1978 en compagnie de son épouse, ces écrits disent la résistance de l’écrivain contre l’institution littéraire, mais aussi « contre les horreurs de la colonisation française, les tyrannies de l’Afrique post-coloniale, les censures multiformes, l’hypocrisie des organisations humanitaires, l’impérialisme des pays occidentaux en Afrique et la négation de la dignité africaine », comme le rappelle André Djiffack qui a réuni ces textes. Le portrait qui se dégage de ce volume est celui d’un écrivain attachant quand il parle de sa mère qui lui a manqué pendant ses longues années d’exil en France, profondément engagé dans les combats pour les droits civiques. Citons encore Djiffack : « Il y a en lui un mélange de Socrate par l’élévation de l’esprit, de Voltaire par l’effronterie à l’égard des pouvoirs institués, de Sartre par le militantisme impertinent, et de Césaire par la lutte anti-coloniale en vue de l’émancipation du monde noir ». Il faut lire Le Rebelle, sans oublier toutefois que ce polémiste hors pair que ce livre révèle fut aussi un très grand romancier qui a su exploiter admirablement les ressorts de la fiction pour dénoncer la « ruine » et les « habitudes de malheur » de son peuple.

Tirthankar Chanda


Le Rebelle I, par Mongo Beti. Textes réunis et présentés par André Djiffack. Collection Continents noirs, Gallimard, 404 pages, 22 euros.



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