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30/03/2007
Chronique Musique

Bassekou Kouyaté : le maître du n’goni

(MFI) « Leur musique est une potion magique nécessaire dans un monde insipide de musique commerciale », affirme la célèbre chanteuse Dee Dee Bridgewater à propos de Bassekou Kouyaté et son groupe Ngoni Ba. Après avoir rencontré, à Bamako, cette jeune formation malienne, la grande dame du jazz a même décidé de l’inviter sur son tout nouvel album. Il faut dire que ce fils de griot, qui a grandi dans la région de Ségou, au bord du fleuve Niger, est un maître du n’goni, comme en témoigne son premier enregistrement Segu Blue (Out here records/Nocturne). Instrument central de ce disque, le n’goni, sorte de petite guitare, est un trésor du patrimoine musical mandingue bien plus ancien que la kora. Pour le valoriser, Bassekou Kouyaté a créé le premier quatuor de n’goni du Mali. Avec ses compères, le musicien joue un répertoire dont le groove ne peut laisser indifférent. Exemples : le magistral titre « Ngoni fola », ou « The river tune », au style plus nonchalant. Sans parler de « Banani », beau dialogue entre les n’goni et la guitare électrique au son blues de Lobi Traoré. Une fois de plus, Ngoni Ba prouve que le blues prend sa source à Ségou – capitale d’un des derniers empires précoloniaaux –, comme disait Ali Farka Touré. Côté chant, l’artiste reste fidèle à la tradition bambara en s’entourant des grandes voix de Kasse Mady Diabaté, Lansana Diabaté et Zoumana Tereta. Notons aussi la présence d’Amy Sacko, surnommée la « Tina Turner » malienne qui n’est autre que l’épouse de Bassekou Kouyaté. Des choristes qui ont l’art de narrer les récits épiques de l’Empire de Soundiata Keita du XIIIè siècle. Produit, à Londres, par Lucky Duran, Segu Blue est un album de référence qui devrait faire date dans la discographie des musiques africaines.

Gnawa Diffusion fait ses adieux !

(MFI) Après dix ans d’activisme musical, Gnawa Diffusion tire sa révérence en laissant une dernière trace : un cd-dvd live intitulé Fucking cow-boys (Uncivilized world/Discograph). « Avec ce titre, nous attaquons, bien sûr, les cow-boys américains, mais pas uniquement, car il y en a aussi en Algérie, en Israël ou en France. C’est un message à tous les indiens qui sont encore vivants pour les inciter à continuer le combat, afin de ne pas courber l’échine », précise Amazigh Kateb. Leader de cette formation grenobloise, le fils de Kateb Yacine – célèbre dramaturge algérien, mort en 1988 –, ne mâche pas ses mots. De la phobie de l’islam aux délits de faciès en passant par la mafia des généraux en Algérie, il aborde, sans compromis, tous les sujets sensibles. Signifiant homme libre en langue berbère, Amazigh est un prénom approprié pour cet artiste qui refuse tous les carcans musicaux. Avec son collectif, il mélange allègrement les rythmes gnawa des confréries soufies du sud algérien, le chaâbi algérois et le reggae-ragga jamaïcain. Un style bigarré qui a forgé l’identité de Gnawa Diffusion et que cette anthologie traduit fidèlement. Enregistré lors du fameux concert donné à l’Elysée Montmartre, à Paris, en novembre 2006, ce cd-dvd offre aussi des images des tournées algériennes du groupe, notamment, en 2001, lors des affrontements meurtriers en Kabylie. Que les fans de Gnawa Diffusion se rassurent, les sept membres vont continuer l’aventure chacun de leur côté. A commencer par Amazigh Kateb, qui travaille déjà sur un album solo et se lance dans le théâtre en reprenant Mohammed, prends ta valise, une pièce de son père sur la guerre d’Algérie et l’émigration.

Daniel Lieuze

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