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| 04/04/2007 | |||
| Zahia Rahmani, fille de harki, musulmane et écrivain | |||
| (MFI) La narratrice des romans de Zahia Rahmani est une écorchée vive, comme l’auteur. Elle cherche son ancrage à travers la mémoire ancestrale que sa mère mourante lui transmet. | |||
| Auteur déjà de deux romans, la Franco-Algérienne Zahia Rahmani livre avec son nouvel opus France, récit d’une enfance le dernier volet d’un triptyque identitaire poignant et cathartique. Dans Moze, le premier livre qui a fait connaître l’écriture rare, saisissante de simplicité et âpre de cette jeune femme écorchée vive, celle-ci racontait la tragédie de son père harki, écartelé entre ses diverses allégeances. Venu en France cinq ans après la fin de la guerre d’Algérie, après avoir connu les rigueurs et les terreurs des geôles algériennes qui n’avaient sans doute rien à envier aux camps d’emprisonnement coloniaux, Moze se suicide un 11 novembre devant le monument de mort du village de ce pays d’adoption qui ne voulait pas de lui. Rahmani poursuit ce récit de bannissement physique et spirituel dans son deuxième livre intitulé « Musulman », roman, qui est une fable du monolithisme identitaire dont la narratrice est prisonnière. « Je ne suis pas comme on me nomme, déclare-t-elle, et pourtant on me nomme. Ce Nom qu’on m’attribue, je sais la haine qui de tout bord le travaille. Elle mène au meurtre. Ce Nom dont j’ai hérité, ce Nom dont je ne peux m’écarter pour faire de moi un meurtrier, de tout côté on tente de le réduire. Mais à quelle fin ? (...) Je suis devenue « musulman ». Cela, je ne peux plus l’effacer. » Le bannissement de la narratrice rejoint ici celui de toute la communauté musulmane, enfermée comme elle dans un cabanon de zinc qui n’est pas sans rappeler le camp de Guantanamo et la violence fantasmatique dont les musulmans sont victimes aujourd’hui de par le monde. Après deux romans habités par la figure du père, le 3è est un hommage à la mère Alors que les précédents romans de Zahia Rahmani étaient consacrés aux deux premiers termes de son identité (harki et musulman), incarnés par la figure tragique du père et par la communauté religieuse dont l’écrivain est issue, son nouveau livre, paru il y a quelques mois, est un hommage à la mère. Prénommée Ourdia, qui signifie « femme rose », d’origine kabyle, elle est le pilier de sa famille déracinée qu’elle a tentée de ressouder et d’ancrer autour de la sacralité de la langue – elle ne parle que le kabyle – et la mémoire du passé qu’elle transmet à travers ses contes, à travers les récits des ancêtres. Consciente du mal que la société française assimilatrice fait à ses enfants, elle n’a cessé de leur rappeler : « Vous n’êtes pas ce qu’ils pensent que vous êtes. » C’est vers cette mère que revient la narratrice, alors que la mort la guette. « Depuis des jours ma mère est malade. Son cœur. (...) Je ne veux pas la perdre. Je ne peux pas. » Les plus belles pages de ce volume sont celles où la narratrice se remémore les récits familiaux que sa mère lui racontait quand elle était enfant. Récits d’un pays lointain, protégé par les montagnes de Kabylie qui étaient pareilles à des remparts et où des hommes sans droits avaient su « perpétuer le bonheur, maintenant leurs savoirs et leur dignité »... C’est en s’appuyant sur ce passé, riche en diversités humaines et culturelles et à mille lieues du présent monochrome et nationaliste de l’Algérie contemporaine, que les enfants de la « femme rose » pourront se réinventer. Mais les héros du passé ne sont pas leurs seuls modèles : ceux de la littérature le sont aussi. Surtout ceux de la littérature américaine qui a tant marqué Zahia Rahmani et à laquelle celle-ci rend ici un hommage bouleversant de vérité : « La littérature américaine a dit ses hommes. (...) Elle a dit la violence d’un pays et la nation qui en est advenue. Elle a fait de ce récit la marque indélébile de sa culture, inscrivant ses engloutis de toutes origines, ceux dont on éteint la voix, au panthéon des grands hommes... » Et si l’écriture, dont elle parle avec tant de passion, était le troisième terme de cette identité post-coloniale que Zahia Rahmani tente de définir depuis ses premiers écrits ? Tirthankar Chanda France, récit d’une enfance, par Zahia Rahmani. Ed. Sabine Wespieser, 166 pages, 16 euros. | |||
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