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14/08/2007
Livre : Nadine Gordimer raconte la fin de l’Eden sud-africain

(MFI) Dans son nouveau roman paru en anglais en 2006, celle qui a reçu le prix Nobel de littérature en 1991 met en scène les nouveaux dangers qui guettent son pays, l’Afrique du Sud. Catastrophe écologique, sida, violences...

A plus de quatre-vingts ans, la Sud-Africaine Nadine Gordimer poursuit inlassablement son combat contre les hypocrisies et les cruautés de la société bourgeoise de son pays. Avec pour seules armes l’écriture et l’imagination. C’est sans doute le seul combat qui vaille aux yeux de cet écrivain, blanche, africaine, qui a commencé sa carrière à l’âge de neuf ans en publiant sa toute première nouvelle. Une nouvelle inspirée par l’irruption matinale de la police des Botha et des Vorster chez ses parents, pour fouiller dans la chambre de leur domestique noire…
Ce matin-là, l’adolescente, fille d’un dirigeant communiste juif, choisit son camp : celui des Voltaire, Montesquieu, Dickens, Victor Hugo et Tolstoï, de tous ces écrivains dont les noms restent liés à des combats historiques contre les Bastilles de l’esprit et du réel. Le nom de Nadine Gordimer restera, lui, associé à tout jamais à la lutte contre l’apartheid. La disparition au tournant des années 90 du racisme institutionnalisé en Afrique du Sud n’aurait sans doute pas été possible sans l’engagement militant et créatif d’écrivains et d’intellectuels comme Gordimer, Breytenbach, Brink, pour ne citer que les plus connus. Lors de sa sortie de prison en 1990, l’icône de la liberté sud-africaine Mandela a d’ailleurs déclaré à tous ses compatriotes écrivains qui avaient pris fait et cause pour lui, que chaque fois qu’il lisait l’un de leurs ouvrages, il avait l’impression de repousser un peu plus loin les murs de sa geôle.
Avec le démantèlement de l’apartheid, les écrivains sud-africains les plus engagés ont perdu la source principale de leur inspiration. Certains, comme André Brink, ont revisité le passé historique de leur pays pour explorer les conditions d’émergence d’une Afrique du Sud bancale, déséquilibrée. Pour d’autres, comme Gordimer, la littérature a « un rôle social à jouer dans l’exploration de la réalité existentielle ». Elle puise donc son matériau dans le présent, dans le devenir ambigu de la nouvelle Afrique du Sud, dans les dangers qui menacent son équilibre fragile, dans ses injustices et ses tragédies. Depuis quinze ans, la romancière écrit pour faire une place aux « sans voix » de son pays renouvelé : les personnes atteintes du sida, les immigrés clandestins, les exclus du miracle économique sud-africain, les homosexuels, les mères violées réduites à abandonner leur progéniture dans les toilettes publiques... Le nouveau roman de cette Sud-Africaine vient de paraître en français, il s’intitule Bouge-toi !.

La fin de l’Eden sud-africain

Comment se reconstruire après avoir vécu l’apartheid, ce déni de la vie et de l’humanisme fondamental ? Telle est la question qui se trouve au centre de ce récit mais Nadine Gordimer pose la question en biaisant, en termes métaphoriques, à travers la parabole d’un militant écologiste condamné à mort par le cancer. Paul travaille pour une organisation non gouvernementale qui milite contre des projets de construction (barrages, autoroutes, centrale nucléaire) susceptibles de mettre en danger l’héritage naturel du pays. Le militantisme de Paul est brutalement réduit à néant lorsqu’il apprend qu’il est atteint d’un cancer de la thyroïde. Soigné par radiothérapie, il est placé en quarantaine en raison des risques de contamination de sa famille. Sa réclusion sera pour lui un moment privilégié d’exploration : des liens qui le rattachent à ses proches, et de ses propres limites. Paul en sortira guéri, mais pas indemne. Le cocon familial dans lequel il vivait est désormais brisé à tout jamais sous la pression conjuguée des tensions internes et de la réalité douloureuse du monde extérieur, où rôdent la maladie, les violeurs d’enfants, les politiciens.
Avec son brio coutumier, à coups de phrases courtes, lourdes de prémonitions, Nadine Gordimer raconte la fin de l’Eden sud-africain pour les Blancs, exposés désormais au mal au même titre que leurs concitoyens noirs. Ils sont surtout exposés au regard des autres, devenus leurs égaux devant la loi et avec lesquels ils vont devoir composer. Comme quoi, même aux antipodes, « l’enfer, c’est les autres ! »


Bouge-toi !, par Nadine Gordimer. Traduit de l’anglais par Georges et Marie Lory. Editions Grasset, 280 pages, 17,90 euros.

Tirthankar Chanda

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