| |||
| 04/09/2007 | |||
| Une rentrée littéraire sous le signe de l’abondance et de la diversité | |||
| (MFI) La rentrée littéraire 2007 attire l’attention par sa moisson exceptionnelle de nouvelles fictions. Les oeuvres africaines y occupent cette année encore une place de choix. | |||
| La fin des mois d’août et de septembre sont sans doute les plus excitants et les plus riches pour l’édition littéraire française. De nouvelles parutions fleurissent à l’occasion d’une rentrée littéraire qui s’annonce riche et diverse. Concept purement franco-français, la « rentrée littéraire » n’a pas d’équivalent dans d’autres pays. Elle désigne le nombre exorbitant d’ouvrages qui paraissent entre fin août et début octobre, parmi lesquels sont sélectionnés le plus souvent les lauréats des nombreux prix littéraires d’automne dont les plus prestigieux sont les Goncourt, Renaudot, Médicis et Femina. Etant donnés les enjeux commerciaux exceptionnels de ces distinctions, on a vu ces dernières années le nombre de parutions pendant les deux mois fatidiques de la rentrée s’accroître à un rythme effréné, pulvérisant les précédents records et déséquilibrant la production littéraire sur l’ensemble de l’année. Des chiffres et des lettres L’année 2007 n’a pas dérogé à la règle avec 727 nouveaux romans recensés contre 683 l’année dernière et 488 romans il y a dix ans. Malgré des reculs ponctuels, ce total n’a cessé de progresser au cours des dernières années. Les évolutions notables concernent la catégorie des premiers romans dont la part a quasiment doublé, passant de 58 à 102, alors que celle des romans étrangers est passée sous la barre des 50 % des nouvelles parutions. En matière de traductions, le domaine anglais continue d’occuper le haut du pavé avec 113 titres sur 208 titres étrangers paraissant cette année. Mais désormais l’anglophonie déborde le camp des anglophones traditionnels (Angleterre, Etats-Unis, Australie et Canada) et couvre tant les anglophones traditionnels que les littératures des pays anglophones émergeants : Inde, Nigeria, Ouganda, Afrique du Sud. Parmi les autres tendances fortes de ces dernières années, il convient de signaler le nombre grandissant de titres de plus de 500 pages. Le magazine Livres hebdo, la Bible de l’édition française, a pointé une bonne vingtaine de titres dans cette catégorie et parle de « l’effet Bienveillantes ». Pavé de près de 900 pages, Les Bienveillantes de Jonathan Littell a connu en 2006 un succès inattendu avec un sujet maintes fois traité (le nazisme). Lauréat du prix Goncourt et du prix de l’Académie française, ce roman fut le grand succès de librairie de l’année dernière, alors même que les intellectuels se déchiraient sur l’éclairage fictionnel que l’écrivain jette sur la personnalité des criminels nazis. Le succès de Jonathan Littell a manifestement décomplexé les romanciers francophones qui n’hésitent plus à présenter à leurs éditeurs des opus volumineux. Cette année, plus d’une vingtaine de romans et de documents dépasseront les 500 pages. Le nouveau réalisme francophone Si l’exploration de l’Histoire et ses non-dits par le Franco-Américain Jonathan Littell avait donné le ton de la création romanesque française de 2006, on assiste cette année à un retour en force du réel et du « bel aujourd’hui ». Les oeuvres les plus symptomatiques de cette tendance sont d’une part le docu-fiction, L’aube le soir ou la nuit, de la dramaturge Yasmina Reza qui raconte la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy dont l’écrivain a suivi avec assiduité les meetings, les réunions et les états d’âme de candidat, et d’autre part le récit à la Marguerite Duras de Mazarine Pingeot dans son nouveau roman Le cimetière des poupées. Partant d’un fait divers particulièrement macabre qui a tenu en haleine la France il y a quelques mois, la fille de l’ancien président François Mitterrand explore le thème de l’infanticide et de la maternité. Après avoir pris leurs distances par rapport à lui, les écrivains français manifestent un intérêt de plus en plus marqué pour le réel qu’ils veulent transformer à travers leur écriture. C’est le sens du travail littéraire et social entrepris par le collectif Qui fait la France ? dont font partie Jean-Eric Boulin, Faïza Guène et autres ténors de la jeune génération. Ce collectif a publié un recueil de nouvelles Chroniques d’une société annoncée dont les gains seront utilisés pour financer des projets sociaux dans les banlieues abandonnées par les services publics. C’est encore et toujours le souci du réel qui inspire l’œuvre de l’ancien journaliste de Libération Jean Hatzfeld dont les éditions du Seuil publient le troisième volume de son triptyque (La stratégie des antilopes, Seuil) consacré à la tragédie rwandaise. A travers ses entretiens avec les exterminateurs relâchés par le gouvernement rwandais et leurs victimes, Hatzfeld tente de dessiner la carte du nouveau Rwanda où les Hutu et les Tutsi devront cohabiter en paix. L’Afrique est présente cette année comme thèmes et décors de nombreux récits, mais aussi sous la plume de quelques-uns de ses écrivains les plus talentueux. Les plus notables sont le Congolais Alain Mabanckou avec un essai consacré à James Baldwin (Lettre à Jimmy, Fayard) ; le Guinéen Libar M. Fofana qui ressuscite dans son second roman sur la Guinée de Sékou Touré et ses turbulences (Le cri des feuilles qui meurent, Coll. Continents noirs, Gallimard) ; l’Algérienne Leïla Marouane raconte les heurs et malheurs de son Algérie natale (La vie sexuelle d’un islamiste à Paris) ; le Soudanais Jamal Mahjoub poursuit dans son nouveau roman son exploration des ambiguïtés et des richesses des identités métisses (Latitudes à la dérive, Actes Sud). La surprise vient cette année de l’Ethiopie, pays dont est originaire le jeune Dinaw Mengistu qui s’interroge à travers une narration complexe et maîtrisée sur le destin de sa communauté dispersée dans le monde (Les Belles choses que porte le ciel, Albin Michel). Enfin, on découvrira avec un grand bonheur de lecture les nouveaux romans des deux Mauriciennes Ananda Devi et Nathacha Appanah qui parlent de leur île, remontant aux origines de leurs histoires personnelles et collectives (Indian tango, Gallimard et Le dernier frère, L’Olivier). Après 2006 qui fut en quelque sorte une année africaine avec deux grands prix littéraires attribués à des auteurs du monde noir, l’Afrique est en passe de devenir une source d’approvisionnement majeure de l’imaginaire littéraire contemporain. | |||
| Tirthankar Chanda | |||
|