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| 07/11/2007 | |||
| Livres : Olivier Adam rate de peu le prix Goncourt 2007 | |||
| (MFI) Il aura fallu quatorze tours de scrutin, le 5 novembre, pour départager les deux finalistes du prix Goncourt 2007 : Gilles Leroy et Olivier Adam. Le premier l’a emporté avec son roman biographique consacré au couple Helda et Scott Fitzgerald. Mais le second, dont le livre marque la naissance d’un nouveau réalisme français, n’a vraiment pas démérité. Il fait même figure de « perdant paradoxal », auréolé du titre du meilleur romancier français de l’année. Secrets d’un succès. | |||
| A l’abri de rien est le cinquième roman d’Olivier Adam, qui avait remporté le Goncourt de la nouvelle il y a deux ans avec un récit au titre programmatique, Passer l’hiver. Son nouvel opus a divisé la critique parisienne : une moitié l’a accusé de « s’enliser dans les bons sentiments et les faux-semblants » (Le Monde) tandis que l’autre moitié a plutôt mis en exergue son « art d’aquarelliste » (Le Nouvel Observateur). Il donne à lire un récit social à la Zola ou à la Dickens, revu et corrigé par Céline, Marie Ndiaye et les romanciers du réel d’outre-Atlantique, Raymond Carver ou John Fante... dont les livres occupent une place de choix dans la bibliothèque d’Adam. Une dérive sociale et psychique dans la France d’aujourd’hui Quelque 200 pages pour raconter avec justesse et efficacité une dérive sociale et psychique dans la France d’aujourd’hui. En toile de fonds, la tragédie des immigrants sans papier abandonnés à leur sort, errant tels des fantômes dans les rues de Sangatte ou de Calais. L’intrigue se déroule dans ce pays plat du nord de la France, dont l’auteur décrit magnifiquement la misère sociale et le ciel bas, les zones pavillonnaires et les galeries commerciales orphelines. Orphelines de vie et de ce milk of human kindness (« lait de la générosité humaine »), pour citer un certain Shakespeare. La Beauce fantomatique des grands romans de Marie Ndiaye n’est pas loin, ni d’ailleurs les banlieues grises que raconte Céline. La première phrase du roman, « Comment ça a commencé ? », n’est pas sans rappeler l’ouverture du Voyage au bout de la nuit. Ils ont bravé mers et montagnes inhospitalières Au cœur du récit d’Olivier Adam, Marie, narratrice et personnage principal. Sa vie, ses échecs, ses sacrifices vont servir de prétexte à l’auteur pour brosser le portrait d’un pays et d’un peuple englués dans un quotidien sans perspective et sans histoire. Marie tente de s’élever au dessus de cette grisaille tant matérielle que spirituelle en se consacrant à la seule cause qui vaille, celle des clandestins, ces nouveaux « damnés de la terre ». Ils ont bravé mers et montagnes inhospitalières pour venir frapper aux portes des pays riches, réduits à vivre d’expédients en attendant le bon vouloir des passeurs qui les feront traverser la Manche. Déglinguée par les coups durs de la vie, deuil, chômage, désamour des siens, Marie va vers eux tout naturellement, rejoignant la poignée des volontaires qui tentent, tant bien que mal, de se substituer aux pouvoirs publics absents depuis le démantèlement du camp des réfugiés de Sangatte. La réaction de la jeune femme n’est mue par aucune idéologie ; c’est une réaction spontanée de solidarité humaine. Tout commence pour elle lorsque par une nuit d’automne, elle crève sur une route déserte et que l’un de ces « Kosovars » l’aide à changer son pneu avant de disparaître dans la nature. C’est en essayant de retrouver son bienfaiteur que Marie prend réellement conscience de la détresse des clandestins, de leur misère et de leur fragilité. Sa vie en sera bouleversée. Des phrases qui disent l’irréductibilité du réel « Je ne sais même plus pourquoi je me suis arrêtée à cet endroit, ce qui m’y a menée au juste. Devant la tente immense, ils étaient une vingtaine, peut-être plus, ils faisaient la queue avec leurs sacs Lidl à la main, à l’intérieur il y avait tout ce qui leur restait, ils ne s’en séparaient jamais. C’étaient surtout des hommes, les joues creuses et mangées de barbe, les yeux brillants de fatigue. » La vraie réussite d’Olivier Adam est moins dans son histoire, pour poignante qu’elle soit, que dans ses phrases courtes, descriptives, à la première personne, qui disent l’irréductibilité du réel. Elles témoignent de la souffrance de vivre avec empathie, sans jamais tomber dans le moralisme, en maintenant le regard toujours « à ras d’homme », la seule exigence que s’impose le jeune Olivier Adam en citant l’un de ses nombreux auteurs fétiches. C’est sans doute cet humanisme lucide qui a fait tant hésiter les jurés du prix Goncourt. A l’abri de rien, par Olivier Adam. Editions de l’Olivier, 220 pages, 18 euros. | |||
| Tirthankar Chanda | |||
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