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| 04/12/2007 | |||
| RFI fait résonner « Les Grandes voix du Sud » | |||
| (MFI) Ils sont tous là, réunis dans un élégant ensemble de sept disques : Senghor, Césaire, Tchicaya, Rabemananjara, Maunick, Damas, De Chazal. Les grandes voix poétiques de la francophonie conversent avec leur postérité, au-delà de l’oubli et de la mort. C’est une collaboration RFI et Cultures France. | |||
| « Je me lève tous les matins avec l’envie de me suicider. Je suis au désespoir. C’est pourquoi je fais une heure de culture physique qui me remet sur pieds. Puis, après avoir pris ma douche, quand j’ouvre ma fenêtre et je vois le soleil, je reprends goût à la vie » : ainsi parlait Léopold Sédar Senghor. Un Senghor secret, intime, comme on ne l’a peut-être jamais entendu. Senghor toujours : « Mon rêve était d’être professeur au Collège de France ». « Je suis homme, je suis nègre... Il est décevant d’être homme », renchérit Tchicaya U Tam’si. « Ma poésie est une poésie de passion, de fureur et d’engagement », gronde pour sa part le Mauricien Edouard Maunick, partageant de cette voix généreuse qui le caractérise, sa généalogie imaginaire, ses mythologies et les souvenirs de la « nature sorcière de (son) île natale ». Ce sont quelques échantillons des propos captés, entre anecdotes et déclamations poétiques, par les disques compacts que viennent de réaliser le département édition de RFI, en collaboration avec Cultures France et la collection La Librairie sonore des disquaires Frémeaux et associés. Ressuscitées les voix de poètes fondateurs de la francophonie, grâce à la magie de la technique et pour le plus grand bonheur des amoureux de la poésie et de la littérature. Le feu des origines Ces disques n’existeraient pas sans Jacqueline Sorel ! Longtemps journaliste et productrice à Radio France Internationale, celle-ci fut à l’origine de ces merveilleux enregistrements. C’est dans les années quatre-vingt que madame Sorel prend l’initiative de réunir – à l’époque sur des 33T en vinyle – des entretiens avec quelques-uns des grands auteurs francophones qui ne sont pas seulement poètes : de Senghor à Lopes, en passant par Césaire, Malcolm de Chazal, Sembene Ousmane, Ahmadou Kourouma et quelques autres. Riche initiative, car la littérature est peut-être éternelle, mais leurs créateurs, l’on a tendance à l’oublier, sont de simples mortels. Or la postérité a besoin d’entendre leurs voix, de les entendre parler de leurs réalités, des circonstances dans lesquelles ils ont produit leurs oeuvres, ou tout simplement de les entendre dire leurs poésies dont le temps inévitablement efface l’ardeur et fait oublier le feu d’origine. Depuis plusieurs années, ces enregistrements dormaient dans les archives de RFI. Leur reprise sur le support moderne du disque compact va permettre de redécouvrir ces « Grandes voix du Sud », vocable qui sert d’ailleurs de nom à la collection. Les trois premiers disques, réunis sous le titre Négritude et poésie, sont consacrés à Senghor, U’Tamsi et Rabemananjara. Le deuxième coffret contient 4 CDs et fait entendre les voix d’Aimé Césaire, d’Edouard Maunick, Léon-Gontron Damas et Malcolm de Chazal. Véritables invitations à voyager dans la mémoire de la poésie francophone, ces albums sont riches en sensibilités et en personnalités. Ils font découvrir les hommes que furent ces poètes et bien sûr leurs poésies, lues par des comédiens ou parfois par les poètes eux-mêmes. Chair de poule garantie. On regrettera seulement que le trio de la négritude (Césaire, Damas et Senghor) n’ait pas été réuni en un seul album, d’autant que le Guyanais Damas, placé dans un album consacré au thème de l’insularité dans la poésie, n’est pas tout à fait un insulaire! D’inouïes modernités L’on pourra écouter « Les grandes voix du Sud » avec à la main le numéro de la revue Cultures Sud (anciennement Notre Librairie) consacré au thème de la poésie francophone du Sud. Paru en janvier 2007, ce numéro présente quelques-uns des plus grands poètes africains, caribéens ou maghrébins, tous de langue française. Des textes critiques rappellent qui ils sont, leurs spécificités en tant qu’écrivain, mais aussi l’importance de leur contribution à la poésie française tout court. Utile rappel à un moment où les débats s’enflamment sur la francité des francophones. « Les poètes du Sud, rappelle Jean-Louis Joubert en présentant ce numéro de sa revue, sont au cœur même de la création poétique en français. Ils en sont un laboratoire central, expérimentant d’inouïes modernités par la grâce des cultures et des langues du monde qu’ils font vivre dans la langue française. » Oui, la poésie du Sud a sa place dans la bibliothèque de tout honnête homme de nos temps mondialisés, tel est l’enseignement des deux publications, sonores et sur papier, recensées ici. A écouter: « Les grandes voix du Sud I et II », 2 coffrets de 3 et 4 CDs. A lire: Poésie, grandes voix du Sud. Cultures Sud, n°164 janvier-mars 2007. 12,50 euros. | |||
| Tirthankar Chanda | |||
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