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| 18/08/2008 | |||
| Mahmoud Darwich: poète de l’engagement et de l’exil | |||
| (MFI) Il était le poète palestinien le plus célèbre. Mahmoud Darwich est mort au Texas le 9 août 2008 des suites d’une opération chirurgicale. Surnommé « l’amant de la Palestine », il n’avait cessé de chanter cette terre, sa beauté et sa soumission, à travers sa poésie identifiée au destin du peuple palestinien. Sa mort laisse orpheline toute une population qui avait déjà perdu, il y a cinq ans, une autre de ses grandes voix en la personne d’Edward Saïd. Dès qu’ils ont appris la nouvelle, samedi soir, les Palestiniens sont descendus dans la rue, bougie à la main, pour commémorer leur poète. | |||
| « Nous n’avons jamais eu un aussi grand besoin de poésie », aimait dire le Palestinien Mahmoud Darwich - qui vient de disparaître à l’âge de soixante-sept ans. Un poète immense qui a su à travers sa trentaine de recueils, traduits en une quarantaine de langues, donner corps aux espoirs, aux rêves, aux aspirations de son peuple, pris au piège d’une Histoire tragique. Sa poésie prend sa source dans cette Histoire, ainsi que dans la politique. Activiste, Darwich s’est très tôt engagé dans la vie de la cité en adhérant, à vingt ans, au parti communiste israélien. Proche collaborateur d’Arafat, dont il est porte-parole et conseiller, il s’oppose aux accords d’Oslo, en 1993, et démissionne du Comité exécutif de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP). « L’extase du papillon dans la lumière » Il le rappelait encore lors de son passage en France, en juillet 2008 : Darwich voulait être lu « comme un poète » et non « pas comme une cause ». S’il est vrai que cette implication dans la vie politique a profondément orienté l’écriture de Darwich, il serait toutefois injuste de réduire son œuvre à son aspect engagé. Riche et multidimensionnelle, celle-ci puise son matériau dans des thématiques les plus diverses, allant de l’amour au « pain de ma mère », en passant par « l’éternité de l’herbe » et « l’extase du papillon dans la lumière ». Cette réputation de poète engagé qui lui colle à la peau, il la doit d’abord à ses poèmes de jeunesse, inspirés par ses expériences précoces d’exil et de guerre. En 1948, il a sept ans quand l’armée israélienne occupe son village, jetant les habitants sur les chemins de l’exode. Après avoir séjourné plusieurs mois au Liban, les Darwich reviennent s’installer clandestinement en Galilée, leur ancien village ayant été entre temps rasé pour faire place à deux colonies juives. Le jeune Mahmoud grandit dans la terre natale devenue pays ennemi. C’est à l’école de l’occupant qu’il a écrit son tout premier poème, à l’occasion de l’anniversaire de la création d’Israël. Il a alors douze ans. « J’ai parlé de mon village détruit, du camp de réfugiés, raconte Darwich. J’ai été convoqué par le gouverneur militaire. Ce jour-là, j’ai découvert le prix des mots. » Il en découvre aussi la force et la puissance - dont est imprégnée toute son œuvre. Tous les Arabes connaissent Identité par cœur Dans son second recueil, figure le célèbre poème Identité que le jeune poète avait composé après un contrôle d’identité humiliant. « Inscris:/ Je suis arabe/ Mes cheveux... couleur du charbon/ Mes yeux... couleur de café/ Signes particuliers:/ Sur la tête un keffieh avec son cordon bien serré/ Et ma paume est dure comme une pierre/... elle écorche celui qui la serre... » Tous les Arabes connaissent Identité par cœur et, pendant longtemps, Darwich ne pouvait se rendre à une rencontre poétique sans qu’on lui demande d’en clamer quelques vers. Il y aura d’autres poèmes engagés. Mais le Palestinien prend très vite ses distances par rapport à cette écriture engagée vécue comme un abîme. Ses derniers recueils de poèmes publiés parlent de l’amour, de l’impossibilité d’aimer/d’être l’autre, en l’occurrence l’Israélienne qui fut son premier amour. « Entre Rita et mes yeux/S’interpose un fusil. » Il ne renonce pas non plus à chanter la Palestine - non pas comme sujet mais comme la métaphore de notre condition humaine ou d’une quête universelle de soi - d’un territoire intérieur plus que d’un territoire national. En ce sens, la poésie engagée de Darwich ne relève ni de la prédication ni de la déclamation mais plutôt de la célébration de la vie qui, selon le poète, est la forme la plus efficace de résistance à l’oppression. La poésie n’est plus perçue comme une arme, même pas miraculeuse, mais comme Darwich le dit joliment, « c’est une essence. C’est la résidence de l’homme sur terre. » Chassé comme Adam de l’Eden La nostalgie du pays natal est l’autre versant de la poésie de Darwich. N’a-t-il pas cherché tout au long de sa vie à rejoindre cette terre palestinienne dont il avait été chassé comme Adam de l’Eden ? A partir de 1970, date à laquelle il quitte la Palestine au grand soulagement des Israéliens qui voyaient d’un très mauvais œil les agissements de ce Palestinien communiste et subversif, la vie de Darwich est une somme d’errances à travers le monde (Moscou, Liban, Tunis, Paris, Le Caire), jusqu’à son installation en 1995 à Ramallah, en Palestine. Matériellement réconcilié à sa terre, le poète ne cessera pas pour autant de la chanter sur le mode nostalgique, ne pouvant se reconnecter avec le pays que par l’imagination. « L’exil est si fort en moi, s’inquiétait-il avant de pouvoir regagner la Palestine, que je l’emporterai peut-être au pays ! » Magistralement traduite en français par Abdellatif Laâbi, puis par Elias Sanbar, l’essentiel de l’œuvre de Mahmoud Darwich est disponible en français. Ses derniers recueils, parus aux éditions Actes Sud, ont pour titres : Etat de siège (2004), Ne t’excuse pas (2006) et Comme des fleurs d’amandier ou plus loin (2007). | |||
| Tirthankar Chanda | |||
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