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17/02/2009
Cérémonie des Oscars le 22 février 2009
Le roman dont est tiré le scénario de Slumdog Millionaire


(MFI) Vous avez peut-être déjà vu ou entendu parler du grand succès cinématographique de la saison. Il s’agit de Slumdog Millionaire, le beau film de Danny Boyle, mélodramatique à souhait, qui raconte l’épopée d’un jeune Indien devenu milliardaire grâce à un jeu télévisé. Mais connaissez-vous le roman dont s’inspire ce film qui connaît aujourd’hui un triomphe planétaire ? Voici son auteur indien, Vikas Swarup...

« Je suis le romancier le plus chanceux du monde », répète à l’envie Vikas Swarup. Ce haut-fonctionnaire indien de 46 ans est l’auteur du roman Les fabuleuses aventures d’un indien malchanceux qui devint milliardaire, qui vient d’être adapté à l’écran sous le titre de Slumdog millionaire. Avec le succès que l’on sait ! Ce film, qui raconte comment un jeune Indien, issu d’un bidonville miséreux, devient du jour au lendemain un milliardaire, en participant à la version indienne de « Qui veut gagner des millions ? », fait un triomphe dans les salles obscures du monde entier, mais aussi auprès des critiques du cinéma. Le film a été sacré meilleur film de l’année par le National Board of Review aux Etats-Unis, considéré comme l’antichambre des Oscars. Slumdog Millionaire a été en effet nommé à dix reprises aux Oscars qui vont être attribués le 22 février 2009. La question n’est plus de savoir si le film remportera les Oscars, mais combien de statuettes dorées tomberont dans l’escarcelle de son réalisateur britannique Danny Boyle ! Dans ce contexte, on comprend aisément que Swarup, romancier à l’origine de tout ce « buzz », soit ému. On le serait à moins…

Une construction brillante, toute en flash-back

Vikas Swarup fait partie de la génération d’écrivains indiens qui, à la suite de la reconnaissance internationale du meilleur d’entre eux – Salman Rushdie, pour ne pas le nommer – a pris d’assaut la République des lettres mondiales, trop longtemps monopolisée par des talents occidentaux. Ils y ont apporté une nouvelle respiration, de nouvelles philosophies et de nouveaux récits qui donnent à voir les heurs et malheurs des hommes sous des cieux autrement plus prégnants de sens et d’avenir que le ciel clément de l’occident tempéré. Ce qui caractérise, par ailleurs, ces nouveaux écrivains indiens, c’est leur diversité d’inspiration. Les plus jeunes comme Swarup n’ont aucun scrupule à affirmer que leurs modèles ne se trouvent pas du côté de la grande littérature, mais du côté de la littérature populaire que représentent Alistair MacLean ou James H. Chase. Aussi le souci principal dans leur entreprise d’écriture est-il de raconter des histoires qui tiennent le lecteur en haleine, d’écrire une prose simple mais sinueuse qui donne envie de tourner les pages. Tel est le secret du succès des Fabuleuses aventures d’un Indien malchanceux qui devint milliardaire.
L’intérêt du roman de Vikas Swarup (traduit en 37 langues) réside aussi dans sa narration fragmentaire. C’est une construction brillante, toute en flash-back. Soupçonné d’avoir triché pour pouvoir donner les bonnes réponses aux questions de l’animateur du jeu télévisé « Qui veut gagner un milliard de roupies ? », le protagoniste analphabète Ram Mohammed Thomas (rebaptisé Jamal Malik dans le film), évoque, dans le désordre, les différentes expériences de sa vie où il a puisé ses connaissances. A travers ces épisodes, plus dramatiques les uns que les autres, le romancier brosse le portrait d’un orphelin attachant, grandissant dans les taudis de Mumbai et de Delhi, voué à la malchance. On est dans le socialisme réaliste, mais aussi dans la comédie à la Bollywood, car malgré les drames de sa vie, le jeune héros ne perd jamais ni l’espoir, ni sa joie de vivre. Un optimisme que le film de Boyle transcrit avec un bonheur particulièrement contagieux.
Diplomate de profession, numéro deux de l’ambassade d’Inde en Afrique du Sud, Swarup a écrit ce premier roman alors qu’il était en poste à Londres en 2003, loin de la misère des bidonvilles dont il est question dans son récit. Il se considère « chanceux » car son roman a trouvé un éditeur rapidement, grâce aux capacités de persuasion de son agent littéraire, particulièrement dynamique. Il continue d’être béni par la chance car son deuxième roman « Six Suspects », qui vient de paraître, a été remarqué par la BBC qui en a acquis les droits cinématographiques. Mais ce roman policier a un problème, comme l’auteur l’a expliqué récemment dans le Guardian : « Le problème, c’est mon fils de neuf ans. Il m’a réclamé l’autre jour un lecteur MP 3. Comme j’ai dit non, il m’a répliqué qu’il se proposait de révéler la fin de mon nouveau roman sur Facebook, si je ne cèdais pas rapidement à sa demande ! »



Les fabuleuses aventures d’un indien malchanceux qui devint milliardaire, par Vikas Swarup. Traduit de l’anglais par Roxane Azimi. Editions Belfond, 372 pages, 21 euros.

Tirthankar Chanda

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