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26/05/2009
Déterrer les morts, condamner le négationnisme


(MFI) Alors qu’antisémitisme et négationnisme semblent reprendre de la vigueur, un prêtre catholique a fait de la lutte contre le négationnisme son cheval de bataille. Le père Patrick Desbois s’est récemment exprimé à Paris devant les journalistes.

En janvier 2009, l’affaire Williamson soulève la polémique et jette un froid sur les relations entre juifs et chrétiens. Mgr Williamson est l’un des quatre évêques de la Fraternité sacerdotale de Saint-Pie X, dont l’excommunication a été levée par le pape le 29 janvier 2009. Dans une interview diffusée quelques jours plus tôt, l’évêque Williamson avait nié l’existence d’une extermination de masse du peuple juif pendant la Seconde guerre mondiale. Les relations entre juifs et chrétiens sont mises à mal, et l’Eglise est accusée de fermer les yeux sur le négationnisme.
Pourtant, un prêtre a fait de sa lutte contre le négationnisme son cheval de bataille. Et pour donner du sens à ses déclarations, le père Patrick Desbois, directeur national des évêques de France pour les relations avec le judaïsme, conseiller du Vatican pour la religion juive, est parti sur les routes de la shoah. Loin des camps de concentration et des massacres méthodiques des juifs de l’Ouest, le prêtre a voulu retrouver les traces d’une shoah méconnue, celle des pays de l’ex-URSS. Il a concrétisé son engagement en créant, en 2004, l’association Yahad-in Unum. L’objectif de l’association est clair : trouver des témoins, déterrer les corps des juifs de l’Est, pour que personne ne puisse nier l’existence de ce massacre.

La « shoah par balle »

Le père Desbois est l’un des premiers à s’être intéressé à la Shoah dans les pays de l’ex URSS, notamment la Biélorussie et l’Ukraine. Son but ? Non pas chercher des responsables ou des explications, mais déterrer les juifs exterminés pendant cette période, afin de leur offrir une sépulture décente, et pour que les pays de l’Est puissent aussi faire un travail de mémoire. On estime que plus d’un million de juifs ont été exterminés en ex-URSS. Si le prêtre s’est intéressé à ce sujet, c’est que son grand-père a été déporté à l’Est pendant cette période. L’homme n’a jamais raconté cette terrible expérience. Il a seulement évoqué, un jour, le fait que la vie dans les camps était d’une horreur indescriptible, mais que « dehors c’était pire ».
La Shoah des juifs de l’Est est bien différente de ce qui a pu se passer à l’Ouest. Pour la plupart des juifs de l’ex-URSS, pas de camps d’extermination, pas de fours crématoires, mais des massacres, que le père Desbois qualifie « d’obscènes ». Les juifs étaient emmenés dans les campagnes, dénudés, puis exterminés par balle avant d’être jetés dans les fossés et recouverts de terre, jusqu’à aujourd’hui. Tout ceci s’est passé devant les yeux des villageois, qui sont aujourd’hui la principale source de renseignements pour les recherches de l’association Yahad-in Unum. Mais il faut faire vite. Les témoins, des enfants à l’époque, sont aujourd’hui âgés, et ce sont eux qui savent où creuser pour retrouver les preuves de ces massacres. Et comme le rappelle le père Desbois, « moins il y aura de témoins, plus il y aura de négationnisme ».

« Je condamne toutes les formes de négationnisme »

Sur la question de l’affaire Williamson, le prêtre a déclaré condamner toutes les formes de négationnisme. Il s’est dit heureux de voir que les évêques de France et d’Allemagne en faisaient autant. On pourrait dès lors croire à une divergence d’opinion avec le pape Benoît XVI qui a levé l’excommunication de l’évêque, mais le père Desbois, en réponse à cette question, s’est contenté de souligner que « Williamson a été réintégré comme chrétien, ceci ne veut pas forcément dire qu’il pourra reprendre ses fonctions d’évêque ». Williamson doit impérativement, selon le prêtre, faire ses excuses au peuple juif et cesser de nier l’existence de la shoah.
Au-delà de cette affaire, le prêtre a évoqué la conférence contre le racisme Durban 2, qui s’est tenu à Genève au mois d’avril 2009. S’il condamne les propos du président iranien Ahmadinejad, qui avait déclaré qu’Israël était un Etat raciste, le père Desbois regrette aussi ce qu’il nomme le « principe d’irresponsabilité » des Etats. Ceux-ci se sont contentés d’émettre des critiques sur leurs pairs, oubliant de regarder les pratiques racistes en vigueur sur leurs territoires.

Le père Desbois a écrit un livre, retraçant son parcours dans les pays de l’Est à la recherche des témoignages de ceux qui ont vu les massacres des juifs : Porteur de Mémoires, aux éditions Michel Lafon, 2007.

Camille Dubruelh

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