| |||
| 11/08/2009 | |||
| Rentrée littéraire 2009 : les romans viennent du Sud | |||
| (MFI) Ils sont Camerounais, Djiboutiens, Algériens, Haïtiens, Egyptiens ou Mauriciens. Ils sont en train de s’imposer comme les grands maîtres de la fiction contemporaine. La rentrée littéraire de cette année permettra de les découvrir ou de les redécouvrir. Les éditeurs français comptent sur eux pour compenser la déflation de la production littéraire française. | |||
| Bientôt, c’est la rentrée littéraire, l’un des moments phares de la vie intellectuelle française. Dans les librairies de France et de Navarre, le branle-bas de combat a déjà commencé : les éditeurs veulent tous occuper les têtes de gondoles ou le devant des vitrines afin d’assurer à leurs poulains les meilleures chances d’attirer l’attention des lecteurs. Cette rentrée qui s’étale sur quasiment trois mois - du 13 août au 28 octobre - et se terminera par l’attribution des principaux prix littéraires (Goncourt, Renaudot, Femina, Médicis, Interallié), proposera au public 659 nouveaux romans et 78 essais littéraires, selon les chiffres publiés par Livres Hebdo, le magazine de référence de l’édition. Après plusieurs années de production pléthorique, la tendance cette année est à la déflation. Le niveau le plus haut avait été atteint en 2007 avec 727 romans publiés. Depuis, on a assisté à un recul progressif des publications. Une chute qui touche essentiellement la production en langue française. Les romans traduits à partir des langues étrangères continuent de progresser, avec 229 nouvelles parutions annoncées cette année contre 210 l’an dernier. Waberi, Miano, Diop, Awumey : des voix diverses et percutantes On constate aussi, tant dans le domaine francophone que dans celui des littératures étrangères, une visibilité grandissante des écrivains du Sud qui occupent une place désormais prépondérante dans l’imaginaire littéraire. Leur littérature, devenue véritablement mondiale, puise sa richesses tant dans l’imaginaire du Nord que dans celui du Sud. Que serait la littérature aujourd’hui sans les Salman Rushdie, Wole Soyinka, Carlos Fuentes, V. S. Naipaul et autre Derek Walcott ? La rentrée littéraire française profite, elle aussi, de cet élargissement de nos horizons littéraires. Ces voix ne sont pas toujours nouvelles, mais elles n’en sont pas moins percutantes, comme le prouvent les parutions africaines de l’automne 2009. Elles réunissent plusieurs grands noms des lettres subsahariennes contemporaines : le Djiboutien Abdourahman Waberi, la Camerounaise Léonora Miano, le Sénégalais Boubacar Boris Diop et le Togolais Edem Awumey. Tous des écrivains établis, reconnus, dont certains ont plusieurs romans à leur actif. De sensibilités très différentes, ils illustrent la grande diversité de la littérature d’Afrique noire. Diversité d’inspiration, de style et d’écriture qui fait la véritable richesse de la littérature africaine en début de 21ème siècle. L’Afrique comme thématique pour Besson et Ndiaye Doyen du groupe, Diop livre avec Les Petits de la guenon (Ed. Philippe Rey) une réflexion sur l’histoire et la transmission entre les générations. Ce roman, traduit du wolof, raconte les heurs et malheurs d’un grand-père qui tente d’entrer en relation avec son petit-fils, émigré dans un pays lointain. Son intrigue évoque en écho inversé le roman du benjamin du groupe, Edem Awumey. Les Pieds sales (Seuil), le nouveau roman de ce jeune Togolais particulièrement prometteur, met en scène la quête d’un fils pour son père, sur fond de désespérance africaine et de racisme parisien. Avec Passage des larmes (Lattès), Waberi livre l’un de ses récits les plus émouvants et maîtrisés, organisé autour du thème du retour au pays natal. On lira aussi avec intérêt Les Aubes écarlates (Plon) de Léonora Miano qui fait partie de la trilogie que consacre cette talentueuse Camerounaise à la traite négrière et à ses conséquences. Parallèlement, on assiste au retour en force de l’Afrique comme thématique chez des écrivains français. Après Stéphane Audeguy (Nous Autres) et Patrick Deville (Equatoria), l’an dernier, c’est Patrick Besson et Marie Ndiaye qui nous invitent à leur tour à accompagner leurs héros dans leurs pérégrinations à travers le continent noir. Remarquablement raconté, le récit d’aventures de Besson, intitulé avec ironie Mais le fleuve tuera l’homme blanc (Fayard), se déroule au Congo et se nourrit d’une connaissance profonde de la riche culture congolaise. Enfin, dans son roman-événement, Trois Femmes puissantes (Gallimard), Marie Ndiaye nous invite à la suivre à Dakar dont elle recrée le vécu et le ressenti de ses habitants, à travers son écriture décalée où le magique rejoint le fantasmatique. L’Algérie se trouve elle aussi au cœur de plusieurs romans français de cette rentrée. Mais les récits les plus forts sur l’Algérie contemporaine viennent des Algériens, qui s’affirment comme des conteurs subtils des heurs et malheurs de leur beau pays. Maïssa Bey publie Puisque mon cœur est mort (L’Aube), Anouar Belmalek, Rapt (Fayard) et Amin Zaoui, La Chambre de la vierge impure (Fayard). Ils appartiennent à cette catégorie d’écrivains dont le roman devient, sous leur plume, le un formidable outil d’exploration du présent et du passé de leur société bloquée. Trouillot, Laferrière, Devi, Al-Khamissi : les incontournables Cette année, le Sud rime aussi avec l’espagnol - avec 22 romans traduits de la langue de Cervantès. La plupart viennent d’Amérique du Sud. Les Latino-Américains, porte-drapeaux des lettres du Sud, sont suivis, en seconde place, des Indo-pakistanais - avec une dizaine de nouveaux romans traduits en français, eux-mêmes suivis de près par les Turcs - avec 5 nouveaux titres. Mais les romans du Sud qui feront parler d’eux cette année seront sans doute haïtiens, mauriciens ou égyptiens. Les Haïtiens en question, Lyonel Trouillot et Dany Laferrière, connus du grand public, sont estimés par la critique pour leur gouaille et leur inventivité. Pour être à la hauteur de sa réputation d’écrivain performeur (chacun de ses livres est une performance de style, d’humour et d’imagination), Laferrière ne pouvait pas faire moins que d’écrire un roman en vers ! L’énigme du retour (Grasset) raconte, comme son titre l’annonce, la fin de l’exil, le retour du narrateur-écrivain à Port-au-Prince. Trouillot, l’autre grand Haïtien de la rentrée, propose avec son roman Yanvalou pour Charlie (Actes Sud) un terrifiant mais aussi cathartique voyage initiatique à travers les cercles de l’enfer haïtien. La Mauricienne Ananda Devi revient, après un détour par l’Inde, à son univers à la fois étouffant et poétique de l’île Maurice. Le Sari vert (Gallimard), où la violence affleure derrière la beauté et les mots : cette violence rentrée à travers un huis-clos familial, haineux et meurtrier. Enfin, l’incontournable de cette rentrée c’est Taxi (Actes Sud), de l’Egyptien Khaled Al-Khamissi. A mi-chemin entre création littéraire et enquête sociologique, cet ouvrage est composé de « cinquante-huit conversations » rapportées de ses voyages en taxis à travers les rues du Caire. Cette radiographie de la société égyptienne contemporaine s’est vendue à plus de 100 000 exemplaires en Egypte. Son éditeur pense que la traduction française pourrait connaître une fortune similaire. | |||
| Tirthankar Chanda | |||
|