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| 25/08/2009 | |||
| Manuel de l’anti-Afrique des idées reçues en quatre volumes (3) Aya de Yopougon, par Marguerite Abouet et Clément Oubrerie | |||
| (MFI/ LDB - Supplément littéraire) Alors que les éditions Gallimard vont publier le 5e volume de la rafraîchissante bande dessinée Aya de Youpougon – du nom d’un quartier populaire d’Abidjan –, nous avons rencontré à Paris sa talentueuse scénariste, Marguerite Abouet, coauteur avec Clément Oubrerie – pour l’illustration. Retour sur une œuvre dont le succès n’est plus à prouver : près de 250 000 exemplaires vendus pour les quatre volumes déjà publiés. | |||
| Le premier volume des aventures d’Aya, Adjoua, Ignace, Fanta, Innocent, Hervé, Bintou, Rita, Moussa, Mamadou et Bobby – et de tous les membres de leurs familles, leurs amis et leurs voisins –, avait été magistralement salué par la critique pour son originalité et sa grande qualité, et couronné par le prix du Premier album au Festival de bande dessinée d’Angoulême 2006. Au départ, un texte écrit de la main de Marguerite Abouet, une jeune femme, d’origine ivoirienne arrivée en France à l’âge de douze ans. Il raconte l’histoire d’Akissi, qui dans le projet final n’est autre que la petite sœur d’Aya. « Je voulais raconter un pays heureux, le mien, que j’ai toujours gardé dans mon cœur ». Clément Oubrerie, un illustrateur éclairé, qui a déjà bien des cases et des bulles à son actif, a envie de le mettre en images. Quelques planches sont envoyées aux éditions Gallimard où à Thierry Laroche, séduit, propose de publier l’album dans une nouvelle collection de bande dessinée, Bayou, dirigée par un bédéiste de renom, Joan Sfar… Avec une condition à la clé : faire grandir l’héroïne, qui devient Aya, jeune fille sage, studieuse et policée autour de laquelle gravite tout ce petit monde du quartier de Yopougon. L’aventure est lancée et l’expérience auprès des lecteurs est unique. On est loin des clichés ordinaires On est loin des clichés véhiculés d’ordinaire par la BD africaine dont Marguerite Abouet déplore le caractère souvent « collectif » et l’aspect « pédagogique ». Des albums destinés pour la plupart à la sensibilisation des populations au sida, au viol, au paludisme, à l’écologie… Autant de sujets graves, et un travail néanmoins nécessaire, mais dont l’auteur entend se démarquer radicalement. Car Aya est avant tout une histoire de cœur, celle que Marguerite Abouet a vécue comme une rupture et qui a servi d’amorce à la création. « J’en ai toujours voulu à mes parents de me faire quitter le pays du jour au lendemain et, en créant Aya, j’ai eu envie de montrer qu’en Afrique, et ici dans ce quartier d’Abidjan, qui est celui de mon enfance, on vit aussi normalement. » Ce faisant, elle se démarque aussi d’un certain folklore, que ce soit l’Afrique des contes pour enfants ou bien celle des grands penseurs ou des sages africains. D’où peut-être la singularité et la sincérité de ce travail qui a su trouver son public avec le juste ton. L’illustrateur, Clément Oubrerie, qui ne connaissait pas Yopougon, a entre temps fait le voyage et effectué beaucoup de croquis et des centaines de photographies. Résultat : les décors d’Aya sont de vrais décors : l’Hôtel aux Mille étoiles où vont se retrouver chaque nuit les amoureux existe réellement ; le luxueux Hôtel Ivoire retrouve, dans ses planches, tout son faste des années 1980. Son travail, très minutieux dans les détails, dégage une grande sensibilité. A l’instar du personnage d’Innocent, ce garçon coiffeur qui décide, dans le 4e volume, d’aller assumer son homosexualité en France. Il porte un blouson rouge cintré et une mèche frisottée sur le front. Un look qui n’est pas sans rappeler notre roi de la pop – récemment disparu – à l’époque de Thriller. Un détail savoureux que Marguerite Abouet commente en ces termes : « Michaël Jackson est venu un jour à Abidjan et il a copié le look d’Innocent »… Autre aspect très travaillé de cette saga : l’emploi d’un français de Côte-d’Ivoire, mâtiné de nouchi : ainsi, une fille devient une « go », chaque rencontre entre les protagonistes est ponctuée de « on dit quoi ? » et du fameux « dêm ! » L’ensemble est très fluide mais un lexique en fin de chaque volume permet de mieux savourer les expressions typiques : ainsi, les « gazelles » vont « gazer » le soir et quand les « reshnies décalent » trop bien, les « génitos » leur payent des coups dans les « maquis » où l’on grignote des « allocos » pendant que les vieux boivent du « koutoukou en agouti ». Et quand par enchantement, « l’enjaillement » entre un « petit modèle » et un « môg » se produit, ils finissent par faire « plocoplaca » à l’Hôtel aux Mille étoiles… Aya a su trouver son public en Occident. Et pour qu’elle rencontre au mieux son public en Afrique, Gallimard a mis en place une édition souple (4 euros au lieu de 15 pour l’exemplaire cartonné), un prix qui reste encore trop élevé. Du coup, l’auteur a créé une association qui va mettre en place des bibliothèques de quartier : la première ouvrira ses portes à Adjamé ces jours-ci. Enfin, on retrouvera Aya sur les écrans de cinéma en 2011. Une adaptation des deux premiers volumes en dessin animé, avec les voix de comédiens ivoiriens et africains, et dont Marguerite Abouet et Clément Oubrerie seront les coréalisateurs. Une large place sera accordée à la musique, très présente à Yop’ City. D’ici là, on attend les parutions du 5e puis du 6e (et derniers) volumes de la saga. Autant de leçons de vies du tandem Abouet - Oubrerie, qui a su donner de l’Afrique une image actuelle sans complaisance mais sans jamais sombrer dans la caricature. Une Afrique proche de la réalité. www.brazzaville-adiac.com | |||
| Nathalie Philippe | |||
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