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13/10/2009
Les 25 bougies de Wasafiri

(MFI) Depuis un quart de siècle, ce magazine britannique de littérature internationale milite pour faire mieux connaître les ouvres des écrivains issus de la colonisation et de l'immigration. Son numéro d'anniversaire, qui retrace l'histoire de la République internationale des lettres en émergence, raconte comment la littérature de langue anglaise a cessé d'être le miroir d'un Albion étriqué et insulaire pour se transformer en une littérature du monde complexe et diverse.

« Les récits ont toujours voyagé et la littérature a de tout temps été le produit d'un brassage d'influences et d'idées diverses qui passent d'un continent à l'autre », aime répéter Susheila Nasta, fondatrice de Wasafiri, magazine littéraire anglais consacré justement à ce phénomène d'internationalisation en littératures. Un phénomène qui est le thème du numéro anniversaire (n°59) de la publication qui célèbre en 2009 ses 25 années d'existence, avec des contributions de Chinua Achebe, père du roman africain moderne, du Kényan Ngugi wa Thiong'o, du Soudanais Jamal Mahjoub, de l'Indienne Anita Desai, de la Pakistanaise Moniza Alvi, de la Sud-Africaine Zoë Wicomb ou de l'Algérien Amara Lakhous. Comme il se doit, cet anniversaire se clôturera sur une fête grandiose et littéraire, prévue pour le 31 octobre, au Southbank Center, à Londres.

Des voyageurs culturels à cheval sur plusieurs traditions

Créé en 1984, Wasafiri signifie en kiswahili « voyage ». Depuis vingt-cinq ans, ce magazine donne la parole aux écrivains issus de l'émigration et de la colonisation qui sont en train de reconfigurer les canons de la littérature de langue anglaise. « Nous avons choisi ce nom, explique Nasta, car les auteurs qui nous intéressaient - quelles que soient leurs origines culturelles, qu'ils soient africains, caribéens, sud-asiatiques, britanniques noirs ou issus d'autres diasporas qui ont fait souche en Angleterre - ont tous été en quelque sorte des voyageurs culturels, (...) à cheval sur plusieurs traditions. En effectuant des traversées à travers des mondes profondément différents, ces créateurs ont établi des liens et des connections importants qui ont enrichi et diversifié la production littéraire contemporaine. » « Everything to declare », Wasafiri, n°59. Publication de The Open University, Londres. Pour s'abonner à ce magazine, écrire à wasafiri@open.ac.uk Ces créateurs ont pour noms Salman Rushdie, Wole Soyinka, John Coetzee, Michael Ondaatje, Kazuo Ishiguro, Vikram Seth, Ben Okri, Zadie Smith, Hanif Kureishi, V.S. Naipaul, Derek Walcott. Des noms que tout honnête homme de ce début du 21e siècle connaît, lit et sans doute apprécie. Mais tel n'était pas le cas en 1984, lorsque le premier numéro de Wasafiri a été publié. Les littératures à l'époque étaient avant tout nationales : anglaise, française, espagnole, américaine... Les expressions « world literature » (littérature du monde) ou « multiculturalisme » n'avaient pas encore connu la fortune que l'on sait. Mais il existait déjà depuis plusieurs décennies un corpus d'ouvres produites par des auteurs issus des minorités ethniques. Celles-ci s'étaient installées en Angleterre dès les années 1950, à la faveur de l'émigration massive des populations des pays anciennement colonisés, souvent venues en métropole pour aider à la reconstruction de la mère-patrie ravagée par la guerre. « Nous avons créé Wasafiri, se souvient sa fondatrice, dans le but de donner plus de visibilité à ces littératures, afin que les ouvres écrites par des minorités soient considérées comme des ouvres littéraires à part entière. Numéro après numéro, nous avons défendu le point de vue que les préoccupations de ces auteurs ne concernaient pas les marges de la société britannique, mais se situaient au cour même de la modernité contemporaine. A ce titre, elles devaient être abordées, lues, étudiées comme faisant partie du canon littéraire dont elles sont en train de repousser les murs de l'intérieur ». Les titres des numéros de Wasafiri qui ont marqué les esprits au cours des dernières années reflètent cette quête de définition d'une scène littéraire multiculturelle ou multi-traditionnelle: « Re-inventing Britain » (réinventer l'Angleterre), « The Long March: migrant writings in Europe » (La longue marche : littératures d'immigration en Europe), « Translation » (Traduction). Autant de thèmes qui renvoient au processus de construction de nouvelles identités littéraires. « Everything to declare » (montrer pattes blanches!) est le titre du numéro 59 de Wasafiri, paru en septembre 2009. Ce volume anniversaire revient sur l'histoire de la revue, mais aussi sur l'histoire de l'internationalisation des littératures qui, pour être un phénomène récent, n'en est pas moins riche en scandales, en controverses, en contestations et en renouveau, comme l'ont été les écoles et les mouvements littéraires à travers les âges. Le mérite principal du trimestriel lancé par Susheila Nasta est d'avoir été depuis un quart de siècle à la fois le miroir et le forum fidèle de ces débats si fertiles qui ont contribué à l'émergence d'une véritable République internationale des lettres.

Tirthankar Chanda

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