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| 26/01/2010 | |||
| Québec, France, Belgique
La domination masculine, un film qui remet les idées en place | |||
| (MFI) Pour celles et ceux qui auraient oublié les luttes féministes du XXesiècle qui ont apporté un souffle d'air libre aux femmes, le documentaire de Patric Jean est une claque. La domination masculine fait, pendant une heure quarante, un état des lieux alarmant de la condition féminine en France, en Belgique et au Québec, où le film vient de sortir. | |||
| Le film ouvre avec humour sur une opération de rallongement du pénis : « Un centimètre de plus, c'est un centimètre de plus dans la tête », dit le chirurgien en blouse verte. Le documentaire fourmille ainsi de séquences grinçantes qui nous font (re)prendre conscience des stéréotypes qui formatent la pensée et les relations de genre : les jouets pour enfants (électroménager et déguisements de princesse pour les filles, super héros et jouets « créatifs » pour les garçons), le speed-dating et la recherche de l'homme-cliché protecteur des femmes, ou encore une séquence hilarante de Pierre Tchernia (présentateur de télévision des années soixante-dix) au salon des arts ménagers, qui vante le meilleur outil pour le ménage : la femme ! Mais quand il s'agit de la misogynie revendiquée, là, on ne rit plus. Les déclarations sexistes et assumées du chanteur Léo Ferré, autoproclamé anarchiste - « L'intelligence des femmes, c'est dans les ovaires » -, ou du chroniqueur de droite, Eric Zemmour - « Il faut qu'il (l'homme) soit un prédateur sexuel civilisé (.) il faut de la virilité, il faut de la violence » -, font froid dans le dos. surtout quand on est une femme. Des images de femmes terrorisées Puis, en passant par les salons automobiles et la marchandisation du corps féminin, les discriminations salariales, le film nous emmène petit à petit sur le versant de la violence, et d'abord la violence conjugale. Patric Jean nous montre des images de femmes terrorisées qui, malgré le fait qu'elles soient enfin capables de témoigner, se débattent pour comprendre pourquoi et comment elles sont arrivées à supporter si longtemps la violence et l'humiliation quotidiennes. Et l'escalade continue. Car si les femmes battues sont bien mieux protégées et prises en charge au Québec qu'en France ou en Belgique (il y a autant de refuges pour femmes violentées dans la ville de Montréal que dans la France entière), on avait oublié Marc Lépine, qui tua 14 personnes à l'école polytechnique de Montréal en 1989, parce qu'elles étaient des femmes en terre masculine. La dérive « masculiniste » Aujourd'hui, le mouvement « masculiniste » - par opposition au féminisme -, dont plusieurs membres (sans jeu de mots) ont été interviewés par Patric Jean, légitime la violence de la domination masculine par tous les moyens, intellectuels ou physiques, pour rendre à l'homme sa supposée virilité perdue. Les « masculinistes » sont organisés, ils sont de toutes origines sociales et ont pignon sur rue comme psychologue, professeur, mais aussi parfois sous le faux-nez d'association de défense paternelle. Ils justifient la violence conjugale, ils accusent de mensonges les femmes battues et ceux qui les défendent ou les protègent - « il y a autant d'hommes violents que de femmes violentes, c'est ça la vérité », dit l'un d'eux. Mais quand les « masculinistes » pleurent l'autorité patriarcale perdue et fustigent les féministes, on est frappé par l'analogie avec le discours raciste : le mal vient de « l'autre », cet autre qui est responsable de notre malaise ; il est donc salutaire, sinon de s'en débarrasser, au moins de lui faire sentir le joug qui le maintient en place ; pour eux, « restaurer l'autorité masculine », c'est pérenniser la société. Pour rencontrer les « masculinistes », le réalisateur s'est fait passer pour l'un d'eux - leurs noms sont les seuls à ne pas être mentionnés au générique - mais depuis, Patric Jean a reçu suffisamment de menaces pour le décourager d'aller présenter son film sorti le 22 janvier en terre québécoise. Voici donc un documentaire qui fait réfléchir et remet les idées en place sur un sujet que l'on pense souvent rebattu. C'est vrai, après 3000 ans de domination machiste, on croyait naïvement que les luttes de nos mères avaient apporté un progrès immuable vers l'égalité et la reconnaissance. Mais comme dans toutes les luttes sociales, arrêter le combat revient à céder la place à la réaction. Et quand cette réaction a derrière elle la construction d'une hiérarchie millénaire, la trace des trois pas en avant faits par le féminisme pourrait bien être effacée rapidement. En savoir plus : http://www.ladominationmasculine.net | |||
| Agnès Rougier | |||
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