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| 09/02/2010 | |||
| L'Afrique dans l'histoire du monde
Retour sur l'aventure Présence Africaine | |||
| (MFI) A l'occasion de l'exposition consacrée à Présence Africaine, en cours de transfert à Dakar après avoir enchanté Paris, la revue d'anthropologie des arts Gradhiva revient sur l'héritage politique, culturel et intellectuel de ce mouvement qui a réaffirmé la présence de l'Afrique dans l'histoire du monde. Composée d'articles et de témoignages, elle propose une réflexion sur les conditions de production culturelle des savoirs des opprimés dans un contexte de domination. | |||
| Il y a un peu plus de soixante ans naissait Présence Africaine. D'abord, la revue, en 1947. Deux ans plus tard, la maison d'édition du même nom. Et enfin, dans les années 1960, la célèbre librairie Présence Africaine située au cour du quartier latin de Paris, que tous les africanistes connaissent. La naissance de cet ensemble est un moment important dans l'histoire intellectuelle et littéraire du monde africain francophone et au-delà, du monde noir tout court. Attirant l'attention sur la centralité de Présence Africaine dans le mouvement de pensée qui a conduit aux indépendances des pays africains dont nous célébrons cette année le cinquantenaire, Sarah Frioux-Salgas écrit, dans le numéro spécial de Gradhiva titré Les conditions noires : une généalogie des discours, que la revue de la rue des Ecoles s'est imposée dès sa création comme « l'une des références incontournables de la pensée postcoloniale ». Sarah Frioux-Salgas est la commissaire de la belle exposition sur le mouvement Présence Africaine montrée au musée du quai Branly à Paris jusqu'au 31 janvier dernier. La manifestation est en cours de transfert et d'installation à Dakar où on célèbre cette année le centenaire de Diop. Composée de nombreux ouvrages, de documents d'archives, de photographies, mais aussi d'enregistrements sonores et audiovisuels, l'exposition a pour but de rappeler les conditions de genèse de ce mouvement en pleine période coloniale, sous l'impulsion visionnaire de son fondateur Alioune Diop. Une tribune, un mouvement, un réseau A travers la dizaine d'articles et de témoignages qui le composent, ce numéro spécial de la réputée revue d'anthropologie des arts (fondée par Michel Leiris) propose une réflexion sur la généalogie et le rayonnement de Présence Africaine. Compte tenu de la diversité d'activités et missions qu'on associe avec ce nom (de l'édition à la vente de livres, en passant par l'ingénierie culturelle et l'organisation des rencontres littéraires et artistiques), il n'est sans doute pas étonnant que d'emblée s'est posée pour ses auteurs la question de la définition de Présence Africaine. Une première réponse est proposée par Salah Frioux-Salgas qui explique, dans son article d'ouverture, qu'outre ses activités éditoriales, Présence Africaine a été, surtout dans les années 50 et 60 « une tribune, un mouvement, un réseau qui ont permis à plusieurs courants d'idées liés au monde noir de s'exprimer et de se débattre ». Plusieurs articles signés par des universitaires de renom (Pap Ndiaye, Bernard Gainot, Romuald Fonkoua) s'attardent sur les conditions d'émergence de Présence Africaine. Ils expliquent que le mouvement auquel l'intellectuel et homme politique sénégalais Alioune Diop a donné corps en pleine période coloniale n'était pas né du néant. Il s'inscrit à la fois dans le contexte des mouvements de libération et d'affirmation politique qui se sont développés dans l'espace francophone au début du 20e siècle, mais aussi dans le bouillonnement des idéaux panafricains et transnationaux représentés par les Caribéens George Padmore et Blyden et les mouvements littéraire et artistique new-yorkais (Harlem Renaissance) et parisien (négritude). Cet héritage intellectuel est certes capital, mais c'est aussi la conjoncture qui explique le succès de Présence Africaine. « L'idée (de la création de Présence Africaine) remonte à 1942-43, a raconté Alioune Diop. Nous étions à Paris un certain nombre d'étudiants d'outre-mer qui - au sein des souffrances d'une Europe s'interrogeant sur son essence et sur l'authenticité de ses valeurs - nous sommes groupés pour étudier la situation et les caractères qui nous définissaient nous-mêmes. » Les horreurs de la deuxième guerre mondiale avaient ébranlé les certitudes humanistes de l'Europe. C'est dans ce contexte que les intellectuels africains réunis autour de la personnalité charismatique de Diop vont contester le bien-fondé du projet colonial basé sur la mission civilisatrice de l'Occident et réclamer l'indépendance de leurs pays. Mais ils se rendent également compte que la revendication des libertés nécessite une redéfinition et revalorisation préalables des cultures noires. Pour être libres dans les faits, il faut que les Africains soient libres dans leurs têtes. La revue Présence Africaine et puis la maison d'édition qui a publié, parmi beaucoup d'autres, Aimé Césaire, Cheikh Anta Diop, Sembène Ousmane, Mongo Béti, se sont attelées à cette mission capitale de libération par la culture et la littérature. Des porteurs de clarté Outre les articles, on lira avec intérêt dans ce numéro exceptionnel de Gradhiva les témoignages précieux de l'Haïtien René Depestre et du Français Georges Balandier, tous deux compagnons de routes et complices de Diop. Ils restituent l'atmosphère de l'époque, la fécondité des débats sur la littérature qui ont été nourris et animés par Présence Africaine au cours des premières décennies de son existence. Le dossier se clôt sur des documents précieux dont un texte de Ralph Ellison sur le folklore afro-américain et le discours prononcé par Aimé Césaire au Festival des Arts nègres de Dakar en 1966. « Si la négritude a bien mérité de l'Afrique, c'est que précisément, dans l'étendue de l'abomination et de la nuit, ses poètes ont été, malgré leurs défauts, des porteurs de clarté », explique le Martiniquais. La lecture de cette riche livraison de Gradhiva confirme que les poètes ne furent pas les seuls à porter la clarté. Les prosateurs et les penseurs comme Diop furent, eux aussi, de la partie. Présence Africaine. Les conditions noires : une généalogie des discours, Gradhiva, numéro 10, 2009. Edité par le musée du quai Branly. 20 euros. | |||
| Tirthankar Chanda | |||
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