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03/02/2006
Mexico 2006 : quoi de nouveau sur la planète eau ?

(MFI) Des actions locales pour un défi mondial, tel est le thème du 4e Forum mondial de l’eau qui a lieu du 16 au 22 mars au Mexique. Plate-forme unique d’échanges et de débats, cette rencontre de l’ensemble des professionnels de l’eau leur permet tous les trois ans d’élaborer un consensus autour des grandes orientations destinées à asseoir la sécurité de l’eau dans le monde au 21e siècle.

Face au risque de pénurie d’eau douce, ressource vitale, les rencontres internationales se sont multipliées pour tenter de développer une vision partagée de la gestion de l’eau et obtenir les engagements politiques nécessaires à la résolution de ce problème crucial à l’échelle planétaire. Initiative conjointe du gouvernement mexicain et du Conseil mondial de l’eau (CME)*, le 4e Forum mondial de l’eau devrait mettre l’accent cette année sur le financement d’actions locales dans le secteur agricole et la construction d’infrastructures d’accès à l’eau et à l’assainissement.

Plus de la moitié de l’humanité menacée de « stress hydrique »

De 6 milliards d’individus en l’an 2000, la population mondiale devrait passer à 8 milliards en 2025 tandis que la quantité moyenne d’eau douce disponible – 6 600 m3 par habitant et par an – devrait chuter d’un tiers. Si rien n’est fait, plus de la moitié de l’humanité serait alors menacée de « stress hydrique », seuil d’alerte que les Nations unies ont établi au-dessous de 1 700 m3. De plus, la consommation d’eau est inégalitaire : en moyenne 20 litres par personne et par jour dans les pays en développement (PED), contre 400 à 500 litres dans les pays industrialisés. Ne serait-il pas temps d’établir une hiérarchie des besoins, en évitant les mauvaises affectations et les gaspillages ? D’autant que l’eau douce ne représente que 3 % des ressources hydriques disponibles à l’échelle planétaire.
Ces quinze dernières années, la problématique mondiale de l’eau a progressivement évolué. Dans la perspective d’un développement durable et de la réduction de la pauvreté, l’eau est pour la première fois identifiée comme un problème majeur au Brésil (Rio, 1992). Un peu plus tôt, en Irlande (Dublin, 1992), le principe de la valeur de l’eau « en tant que bien économique » est posé, suscitant bien des questions sur la manière de concilier la tarification et l’accessibilité à l’eau, notamment pour les plus pauvres, ainsi que celui d’une gestion intégrée de l’eau, qui introduit l’idée d’une tarification comme outil de gestion et de récupération des coûts des investissements dans le domaine.

Mieux faire connaître la crise que vit cette ressource

Comment réduire de moitié le déficit de financement des infrastructures de l’eau et de l’assainissement alors qu’un habitant sur cinq de la planète n’a pas d’accès à l’eau potable et un sur deux ne bénéficie pas de connexion à un réseau d’assainissement ? Un monde sécurisé sur l’eau, le rapport commandité par 1er Forum mondial de l’eau, organisé par le CME au Maroc (Marrakech, 1997), et présenté lors du 2e Forum aux Pays-Bas (La Haye, 2000), préconise d’investir 100 milliards de dollars de plus chaque année dans toutes les branches du secteur. Dans une déclaration intitulée Vision mondiale de l’eau, le CME s’engage aussi à mieux faire connaître la crise que vit cette ressource et à forger un consensus quant à la manière de l’utiliser durablement. Comment protéger les écosystèmes, partager les ressources, gérer les risques, évaluer le prix de l’eau, la gérer de façon plus judicieuse… Ces priorités prennent toute leur dimension avec la Déclaration du millénaire (New York, 2000) et les conclusions du Sommet de la Terre en Afrique du Sud (Johannesburg, 2002). Dans les Objectifs du millénaire pour le développement (OMD) pour 2015, les Etats-membres de l’ONU s’engagent à réduire de moitié le nombre des ceux qui n’ont pas d’accès durable à une eau saine, accessible et en quantité suffisante. Un tremplin vers l’accès mondial à la sécurité de l’eau dans le monde en 2025, adopté par le Partenariat mondial de l’eau (créé en 1996), qui inclut cette fois l’irrigation, le traitement des eaux usées, les effluents industriels, la gestion des ressources en eau et l’environnement.

« Il n’était pas dans notre mandat de philosopher sur ce drame »

Reste à évaluer les ressources financières nécessaires à la réalisation de ces OMD. Un comité d’experts, présidé par Michel Camdessus, ancien directeur exécutif du FMI, a présenté un rapport, Financement de l’eau pour tous, lors du 3e Forum (Kyoto, 2003). « Il n’était pas dans notre mandat de philosopher sur ce drame mais d’explorer, semble-t-il pour la première fois, sa dimension financière », déclare Michel Camdessus. Un groupe de travail (Task Force), chargé de la mise en œuvre de ce rapport, a ensuite été constitué en 2005, sous la direction de Angel Gurria, membre du Panel Camdessus, ancien ministre des Finances du Mexique et nommé entre temps directeur général de l’OCDE. Lors de trois rencontres à Hyderabad (Inde), Pretoria (Afrique du Sud), Alexandrie (Egypte), la Task Force a mis l’accent sur le « financement de l’eau pour l’agriculture », qui consomme « entre 70 % et 80 % des ressources en eau douce » de la planète, précise M. Gurria. Un sujet que le Panel Camdessus n’avait pas abordé, posant plutôt un diagnostic – assez sévère – sur les conditions de gestion et de financement de l’eau potable et de l’assainissement urbain.
Afin de mettre en place une approche décentralisée, les organisateurs du Forum ont aussi instauré un processus préparatoire régional – Afrique, Amériques, Asie Pacifique, Europe et Moyen-Orient. Après avoir recensé leurs défis majeurs, ses différents acteurs (Institutions financières internationales, autorités gouvernementales, partenaire publics et privés, ONG) se sont penchés sur les moyens de renforcer les actions locales les plus pertinentes développées depuis Kyoto. Chaque groupe a recensé dans son rapport de synthèse les exemples les plus significatifs, ceux qui ont eu un impact concret sur l’amélioration de la gestion de l’eau, et qui sont susceptibles d’être reproduits dans d’autres contextes, locaux ou nationaux. Des études de cas qui pour certaines inspireront les conclusions et recommandations de la déclaration ministérielle finale, le 22 mars 2006, à Mexico.

Antoinette Delafin


* Le Conseil mondial de l’eau (CME) : créé en 1996 pour stimuler la réflexion sur les enjeux de la politique internationale de l’eau.

Partenariat français pour Mexico

(MFI) Les acteurs français impliqués dans le secteur de l’eau et l’assainissement se mobilisent régulièrement pour préparer les grands événements internationaux, depuis le SMDD, à Johannesburg, en 2002, jusqu’au 3e Forum mondial, à Kyoto, en 2003. Pour le 4e Forum mondial de l’eau de Mexico, une série de réunions préparatoires ont eu lieu en 2005, notamment à New York. Des occasions uniques pour partager au niveau international expériences et réflexions et tenter de répondre aux défis de la gestion de l’eau et de l’accès à l’eau et à l’assainissement pour tous. En vue de mobiliser les acteurs français et leurs partenaires étrangers, non gouvernementaux et gouvernementaux, principalement d’Afrique francophone, les ministères français des Affaires étrangères et de l’Ecologie et du développement durable ont lancé un processus préparatoire au printemps 2005.
Une première réunion du Partenariat français pour Mexico (PFM) a eu lieu le 27 avril, rassemblant collectivités territoriales, ONG, associations de consommateurs, professionnels de l’eau et de l’assainissement publics ou privés, chercheurs, organismes publics (Agence française de développement, agences de l’eau...). L’Equipe de coordination France (ECF)* a été créée le 15 juin. Une série de plaquettes a été établie concernant notamment : les engagements de la France en matière d’aide (le Président Chirac s’est engagé à un doublement de l’aide sur l’eau) ; la gestion intégrée des ressources en eau, c’est-à-dire le système français de gestion partagée par bassin versant, permettant de suivre la gestion des ressources en eau et de mutualiser les financements du secteur, sur l’assainissement notamment ; l’accès pour tous à l’eau et à l’assainissement, considéré comme un devoir des autorités locales, et un partage solidaire des coûts ; les collectivités locales et les OMD, avec la nouvelle loi Oudin sur le pourcentage des ventes d’eau en France pour des actions de solidarité ; la gestion intégrée des risques d’inondation ; la gouvernance des services ; l’assainissement…

A. D.


* L’Equipe de coordination France (ECF) : composée du Programme Solidarité Eau (pS-Eau), l’Association des professionnels de l’eau et de l’environnement (l’ASTTE ) et l’Office international de l’eau (OIEau).

Memento

1er Forum mondial de l’eau, Marrakech (Maroc), mars 1997. Créé par le Conseil mondial de l’eau pour traduire en actions concrètes la vision mondiale de l’eau, qui porte sur l’état des ressources et leur potentiel de développement. Les résultats furent présentés lors du 2e Forum et le plan de mise en œuvre lors du 3e Forum.
2e Forum mondial de l’eau, La Haye (Pays-Bas), mars 2000. Il est à l’origine de nombreux débats sur la Vision mondiale de l’eau et le cadre pour action qui y est associé.
3e Forum mondial de l’eau, Kyoto (Japon), mars 2003. Il a pris en considération les engagements des objectifs pour l’eau fixés lors du Sommet du millénaire des Nations unies à New York (2000), de la Conférence internationale sur l’eau douce de Bonn (2001) et du Sommet mondial pour le développement durable de Johannesburg (2002).
Panel Camdessus : Créé fin 2001, le « Panel mondial sur le financement des structures de l’eau » a eu pour mandat d’étudier les différents moyens de mobiliser de nouvelles ressources financières pour atteindre les deux OMD visant la desserte en eau et l’assainissement. Leur rapport, intitulé Financement des infrastructures de l’eau, a été présenté lors du 3e Forum mondial de l’eau de Kyoto.



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