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17/03/2006
Les droits humains passent aussi par les droits syndicaux

(MFI) Le BIT (Bureau international du travail) et de nombreux syndicats à travers le monde, en particulier en Afrique, se sont mobilisés avec les protecteurs de l’environnement et les promoteurs du développement durable contre le chômage des jeunes et l’utilisation des enfants dans le monde du travail. Ils ont réclamé la création d’emplois « décents » tenant compte des droits des travailleurs.

Soulignant que les « droits syndicaux sont des droits humains », le BIT a dressé un sombre tableau du chômage des jeunes à travers le monde en 2005. Dans son Rapport annuel sur les tendances de l’emploi dans le monde, rendu public fin janvier 2006, l’organe exécutif de l’Organisation internationale du travail (OIT) a précisé que le nombre de sans-emploi dans le monde a atteint de nouveaux sommets en 2005 et que les jeunes représentent désormais la moitié de ces chômeurs. Pour le BIT, l’incapacité de la plupart des économies à transformer la croissance du PIB en création d’emplois ou en augmentations de salaire, couplée à une kyrielle de catastrophes naturelles et à la hausse des prix de l’énergie, porte un coup particulièrement dur aux travailleurs pauvres partout dans le monde, notamment en Afrique et en Asie.
De plus, sur les 2,8 milliards de travailleurs dans le monde, 1,4 milliard ne gagnaient pas suffisamment pour se hisser, eux et leur famille, au-dessus du seuil de pauvreté de 2 dollars par jour – le même nombre qu’il y a dix ans. Ainsi, on dénombrait au total 191,8 millions de sans-emploi à la fin 2005, soit une hausse de 2,2 millions depuis 2004… et de 34,4 millions depuis 1995. Le BIT précise que même si davantage de personnes sont « au travail », celles qui sont sans emploi sont plus nombreuses que jamais. Près de la moitié des demandeurs d’emploi dans le monde sont des jeunes de 15 à 24 ans et cette tranche d’âge est trois fois plus exposée au risque de chômage que les autres.

Un plan d’action pour la promotion de l’emploi des jeunes

Face aux niveaux record du chômage des jeunes, les délégués d’une Conférence internationale du Travail tenue en juin dernier ont estimé qu’un plan d’action pour la promotion de l’emploi des jeunes devrait comporter des mesures concrètes et se fonder sur le renforcement des connaissances, la mobilisation, la promotion des droits des jeunes travailleurs dans le respect des normes internationales du travail et l’assistance technique. Même son de cloche à la première Assemblée des syndicats sur le travail et l’environnement, organisée par le Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE) et l’OIT à la mi-janvier 2006 à Nairobi, au Kenya. Elle a affirmé que la liberté syndicale est un pilier fondamental de toute implication des travailleurs sur le lieu de travail. Cette Initiative des travailleurs pour un héritage durable (WILL 2006, Worker’s Initiatives for a lasting legacy), organisée en coopération avec la Fondation internationale du travail pour le développement durable (SustainLabour) et le Pacte mondial des Nations unies a souligné l’importance du respect des normes nationales et internationales en matière de travail et d’environnement. Pour les participants, le lien entre les questions économiques, sociales et de l’environnement est fort et des alliances sont nécessaires – au niveau national et international – pour y faire face d’une manière cohérente dans le cadre d’un développement durable.
Willy Madisha, Président du syndicat sud-africain COSATU (Congress of South African Trade Union), a insisté sur la réduction de la pauvreté, le chômage et les maladies. « Quand nous parlons d’environnement, nous parlons de ces trois domaines en même temps, a-t-il dit. Cette assemblée est historique parce que pour la première fois les syndicats s’assemblent avec“ les verts” pour partager leurs connaissances et leurs expériences, et pour avancer sur ces questions importantes pour tous. Il s’agit d’un processus qui s’inscrit dans la lignée du Sommet de la Terre de Rio en 1992, poursuivi à Johannesburg en 2002, et que nous devons intensifier maintenant. » La réunion a encore rappelé que la liberté syndicale est un facteur décisif pour les stratégies de protection des milieux naturel et humain.

« Des milliers de supporters ont brandi le carton rouge contre le travail des enfants »

Parmi les points noirs évoqués tout au long de cette mobilisation, figure le travail des enfants, exploités notamment dans le secteur informel quand ils ne le sont pas sur le plan sexuel ou pour faire la guerre. Lors de la dernière édition de la Coupe d’Afrique des nations de football, gagnée par l’Egypte en février 2006, des millions d’Africains ont reçu un message de l’OIT sous forme de « carton rouge » au travail des enfants. « Des milliers de supporters ont brandi le carton rouge contre le travail des enfants, la chanson et le spot télévisé de la campagne ont été diffusés sur toutes les radios et chaînes de télévision ainsi que dans les stades, des drapeaux, des cartes, des pin’s, des porte-clés et des t-shirts aux couleurs de la campagne ont été distribués, et des activités de mobilisation et d’information ont été menées en Egypte et dans d’autres pays africains », a indiqué l’OIT. Cette campagne, soutenue par la Confédération africaine de football et lancée au Caire en présence de l’épouse du président égyptien Hosni Moubarak, a été inaugurée à Bamako, au Mali, lors de la précédente Coupe d’Afrique des nations en 2002. Selon ses organisateurs, « partout en Afrique, des millions d’enfants sont déscolarisés et travaillent dans des exploitations agricoles, des plantations, des mines, des carrières, des usines et des boutiques ou comme domestiques. Certains sont vendus et font l’objet d’un trafic esclavagiste. D’autres vivent un cauchemar parce qu’on les oblige à se prostituer ou à participer à des conflits armés ». L’Afrique mène campagne depuis 1999 contre le travail des enfants.

Marie Joannidis

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