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07/07/2006
Afrique : l’intégration régionale semble en panne

(MFI) L’intégration régionale, considérée depuis des années comme une formule-miracle pour favoriser le développement de l’Afrique, paraît aujourd’hui quelque peu en panne malgré la multiplication des organisations destinées à la favoriser. Placé sous le thème « Rationalisation des communautés économiques régionales (CER) et intégration régionale », le sommet de l’Union africaine qui s’est tenu début juillet 2006 à Banjul n’a pas fait beaucoup de progrès en la matière.

Le secrétaire général des Nations unies, le Ghanéen Kofi Annan, invité d’honneur du sommet de l’Union africaine (UA), s’est à la fois félicité du bilan de ses dix années passées à la tête de l’Onu, poste qu’il quittera dans quelques mois, et des avancées concernant les Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) destinés à lutter contre la pauvreté ; mettant justement l’accent sur l’intégration régionale, il l’a qualifiée « d’excellente chose ». Ce qui ne semble pas avoir suffisamment conforté le président de la Commission de l’Union africaine, l’ancien chef d’Etat malien Alpha Oumar Konaré, qui se dit fatigué par les pesanteurs qui entourent la bonne marche des instances de l’UA et par les réticences de plusieurs dirigeants africains concernant la rationalisation des communautés économiques régionales.
Alpha O. Konaré souhaiterait en effet ne voir subsister que cinq communautés économiques régionales qui correspondent aux cinq pôles du continent – Afrique du Nord, de l’Est, de l’Ouest, Afrique centrale et Afrique australe. Il voudrait aussi faire la distinction entre organisations intégrantes et de coopération, ce qui permettrait de mieux rationaliser les activités des unes et des autres.


Kadhafi veut fusionner la Censad et la Cedeao

L’Afrique compte actuellement de nombreuses organisations régionales dont certaines marchent alors que d’autres sont en panne pour des raisons politiques ou de conflits ouverts ou latents. Ainsi, il n’y a pas de véritable organisation en Afrique du Nord, à part l’Union du Maghreb arabe (UMA), en raison de la rivalité entre le Maroc et l’Algérie et du contentieux qui les oppose à propos du Sahara occidental.
La Libye a pour sa part, à la fin des années quatre-vingt-dix, mis sur pied la Communauté des Etats sahélo-sahariens (Censad) qui compte actuellement 23 pays de l’ouest, de l’est et du centre de l’Afrique. Faute d’avoir obtenu l’aval des dirigeants africains pour les Etats-Unis d’Afrique, le dirigeant libyen Mouammar Kadhafi a créé cette organisation pour établir une zone de libre échange afin de réaliser l’unité économique des pays membres. Il prône aujourd’hui la fusion de la Censad avec la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao, Ecowas), une des organisations régionales qui fonctionne le mieux, mais l’idée ne paraît pas susciter un grand enthousiasme de la part des dirigeants ouest-africains, même si certains siègent déjà dans cette organisation.
La Cedeao a été créée en 1975 et comprend l’ensemble des quinze pays ouest-africains francophones, anglophones et lusophones. Son objectif, d’abord économique avec la libre circulation des marchandises pour aboutir à une union douanière et un marché commun, est devenu également politico-militaire puisque des forces de la Cedeao sont intervenues dans plusieurs conflits régionaux.


La rivalité Afrique du Sud/Angola freine la SADC

En Afrique de l’Est, plusieurs organisations ont vu le jour ces dernières années, notamment l’Autorité intergouvernementale sur le développement (Igad), créée en 1986 par sept pays de la Corne de l’Afrique et de l’est du continent dont le Kenya, l’Ouganda, l’Ethiopie et le Soudan, et relancée en 1996. La Communauté de l’Afrique de l’Est (CEA, East African Community) a été créée en 1999 par le Kenya, l’Ouganda et la Tanzanie, auxquels se sont joints le Burundi et le Rwanda. La CEA cherche à privilégier la constitution d’une zone d’échanges et d’investissements intégrés à travers une union douanière, ensuite un marché commun et une union monétaire pour aboutir enfin à une union politique de type fédéral.
Le Marché commun de l’Afrique orientale et australe (Comesa) a lui été créé en 1993 ; il regroupe près d’une vingtaine de pays disparates et vise à promouvoir l’intégration régionale à travers le commerce et l’investissement. Ce qui est aussi un des objectifs de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC), qui a connu un départ en flèche avant de ralentir sur l’intégration régionale, sa principale locomotive, l’Afrique du Sud, étant surtout préoccupée par son entourage immédiat. La SADC a aussi pâti de la rivalité entre l’Afrique du Sud qui a rejoint l’organisation en 1994 après la chute de l’apartheid et l’Angola, un de ses membres fondateurs, qui se tourne de plus en plus vers l’Afrique centrale.
Dans cette région, on retrouve deux institutions différentes, la Communauté économique et monétaire des Etats d’Afrique centrale (Cemac) et surtout la Communauté économique des Etats de l’Afrique centrale (CEEAC) appelée à devenir la véritable organisation « intégrante ». Plus à l’est, certains pays comme Madagascar ou Maurice, soutenus par la France qui en fait partie, réclament aussi ce statut pour la Commission de l’océan Indien.


Marie Joannidis

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