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07/07/2006
République démocratique du Congo
Le pillage des ressources toujours d’actualité


(MFI) Le pillage des ressources de la République démocratique du Congo (RDC), cuivre, cobalt, or, diamants, coltan et autres minerais, dénoncé au début des années 2000 n’occupe plus le devant de la scène. Mais il n’a pas pour autant cessé, selon plusieurs experts congolais et étrangers.

Des députés congolais ont endossé, en 2005, le constat effectué auparavant par le comité des Nations unies dont le mandat n’a pas été renouvelé depuis 2003. Critiqué et parfois même discrédité, ce comité d’experts de l’Onu qui, pour la première fois, avait nommément cité les trafiquants locaux ou étrangers, semble avoir été victime de ses résultats. « Plusieurs grandes compagnies ont menacé de faire des procès en diffamation, ce qui a refroidi des pays comme les Etats-Unis ou la Grande-Bretagne », estime un expert.
En juin 2005, c’est donc une commission spéciale de l’Assemblée Nationale congolaise de transition, dirigée par le député Christophe Lutundula, qui a remis un rapport relatif aux contrats miniers et autres contrats d’affaires signés par les rebelles et les autorités gouvernementales entre 1996 et 2003, lorsque la guerre faisait rage au Congo. Le rapport – rendu public en février 2006 – a constaté que des douzaines de contrats sont soit illégaux, soit d’une valeur limitée pour le développement du pays ; il recommande leur abrogation ou leur renégociation ainsi que le lancement d’une action judiciaire contre un certain nombre d’acteurs de haut rang appartenant au monde politique ou à celui des affaires, qui semblent avoir réussi à l’enterrer avant les élections.
« Pendant des années, les hommes politiques au Congo ont conclu des contrats qui les enrichissent mais n’apportent aucun bénéfice au public congolais. Les profits tirés de tels contrats ont souvent été obtenus au prix de souffrances et de pertes humaines énormes », a déclaré une coalition d’ONG internationales et congolaises qui soutient le rapport Lutundula. La coalition attire l’attention sur l’exploitation illégale en cours et recommande un moratoire immédiat sur la signature de nouveaux contrats jusqu’à la tenue des élections.
En fait, le rapport parlementaire avait appelé à un élargissement du mandat de la commission afin que les contrats signés pendant la période du gouvernement de transition, depuis juin 2003 à ce jour, puissent également être étudiés. Mais ces recommandations ont été ignorées. Etablie par les accords de paix de 2003, la commission Lutundula comprend des représentants de toutes les principales parties au conflit.


Un manque total de contrôle par l’Etat du secteur minier

Plusieurs projets portant sur la relance des mines de cuivre et de cobalt et la reprise en main par l’Etat congolais de l’ensemble des activités minières y compris le diamant sont actuellement à l’étude. L’ONG Global Witness qui, la première, avait lancé un réquisitoire contre les trafics de diamants qui finançaient les conflits en Afrique, a estimé qu’en 2004-2005, la RDC a perdu d’énormes recettes en raison d’un manque total de contrôle du secteur minier. Dans un rapport intitulé Ruée et ruine: le dévastateur commerce des minerais dans le Sud du Katanga, l’organisation britannique a mis en lumière la dynamique de la ruée vers le cuivre et le cobalt loin des régions en guerre de l’Est. Le rapport montre comment le commerce de minéraux contribue à la ruine de l’économie de la RDC et à la dégradation de son environnement et des moyens de subsistance de milliers de Congolais. La ruée vers le cobalt, observée au Katanga en raison des cours records sur les marchés mondiaux, rapporte peu à l’économie de la RDC et à la population katangaise. L’enquête de Global Witness affirme que la corruption et la contrebande qui continuent entraînent chaque mois la perte de millions de dollars de recettes pour le pays, en montrant que les mêmes facteurs qui ont fait plonger la RDC dans un violent conflit demeurent intacts. Ruée et ruine lance un appel aux bailleurs de fonds pour qu’ils travaillent ensemble à aider la RDC à maîtriser plus efficacement les revenus des ressources naturelles.


Exporter les minéraux à l’état brut vers la Chine et ailleurs

Au lieu de profiter du niveau élevé des cours du cobalt, principalement en raison de la très forte demande de la Chine pour ce métal utilisé dans les batteries des téléphones portables, la situation sociale et économique au Katanga s’est détériorée au cours des dernières années. Dépourvus de sources fiables de revenus, environ 60 000 jeunes gens travaillent dans des conditions épouvantables en tant que mineurs artisanaux, ramassant à la main la terre contenant le minerai, souvent pour un montant dépassant à peine un dollar par jour. Par contre, de nouvelles sociétés étrangères réalisent d’énormes bénéfices en exportant les minéraux à l’état brut vers la Chine et ailleurs.
De même, des experts affirment que la contrebande de coltan, matériau rare, commercialisé principalement par l’Australie qui en produit également, et qui sert dans la haute technologie, se poursuit malgré l’interdiction officielle. « Quand les cours du coltan sont élévés, le trafic s’accélère et quand ils baissent il poursuit son rythme de croisière », affirment des témoins congolais. Pour eux, seul un gouvernement fort et démocratique, capable de prendre des mesures contre la corruption et de punir les trafiquants, pourra endiguer le pillage des ressources, et ramener les dividendes dans les caisses de l’Etat, ainsi que des investisseurs fiables qui attendent une véritable stabilisation du pays.

Marie Joannidis

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