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| 13/10/2006 | |||
| Questions internationales (1) Aide au développement : une priorité pour l’Europe ? | |||
| (MFI) L’Union européenne fournit 55 % de l’aide publique au développement dans le monde. Outre les 25 Etats membres, la Commission elle-même mène de nombreux projets en la matière. Mais certains se demandent si sa politique n’obéit pas plus à une logique libérale que solidaire. | |||
| Quel montant représente l’aide publique au développement de l’Union européenne ? Habilement présentés, les chiffres sont souvent sources de fierté. Ceux de l’aide publique au développement (APD) de l’Union européenne (UE) n’échappent pas à la règle. En additionnant les sommes consacrées à ce chapitre par la Commission de Bruxelles et les aides bilatérales des 25 Etats membres, on arrive à un total d’environ 45 milliards de dollars, soit 55 % de l’ensemble de l’APD mondiale. La seule Union européenne, en tant qu’institution, dispose d’un budget de 10,4 milliards de dollars par an pour le développement. A titre de comparaison, les Etats-Unis consacrent 20 milliards de dollars à l’APD et le Japon 9 milliards. En hausse constante, l’aide extérieure de l’Europe devrait atteindre 66 milliards en 2010, à en croire Louis Michel, le commissaire européen au Développement et à l’aide humanitaire. Autre motif de satisfaction : en pourcentage de leur revenu national, huit des dix premiers contributeurs mondiaux au développement sont membres de l’UE. En 1970, les 22 pays les plus riches de la planète avaient adopté à l’Onu une résolution par laquelle ils s’engageaient à consacrer 0,7 % de leur Pnb à l’aide aux pays démunis. Trente-six ans plus tard, on est loin de cette promesse. Mais c’est l’Union européenne qui s’en rapproche le plus avec une moyenne de 0,39 % (contre 0,16 % pour les Etats-Unis). Quatre pays de l’UE dépassent même cet engagement : les Pays-Bas, la Suède, la Finlande et le Danemark. Malgré ces satisfecit, plusieurs organisations humanitaires estiment que l’Europe pourrait mieux faire et surtout dénoncent des modes de calcul qui gonflent son aide au développement (voir article Une aide au développement parfois contestée). Comment l’Union européenne mène-t-elle sa politique d’aide au développement ? L’APD de l’Union provient de deux budgets : le budget général de l’UE, que gère la Commission, et le Fond européen de développement, mécanisme créé par le traité de Rome de 1957 pour l’octroi d’une aide aux pays africains tout juste indépendants ou encore colonisés. Quelle que soit leur source de financement, les projets sont gérés par EuropeAid, un département de la Commission créé en 2001 et qui dispose de plusieurs bureaux à l’étranger. A lire le site internet de l’UE, « l’APD vise à répondre aux enjeux du XXe siècle : la promotion de la démocratie et de la sécurité, l’équité sociale, la prospérité économique et la défense de l’environnement. Le but de la politique européenne est d’atteindre les objectifs du Millénaire pour le développement, définis par les Nations unies, et d’éradiquer l’extrême pauvreté ». L’aide combine ainsi des programmes régionaux (Asie, Amérique centrale, Afrique du Nord…) et des lignes thématiques (aide alimentaire, soutien aux droits de l’homme, lutte contre le sida, bonne gouvernance, infrastructures…). Les dirigeants de l’UE l’assument : « En aidant les autres, nous nous aidons nous-mêmes. » Ainsi, en collaborant au processus de reconstruction des Balkans, l’UE aide à maintenir la stabilité dans la région et prévient de futurs conflits qui pourraient avoir un effet négatif sur sa propre sécurité. En 2004, Bruxelles a d’ailleurs créé un nouvel instrument de politique étrangère : la politique européenne de voisinage (PEV), à destination tant de l’Europe de l’Est que des pays du Sud immédiat dont le développement économique et la stabilité politique sont essentiels pour l’Union. Parmi les partenaires de cette PEV, on trouve la Jordanie, le Maroc, la Tunisie, Israël, la Palestine, l’Egypte, l’Algérie, la Moldavie, l’Ukraine, la Biélorussie, l’Arménie, la Syrie, le Liban et l’Azerbaïdjan. Mais il en va de même d’autres parties du monde où la misère et les inégalités peuvent conduire à la violence et à l’extrémisme qui auront un impact sur la sécurité des 25. Le débat sur l’immigration clandestine relève aussi de cette problématique. « Pour lutter contre l’arrivée massive de clandestins en Espagne, aidons au développement des pays de départ », entend-on en substance à Bruxelles. Enfin l’Europe affirme avoir tout à gagner de la croissance des pays du Sud, synonyme à terme de nouveaux débouchés. « Le développement durable est la meilleure réponse structurelle à la violence et aux conflits, et la meilleure façon de vivre la mondialisation », affirmait Louis Michel dans une interview au Times of Malta. Si l’UE reconnaît que sa politique d’APD est liée à la défense de ses intérêts, ses critères de sélection ne semblent pas être trop restrictifs puisqu’elle mène des projets vers 160 pays ou régions. L’Europe conduit-elle une politique d’aide au développement spécifique vers l’Afrique ? C’est plus généralement avec les 77 pays du bloc Afrique, Caraïbes, Pacifique (ACP) que l’UE entretient des rapports particuliers de coopération. Des rapports définis par des plans quinquennaux financés par le Fond européen de développement. L’accord de partenariat en cours – dit accord de Cotonou – s’appliquera jusqu’en 2007 et dispose de 13,5 milliards d’euros de crédits. A en croire Louis Michel, le plan suivant (accord de Cotonou révisé) bénéficiera d’un budget de 22,6 milliards d’euros pour la période 2008-2013. Dans ce cadre, on retrouve pêle-mêle un programme de 5,5 millions d’euros pour l’aide à la formation professionnelle au Niger comme une enveloppe de 250 millions pour soutenir la force de maintien de la paix de l’Union africaine, un projet de 30 millions d’euros pour l’accès à l’eau potable au Tchad et un autre de 15 millions en appui au secteur minier sénégalais, mais aussi un vaste programme de 72 millions d’euros pour la reconstruction économique d’Haïti et un plus modeste de 499 000 euros pour la consolidation de la démocratie au Surinam. Lors de sa venue à Brazzaville, en janvier 2006, Louis Michel avait déclaré : « Notre stratégie est focalisée sur l’Afrique ; c’est la priorité de l’Union européenne. L’augmentation de l’aide des Etats membres sera affectée à l’Afrique, notamment à la construction d’infrastructures. » Outre les aspects aide à la scolarisation, politique de santé, défense des droits de l’homme, lutte contre la corruption…, les accords de Cotonou mettent l’accent sur les réformes structurelles en faveur du libre-échange. C’est ce qu’on appelle les accords de partenariat économique. Ainsi est élaborée une politique commerciale compatible avec les règles de l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Une attitude dénoncée par certaines Ong pour qui la solidarité est remplacée par le mercantilisme. Or la lutte ne peut être qu’inégale entre de grandes firmes européennes et leurs concurrentes africaines ou caraïbéennes. Réponse en substance de l’UE : « Le système encadré, en vigueur pendant des années, avec des prix garantis et des secteurs protégés, n’a pas prouvé son efficacité. Il est logique que l’aide soit gérée en fonction des performances des pays bénéficiaires. Fini de distribuer de l’argent sans contrôle. Mais rien ne se fera brusquement ni sans négociation. » Reste que les petits producteurs africains s’inquiètent. De même, l’Afrique pourrait faire un jour les frais de l’attrait croissant de l’UE pour les pays de l’Est et du bassin méditerranéen. Même si le continent reste aujourd’hui, et de loin, le premier destinataire de l’aide publique au développement de l’Europe. Aujourd’hui, 60 % de l’APD que reçoit l’Afrique provient de l’UE. Jean Piel ECHO : le bras humanitaire de l’Europe (MFI) Si EuropeAid met en œuvre les programmes d’aide publique au développement de l’UE, l’action humanitaire, elle, est gérée par ECHO, un service créé en 1992 et directement rattaché à la Commission de Bruxelles. Le mandat confié à ECHO consiste à « porter assistance et secours d’urgence aux victimes de catastrophes naturelles ou de conflits en dehors de l’Union européenne. Cette aide est directement orientée vers les populations en détresse, sans distinction de race, de religion ou d’opinion politique ». Toute son action se fait via des Ong ou des agences de l’Onu. Doté d’un budget de 500 millions d’euros, ECHO – pour European Commission Humanitarian Office – n’est pas une Ong, mais il apporte une contribution financière, logistique ou matérielle pour des missions précises à des associations humanitaires, à la Croix-Rouge internationale ou à des agences de l’Onu comme l’Unicef ou le HCR. En 2005, ECHO est ainsi intervenu dans 60 pays, à travers plus de 200 partenaires, pour secourir 18 millions de personnes. Lorsque le président de la Commission européenne annonce que l’UE va débloquer 20 millions d’euros pour les victimes d’un tremblement de terre ou d’un ouragan, c’est en réalité ECHO qui se mobilise. Mais 30 % des missions d’ECHO concerne des crises « oubliées », que ce soit en Tchétchénie ou au Sahara occidental. Peu connu du grand public, ECHO dispose pourtant d’un budget comparable à l’ensemble de l’aide humanitaire des Etats-Unis. Outre fournir rapidement des médicaments, du carburant, des médecins ou des équipes de traitement des eaux, l’agence européenne réalise des études de faisabilité pour des missions humanitaires, forme des logisticiens et mène des actions de prévention auprès de populations vivants dans des régions sensibles (zones sismiques, terres inondables…). Pour lui permettre d’être plus réactive et plus visible, un corps de « volontaires européens de l’action humanitaire » pourrait prochainement être créé en son sein. J. P. | |||
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