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27/10/2006
Louis Michel, un espoir pour l’Europe ?

(MFI) L’ancien ministre des Affaires étrangères du Royaume de Belgique, devenu Commissaire européen au développement et à l’aide humanitaire en 2004, est un libéral mâtiné d’humanisme. Sa forte popularité irrite ses détracteurs. Notamment ceux de l’extrême-droite européenne qu’il combat sans ambiguïté.

« Autodidacte, homme politique convaincu, figure de proue du libéralisme belge, diplomate au grand cœur doté d’une énergie inépuisable, Louis Michel a connu la précarité et les frustrations dans son enfance », indique le bulletin de la Commission européenne*. Ce fils de maçon fut instituteur puis professeur de langues (anglais, allemand et néerlandais) à l’école normale de Jordoigne. Il devint bourgmestre de cette petite localité de la province du Brabant wallon en 1983, poste qu’il conserva jusqu’à sa nomination dans la Commission du Portugais Barroso en novembre 2004. Député au Parlement fédéral belge (1978-1999), puis sénateur (1999, 2004), il fut ministre d’Etat en 1995, puis vice-premier ministre et ministre des Affaires étrangères dans le gouvernement Verhofstadt, de 1999 à juillet 2004. Il est alors un des leaders les plus connus hors du Royaume.
« Etre commissaire pour le Développement est une façon de prolonger le sens que j’ai toujours mis dans mes engagements »*, dit-il tout en reconnaissant qu’il s’agit du seul portefeuille pour lequel il était disposé à quitter la scène politique belge, dont il est l’un des poids lourds. Disposant d’un budget annuel de 10,4 milliards de dollars, Louis Michel est désormais impliqué vis-à-vis des 77 pays ACP – et en premier chef ceux d’Afrique. « Nous devons faire plus et mieux, estime-t-il. Non par charité mais par intérêt bien compris » (La Libre Belgique, 2005). Sa recette ? Un équilibre subtil entre une économie de marché libéralisée et un Etat fort, capable de jouer son rôle d’arbitre et de neutraliser les travers du capitalisme sauvage, évitant la détresse des populations. « Ce n’est pas le libéralisme qui est honteux, c’est la diabolisation qu’en font nos adversaires... » (LLB, 2003).

« Je n’accepterai jamais de financer des policiers aux frontières… »

Surnommé Le Lion du Jodoigne ou encore Loulou par ses compatriotes, cet homme de 58 ans au physique imposant est un boulimique de travail. Auteur de sept essais politiques, il a fait ses classes dans les Jeunesses libérales avant de devenir président du Parti réformateur libéral (PRL) de 1982 à 1990 puis de 1995 à 1999. Le libéralisme est sans doute le meilleur modèle démocratique possible… à condition qu’il laisse la place à l’action syndicale et sociale. Louis Michel est alors chef de file (gouvernemental) du Mouvement Réformateur (MR), de centre-droit, issu d’une coalition formant le deuxième groupe politique francophone**.
La notoriété de Louis Michel « atteint des sommets » en mars 2003, au cours de la campagne électorale, où il est omniprésent. Plus il « « squatte» les plateaux de télévision, [plus il est] conforté dans ses options pacifistes », rapporte l’agence Belga. Sa ferme opposition à la guerre en Irak lui vaut les foudres des néoconservateurs américains mais il croit « dur comme fer qu’on ne peut réaliser un monde plus harmonieux qu’en se fondant sur le multilatéralisme, qui est incarné totalement par les Nations unies ». Son autre maître mot : la flexibilité – qu’il s’agisse de la résolution des conflits, de la gestion de l’administration européenne ou de la régulation des flux migratoires.
« Je n’accepterai jamais de financer des policiers aux frontières. Mais je suis prêt à financer des projets à haute intensité de main-d’œuvre locale, comme la construction de routes, etc., pour occuper les gens chez eux. Mais pour cela, il faudrait beaucoup plus de flexibilité » (JDM n°284, sept. 2006). A cet égard, il dénonce la tendance de certains leaders européens à mettre en œuvre des politiques d’immigration choisie : « Des idées qui consistent finalement à appeler à la migration à la carte (…) en fonction de nos intérêts, nous pays riches. (…) Les pays en développement ont au moins autant besoin que nous – et c’est un euphémisme – de leurs médecins, de leurs techniciens, de leurs cerveaux, de leurs infirmières » (nouvelobs.com, juin 2006) pour servir leur développement.

Dans son collimateur, Augusto Pinochet et l’extrême-droite européenne

« Tout est politique », dit souvent Louis Michel qui a milité pour le vote des étrangers et la régularisation des sans-papiers en Belgique. Dans son collimateur, le dictateur chilien Augusto Pinochet. Mais aussi l’extrême-droite européenne. Il plaide d’ailleurs pour une Europe plus politique. N’était-il pas en concurrence pour son poste avec Benita Ferrero-Waldner, ancien ministre des Affaires étrangères de Jörg Haider, le populiste autrichien ?
Mais il sait aussi balayer devant sa porte, acceptant d’assumer la part de responsabilité de son pays dans ses ex-colonies – Burundi, Rwanda ou Congo. Il vient cependant d’y être la cible de critiques virulentes. Surnommé Kabilou par ses détracteurs en République démocratique du Congo, il a dû répondre aussi à certains parlementaires européens qui reprochaient à sa mission d’observation européenne des élections en RDC sa partialité. Estimant que sa petite phrase décrivant Joseph Kabila comme « un espoir pour le Congo » avait été sortie de son contexte, Louis Michel a affirmé qu’il ne supportait ni M. Kabila ni M. Bemba mais plutôt « le processus démocratique et les gens de ce pays ». Dont acte.

Antoinette Delafin


*(Commission en direct n° 386, 2005).
** C’est sous cette bannière que la famille libérale francophone a renoué avec le pouvoir en 1999, devenant, jusqu’en 2003, la première force politique en Communauté française. Secoué par les affaires, le MR connut un léger tassement aux élections régionales de 2004 mais continue à participer au Gouvernement fédéral.




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