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16/02/2007
Commerce international : l’Afrique attend des gestes concrets

(MFI) Face à la multiplication des appels des principales puissances industrialisées en faveur de la reprise des négociations commerciales du cycle de Doha, l’Afrique attend des gestes concrets de la part de ses partenaires du Nord afin de consolider sa part, jusqu’à présent modeste, dans les échanges mondiaux.

A plusieurs occasions depuis le début de l’année 2007, en marge par exemple du Forum économique mondial de Davos ou dans le cadre d’une réunion des ministres des Finances et des gouverneurs de banque centrale du Groupe des sept pays les plus industrialisés à Essen en Allemagne, la reprise des négociations commerciales multilatérales du cycle de Doha a été réclamée par des participants soulignant les bienfaits de la réduction du protectionnisme. Lancé en 2001 lors d’une réunion de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) à Doha, capitale du Qatar, ce cycle vise à supprimer les barrières commerciales tout en favorisant le développement des pays membres. Mais les querelles sur les subventions agricoles et les tarifs douaniers opposant les pays développés, menés par l’Union européenne (UE), les Etats-Unis et le Japon, aux principaux pays en développement, tout comme les divergences entre Européens et Américains, ont bloqué le processus depuis la mi-2006.
Ayant réussi à former un front commun avec les pays émergents du Sud comme le Brésil, la Chine, l’Inde ou le Mexique, les pays africains redoutent d’être lâchés une fois de plus au bord du chemin. Le directeur général de l’OMC, le Français Pascal Lamy, a cherché à les rassurer. Prenant son bâton de pèlerin, il a effectué début février 2007 une tournée en Afrique de l’Est qui l’a mené en Ouganda, en Tanzanie et au Kenya, à la recherche d’un consensus sur la reprise des négociations commerciales. Pascal Lamy, qui a aussi participé à une réunion extraordinaire des ministres du Commerce des pays membres de l’Union africaine (UA) à Addis Abeba en Ethiopie, a invité l’Afrique à « changer de position pour éviter un nouveau blocage dont elle sera la grande perdante ». « Si nous concluons ce cycle, a-t-il affirmé, il y aura beaucoup de gagnants. Si les négociations échouent, il n’y a aucun doute sur qui sera le plus grand perdant : l’Afrique. »

UE-ACP : vers une liste de produits sensibles échappant à la libéralisation

Les Africains plaident pour « un traitement spécial et différencié en faveur des pays en développement » et estiment que les conditions exigées par les pays développés sont exorbitantes et dépassent leurs capacités. Elizabeth Tankeu, commissaire de l’UA pour le commerce et l’industrie, affirme que le blocage des négociations « peut être largement attribué à l’intransigeance et à l’échec des principaux acteurs à montrer la flexibilité nécessaire dans leurs positions lors des négociations », car « les grandes attentes générées par l’adoption de la déclaration de Doha ne se sont pas matérialisées ».
De nombreux responsables africains estiment par ailleurs ne pas être prêts pour la conclusion des Accords de partenariat économique (APE) entre l’UE et les pays en développement de l’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP) qui devraient marquer, d’ici le 1er janvier 2008, la fin des préférences commerciales octroyées par les Européens. Au cours d’une récente réunion à Bruxelles entre l’UE et des pays d’Afrique de l’Ouest et centrale, les Africains ont réclamé des compensations financières à l’Europe pour accompagner la suppression de leurs barrières douanières ainsi que l’élaboration rapide d’une liste des produits dits « sensibles » qui pourront échapper à la libéralisation.
Des experts de la Cédéao et de l’UEMOA, réunis fin janvier à Ouagadougou pour identifier ces produits sensibles, ont cherché à élaborer une position commune pour mieux préparer la négociation. Les produits sensibles concernent notamment les dérivés agricoles et agro-industriels, forestiers, artisanaux qui peuvent se trouver fragilisés par une ouverture mal maîtrisée aux importations européennes. Des participants estiment que l’Afrique de l’Ouest subit une concurrence déloyale des pays industrialisés, due aux subventions qui aboutissent à des distorsions des prix mondiaux des produits tels le coton, le sucre ou les oléagineux.
Pour le représentant de la Cédéao, Gilles Hounkpatin, le séminaire de Ouagadougou marque une étape importante dans la conduite des négociations sur la libéralisation des échanges avec l’Union européenne car un accord commercial mal maîtrisé ne fera qu’accentuer la concurrence déloyale dont souffrent déjà les produits agricoles et agro-industriels issus de la région. Réponse ou hasard du calendrier, Pascal Lamy a annoncé pour les 15 et 16 mars 2007 une réunion de haut niveau du Cadre consultatif sur le coton, à Genève, à la suite de demandes répétées des auteurs (qui sont africains) de l’Initiative sur le coton au sein de l’OMC.

Marie Joannidis

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