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16/04/2007
Aide publique au développement
Comment maintenir le moteur en marche ?


(MFI) L’aide publique au développement, gonflée artificiellement depuis deux ans par la réduction de la dette des pays les plus pauvres incluse dans les calculs d’APD, devrait se maintenir à des niveaux élevés malgré un fléchissement attendu cette année, selon l’OCDE. Mais on est encore loin du volume d’aide nécessaire à la réalisation des objectifs du Millénaire de développement (OMD) visant notamment à réduire de moitié la pauvreté d’ici 2015. D’autant plus qu’il faudra compenser la diminution des remises de dette, en particulier pour des pays comme la France.

Les 22 pays membres du Comité d’aide au développement (CAD) de l’OCDE, qui regroupe les principaux donateurs, ont fourni en 2006 un total de 103,9 milliards de dollars d’aide publique, soit 5,1 % de moins qu’en 2005, selon des chiffres provisoires rendus publics début avril 2007. En fait, sur ce montant, 19,2 milliards de dollars ont servi à financer des allégements de dette, notamment des remises exceptionnelles en faveur de l’Irak et du Nigeria. Ce qui implique que les autres formes d’aide n’ont diminué que de 1.8 %. Sur les 22 pays du CAD, 16 ont atteint les objectifs qu’ils s’étaient fixés pour 2006 en matière d’APD lors de la Conférence internationale sur le financement du développement organisée à Monterrey au Mexique en 2002.
L’aide à l’Afrique sub-saharienne, non compris les allégements de dettes, est restée constante en 2006, en dépit de l’engagement pris par le G8 de doubler l’aide à l’Afrique d’ici 2010. L’aide totale représente 0,30 % du revenu national brut (RNB) cumulé des membres du CAD, en léger recul par rapport aux 0,33% enregistrés en 2005.

Les pays de l’UE ont consenti un effort correspondant à 0,43% de leur RNB total

Seuls cinq pays – la Suède, le Luxembourg, la Norvège, les Pays-Bas et le Danemark – ont atteint ou dépassé l’objectif de 0,7 % du RNB fixé pour l’APD par les Nations unies. En valeur absolue, les Etats-Unis sont restés le principal donateur, avec 22,7 milliards de dollars. Ce montant est toutefois en recul de 20 % par rapport à 2005 et ne représente que 0,17 % du RNB américain. Les autres grands bailleurs de fonds sont dans l’ordre la Grande-Bretagne (12,6 milliards), le Japon (11, 6 milliards), la France (10,45 milliards) et l’Allemagne (10,35 milliards). La Commission européenne pour sa part a fourni une aide de 10,2 milliards de dollars.
Les apports cumulés d’APD des 15 membres du CAD appartenant à l’Union européenne (UE) ont représenté 57 % du total. Avec un total de près de 59 milliards de dollars, les pays de l’UE ont ainsi consenti un effort correspondant à 0,43% de leur RNB total, largement supérieur à l’objectif de 0,39 % qu’ils s’étaient fixés pour 2006.
Avec une aide correspondant à 0,47% de son RNB en 2006, la France se trouve dans la bonne moyenne des membres du CAD et progresse régulièrement vers son objectif de 0,50% en 2007, avec en ligne de mire d’atteindre dans les prochaines cinq années le chiffre phare de 0,7%, selon les engagements pris par le président sortant Jacques Chirac. Tout cela dépendra toutefois de l’issue des prochaines élections présidentielles et législatives en France.
Jean-Michel Severino, directeur général de l’Agence française de développement (AFD), dont le mandat vient d’être renouvelé pour trois ans, rappelle en effet que les annulations de dette représentent pour l’instant près du tiers de l’APD française et qu’il faudra donc compenser ces montants pour maintenir la tendance. « La tâche sera très difficile », convient-il. Présentant fin mars à la presse le rapport annuel de l’agence, qui coordonne l’aide publique française à une soixantaine de pays, il a précisé qu’elle avait doublé depuis 2001 ses engagements en faveur du développement et de l’Outre-mer qui dépasseront les 3,4 milliards d’euros en 2007 y compris l’activité de Proparco, sa filiale pour le secteur privé.

L’AFD a triplé ses financements à destination de l’Afrique subsaharienne

L’AFD a en particulier triplé ses financements à destination de l’Afrique subsaharienne avec un montant de 1,2 milliard d’euros en 2006. Les grandes orientations de l’AFD pour 2007-2011 sont les suivantes : priorité à l’Afrique et extension géographique. L’activité de prêt de l’Agence est étendue à l’ensemble des pays d’Afrique sub-saharienne et le champ d’intervention s’ouvre également, à titre expérimental, à quatre nouveaux pays émergents : Inde, Indonésie, Pakistan, Brésil.
« Nous devons aider ces pays à s’attaquer aux problèmes des émissions de gaz à effet de serre, à la protection de la bio-diversité, comme à l’apparition des maladies du XXIè siècle tels le SRAS et la grippe aviaire », a indiqué Jean-Michel Severino. Trois axes stratégiques ont ainsi été définis : la lutte contre la pauvreté, le soutien à la croissance économique et la protection des « biens communs de l’humanité ».
L’AFD veut aussi poursuivre poursuit le partenariat avec les entreprises et les collectivités locales, ainsi que les organisations non gouvernementales (ONG) et les fondations. Pour mettre en oeuvre cette stratégie, l’Agence veut renforcer son action dans le domaine de l’ingénierie financière et l’innovation ainsi que dans « la production intellectuelle et le partage de connaissances » et poursuivre sa contribution aux grands débats internationaux sur l’aide publique au développement et l’amélioration de son efficacité.

Marie Joannidis

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