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26/06/2007
Changer de regard sur la croissance urbaine

(MFI) Le Fonds de Nations unies pour la population (FNUAP) publie ce 27 juin son rapport annuel, Etat de la population mondiale 2007 - libérer le potentiel de la croissance urbaine, destiné à secouer quelques idées préconçues sur l’urbanisation et ses enjeux. En voici les principaux extraits résumés.

À l’aube d’un millénaire urbain

En 2008, pour la première fois de l’histoire de l’humanité, plus de la moitié de la population du globe, soit 3,3 milliards d’habitants, vivra en milieu urbain. D’ici 2030, ce chiffre devrait avoisiner les 5 milliards. La population urbaine de l’Afrique et de l’Asie est appelée à doubler en l’espace d’une génération. Beaucoup des nouveaux citadins seront pauvres et leur avenir, celui des villes des pays en développement et celui de l’humanité entière dépendront dans une grande mesure des décisions prises dès aujourd’hui.
L’urbanisation – accroissement de la proportion urbaine de la population – est inévitable, mais elle peut aussi être positive. Aucun pays, à l’ère industrielle, n’a connu de croissance économique significative sans urbanisation. (…) Le défi à relever est celui de tirer parti des possibilités dont le phénomène est porteur. (…) Le présent rapport porte ses regards au-delà des problèmes actuels et lance un appel à l’action. Il s’efforce d’appréhender les conséquences de la croissance urbaine imminente et analyse les mesures à prendre pour s’y préparer, en se penchant tout particulièrement sur la réduction de la pauvreté et la viabilité.
Bien que l’attention se soit fixée principalement jusqu’ici sur les mégalopoles, la croissance urbaine aura lieu en majeure partie dans les petites villes, et il faudra, pour que celles-ci soient en mesure de relever les défis à venir, renforcer considérablement leurs capacités.

Dès à présent, des mesures qui feront une énorme différence


Les pouvoirs publics, la société civile et les organisations internationales peuvent prendre dès à présent des mesures qui feront une énorme différence au plan des conditions de vie sociales, économiques et environnementales. Le rapport pose deux constats : ce sont les pauvres qui alimenteront dans une grande mesure la croissance urbaine à venir et cette croissance proviendra bien plus de l’accroissement naturel que de la migration. Une fois ces réalités comprises, trois séries d’initiatives à prendre s’imposent. Il faut :
• Accepter le droit des pauvres à la ville et renoncer aux tentatives qui visent à décourager la migration et à prévenir la croissance urbaine;
• Adopter une vision élargie et à long terme de l’utilisation de l’espace urbain, vision qui exige notamment de fournir des terrains minimalement viabilisés pour le logement et de planifier en vue d’une utilisation durable des sols, en s’attachant, au-delà des limites urbaines, à minimiser « l’empreinte écologique » des villes;
• Engager des efforts internationaux concertés pour appuyer les stratégies de l’avenir urbain.

Les promesses de la croissance urbaine

La croissance des villes sera le facteur qui, à lui seul, influera le plus sur le développement au cours du XXIe siècle. (…) Les changements surviendront trop rapidement et seront de trop grande ampleur pour que les pouvoirs publics et les planificateurs se permettent de limiter leurs interventions à de simples réactions.
L’urbanisation actuelle se caractérise par son envergure et par sa concentration dans les pays en développement. En trois décennies, de 2000 à 2030, la population urbaine de l’Asie sera passée de 1,36 milliard d’habitants à 2,64 milliards, celle de l’Afrique de 294 millions à 742 millions et celle de l’Amérique latine et des Caraïbes de 394 millions à 609 millions. (…) Les villes d’aujourd’hui sont les principales bénéficiaires de la mondialisation, mais rares sont celles qui créent suffisamment d’emplois pour répondre à la demande, et ce sont les femmes, les membres des groupes minoritaires et les pauvres qui sont ici les perdants. Toutefois, la plupart des migrants urbains préfèrent généralement leur nouvelle existence à celle qu’ils ont laissée derrière eux.
Les mégalopoles (plus de 10 millions d’habitants) n’ont pas atteint les dimensions projetées dans les années soixante-dix. Plus de la moitié de la population urbaine du globe vit dans les villes de 500 000 habitants ou moins. Les problèmes urbains sont, en principe, plus faciles à résoudre dans ces villes, mais celles-ci ne s’y sont pas employées, et le sort de nombreux citadins, de femmes en particulier, n’est pas plus enviable que celui des pauvres ruraux, notamment dans les villes de 100 000 habitants ou moins.

Populations urbaines : de la désolation à l’espoir

C’est dans les taudis du monde que sera livrée la bataille des objectifs du Millénaire pour le développement, notamment pour réduire l’extrême pauvreté de moitié d’ici à 2015. Les villes possèdent des avantages évidents dans la lutte contre la pauvreté, mais dont elles n’ont pas tiré parti étant donné qu’elles se sont attachées à décourager la migration et qu’elles ont négligé les pauvres. En conséquence, la pauvreté augmente plus rapidement en milieu urbain qu’en milieu rural. La population des taudis est aujourd’hui d’un milliard de personnes, 90 % d’entre elles vivant dans les pays en développement. (…)
Les villes donnent aux femmes davantage de possibilités de participation à la vie sociale et politique (…) mais elles ont besoin de l’appui des pouvoirs publics et des organisations internationales. (…) Beaucoup de jeunes citadins grandissent pauvres et se voient refuser les avantages de la vie urbaine dans les domaines de l’éducation, de la santé et de l’emploi. Ce type de situation pérennise la pauvreté, est source d’insécurité et de frustration et accroît le potentiel de violence. La proportion des personnes âgées dans la population urbaine augmente, elle aussi. La vie urbaine leur offre, comme aux autres groupes, des avantages mais elle refuse fréquemment ceux-ci aux pauvres et à d’autres exclus.
La réduction de l’immense écart entre le potentiel et les réalités de la vie urbaine exige en premier lieu que l’on accepte la croissance urbaine et que l’on y réagisse positivement. Ceci requiert des activités de plaidoyer et un ferme engagement politique.

Repenser la politique de lutte contre la pauvreté urbaine

La position des autorités consiste souvent à s’opposer à l’expansion urbaine et à s’abstenir d’apporter un soutien aux organisations non gouvernementales qui peuvent faciliter le processus. C’est là une stratégie inefficace et qui repose sur des hypothèses erronées. Les migrants prennent, en s’installant dans les villes, une décision rationnelle, mais ils ont besoin d’appuis pour échapper à la pauvreté et pour pouvoir contribuer ainsi à la croissance économique tant urbaine que rurale.
La question du logement se situe au cœur même de la problématique de la pauvreté urbaine : un toit et une adresse dans un quartier habitable constituent un point de départ crucial dans la vie pour les citadins pauvres, en particulier pour les femmes. (…)
Les politiques réalistes doivent tenir compte de la croissance à venir et des besoins présents et envisager notamment la fourniture de terrains minimalement viabilisés. Assurés de la sécurité de leurs droits fonciers et disposant de rues, d’eau et d’électricité, de réseaux d’assainissement et des services de voirie, les pauvres peuvent se construire des logements, rudimentaires d’abord mais qu’ils améliorent progressivement.
Cette solution n’est ni parfaite ni facile. Elle exige une approche volontariste de la gouvernance urbaine et en particulier une réglementation du marché foncier plus stricte que beaucoup de villes ne sont actuellement disposées à adopter; mais elle est viable, notamment dans les petites villes disposant de terres, à condition que les pouvoirs publics centraux et la communauté internationale soutiennent les pouvoirs locaux. Chose essentielle, cette approche reconnaît les intérêts, l’importance des contributions et les droits de l’homme des pauvres.

L’emploi social durable de l’espace

Bien que la croissance urbaine ait été considérée comme néfaste en soi, la densité de la population est potentiellement utile. Son utilité dépend toutefois des modalités de la croissance. L’espace urbain se développe plus rapidement que la population urbaine. La croissance urbaine actuelle est forte consommatrice de terre. D’ici 2030, l’espace urbain bâti triplera dans les pays en développement et sera multiplié par 2,5 dans les pays développés. La préférence pour un mode de vie suburbain contribue à cette tendance et pourrait l’accélérer. L’autre cause de l’étalement urbain est la périurbanisation, à savoir l’implantation d’établissements commerciaux et résidentiels dans des zones de transition entre la campagne et la ville, où la terre et la main-d’œuvre sont moins chères et moins strictement réglementées. (…)
Les pays devront, selon toute vraisemblance, rétablir les mécanismes de planification urbains et régionaux qui ont été relégués au second rang du fait de l’ajustement structurel et de la mondialisation accélérée. Plutôt que des plans directeurs de grande envergure, il est plus réaliste de planifier en tenant compte de l’inévitabilité de la croissance urbaine, en situant les efforts au niveau régional et pas sur le plan strictement urbain. Une approche « villes-régions » qui coordonne les actions des instances gouvernementales locales et urbaines permettrait de prendre en compte les besoins sociaux, environnementaux et économiques et de faire une place à la contribution essentielle des pauvres établis en milieu urbain.

Urbanisation et durabilité au XXIe siècle

(…) Les changements climatiques toucheront plus durement les pays, villes et populations pauvres, et notamment dans les domaines de la santé et de l’alimentation en eau. (…) Beaucoup de grandes agglomérations, et au total 13 % de la population urbaine, se trouvent dans des zones côtières ou à l’embouchure de grands fleuves. L’élévation du niveau des mers résultant des changements climatiques pourraient rendre certaines de ces zones inhabitables. Or il se trouve là beaucoup de grandes villes qui se développent rapidement et qui se soucient davantage de leur croissance économique que de mesures de protection contre les changements climatiques.
L’adaptation aux divers impacts des changements climatiques exige une vision prospective et des mesures appropriées compte tenu des conditions et ressources locales. Les villes ont entrepris de procéder à des échanges d’expérience et de renforcer les capacités locales par la formation de réseaux qui pourront acquérir une grande influence politique.
Les villes doivent adopter une vision plus large des changements climatiques et de leur rôle dans ces changements. Une pensée s’inscrivant dans le long terme et une planification prévisionnelle offrent les meilleures chances d’atténuation des effets des changements climatiques.

Le texte intégral du rapport est disponible sur le site web de UNFPA, à www.unfpa.org


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