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27/11/2007
Rapport mondial sur le développement humain 2007/2008
Lutter contre le changement climatique, un impératif de solidarité


(MFI) « Le changement climatique est une crise qui peut encore être évitée, mais d’extrême justesse. Le monde a moins de dix ans pour retourner la situation », souligne le Programme des Nations unies pour le développement (Pnud) dans son nouveau rapport sur le développement humain, publié ce 27 novembre 2007. Or ce changement climatique ralentit les efforts visant à réaliser les Objectifs du Millénaire pour le développement : ce sont les pauvres qui en supportent l’essentiel des conséquences. Demain, il pourrait inverser les progrès accomplis de génération en génération : ce sera l’humanité entière qui devra faire face.

« Les gaz emmagasineurs de chaleur que nous envoyons dans l’atmosphère en 2008 y seront encore jusqu’en 2108 et au-delà. Les choix que nous faisons aujourd’hui influenceront non seulement nos propres vies, mais également celles de nos enfants et de nos petits-enfants. » Cet avertissement, placé en exergue de l’édition 2007/2008 du rapport mondial sur le développement humain, intitulé La lutte contre le changement climatique : un impératif de solidarité humaine dans un monde divisé, met en lumière la responsabilité qui pèse sur notre génération. « Si nous restons sur la trajectoire actuelle, précise Jean Fabre, directeur adjoint du bureau de Genève, nous serons la première génération à transmettre à ses enfants une situation pire que celle dont elle a héritée. Adieu, idée que nous progressons, malgré les à-coups, vers un monde meilleur ! »
Si les prédictions scientifiques quant à l’impact exact des gaz à effet de serre sont assez approximatives, précise encore le Programme des Nations unies pour le développement (Pnud), les changements climatiques sont scientifiquement indéniables. « Nous en savons déjà assez pour comprendre que les risques sont élevés et potentiellement catastrophiques », indiquent les auteurs du rapport. En outre, « nous savons que le danger augmente avec chaque jour qui passe sans agir ».

Pour les plus défavorisés, des conséquences « apocalyptiques »

Or il est clair aujourd’hui que les changements climatiques affecteront les régions de manière très différente. « Les effets des sécheresses accentuées, des phénomènes météorologiques extrêmes, des tempêtes tropicales et de l’élévation du niveau de la mer sur une grande partie de l’Afrique, sur de nombreuses petites îles et sur les zones côtières seront visibles dès notre époque. En termes de produit intérieur brut (PIB) mondial, ces effets à court terme ne seront pas significatifs. Mais pour certains des peuples les plus défavorisés du monde, les conséquences risquent d’être apocalyptiques. À long terme, les changements climatiques représentent une menace grave pour le développement de l’humanité et à certains endroits ils mettent déjà en danger les efforts déployés par la communauté internationale en vue de réduire de la pauvreté extrême. » C’est l’un des points principaux de ce rapport : la « progression du développement peut être progressivement ralentie par les changements climatiques ». La bataille contre la pauvreté et celle contre les changements climatiques doivent se renforcer mutuellement.

S’adapter et réduire les émissions

Deux axes d’action sont tracés par le rapport : développer des plans d’adaptation et entamer de véritables efforts de réduction des émissions. L’adaptation est impérative, car « les changements climatiques continueront d’affecter les pays les plus pauvres de manière significative même si les efforts de réduction des émissions commencent dès maintenant ». Pour aider les pays qui en font la demande, le Pnud et le Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE) ont inauguré, à Nairobi en novembre 2006, un partenariat destiné à développer la capacité des pays en voie de développement à profiter du Mécanisme pour un développement propre (MDP), notamment dans les domaines des énergies propres et renouvelables, de l’isolation climatique et des carburants alternatifs. Parallèlement, souligne le Pnud, il faut absolument commencer à réduire les émissions et prendre d’autres mesures d’atténuation afin que les changements irréversibles déjà en cours ne soient pas amplifiés au cours des quelques prochaines décennies. Si cela n’est pas fait aujourd’hui, « le coût de l’adaptation sera dans 20 à 30 ans hors de portée pour les pays les plus pauvres ».

Des coûts à court terme, des bénéfices à long terme

Il faut, selon le rapport, « investir maintenant pour contrôler les changements climatiques. Les bénéfices dans le temps seront considérables, mais au début, comme pour tout autre investissement, nous devons avoir la volonté d’assumer ces coûts. C’est un défi pour la gouvernance démocratique : les systèmes politiques devront s’accorder à payer les coûts maintenant et ne réaliser les profits qu’à long terme. Les dirigeants devront étendre leur vision au-delà de leurs échéances électorales ». Dès aujourd’hui, le carbone et les gaz équivalents doivent avoir « un prix qui reflète leur véritable coût social ».
Enfin, souligne les experts, bien que le risque soit potentiellement catastrophique pour tous, la distribution des coûts et des bénéfices sera loin d’être uniforme. Ce défi est d’autant plus difficile que ceux qui ont le plus contribué au problème, les pays riches, ne sont pas ceux qui vont souffrir le plus à court terme. Ce sont les pays les plus pauvres, qui n’ont pas contribué et ne contribuent toujours pas de manière significative aux émissions de gaz à effet de serre, qui sont les plus vulnérables. « Nous devons définir une politique, acceptable éthiquement et politiquement, qui nous permette de nous lancer, de faire un premier pas même si de nombreux désaccords subsistent sur le partage à long terme des charges et des bénéfices. »


La volonté politique et la solidarité à l’épreuve

La manière dont le monde gère le changement climatique de nos jours aura un effet direct sur les perspectives de développement humain pour une large portion de l’humanité. En cas d’échec, les 40 pour cent de la population mondiale la plus pauvre, soit environ 2,6 milliards de personnes, seront condamnés à un futur comportant moins d’opportunités.
Le changement climatique exige, souligne encore les experts, que « nous agissions dans les délais les plus brefs pour confronter une menace envers deux groupes d’individus possédant une faible voix sur le plan politique : les pauvres du monde entier et les générations de demain ». Il pose des questions d’une importance profonde sur la justice sociale, l’équité et les droits de l’homme entre les pays et entre les générations. L’hypothèse des auteurs du Rapport mondial sur le développement humain 2007/2008 est que « nous devons, et pouvons, gagner la bataille contre le changement climatique. Le monde ne manque ni de ressources financières, ni de capacités technologiques pour agir. Si nous ne réussissons pas à enrayer le changement climatique, ce sera à cause d’un manque de volonté politique de coopérer ». Dont acte.


La lutte contre le changement climatique : un impératif de solidarité humaine dans un monde divisé, rapport mondial sur le développement humain 2007/2008, Pnud, éditions La Découverte, 32 euros, http://www.undp.org/french/

Ariane Poissonnier

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