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20/01/2009
Afrique : du gaz en ligne de mire


(MFI) Productrice de plus en plus importante de pétrole, l’Afrique mise aussi sur son gaz naturel : une exploitation qui reste toutefois freinée par l’étroitesse des marchés du continent et les difficultés que rencontre, notamment, le Nigeria, l’un de ses principaux exportateurs de brut. Selon Jean-Pierre Favennec, expert de l’Institut français du pétrole (IFP), la production de gaz africain – dont près des deux tiers sont exportés – représente 13 % du total mondial.

L’essentiel de la production de gaz du continent vient d’Afrique du Nord, Algérie en tête – elle exporte près de la moitié de cette production –, mais aussi d’Egypte et, bientôt, de la Libye, appelée à développer ce secteur après la levée des sanctions américaines. Le Nigeria, qui a de grosses réserves de gaz, en exporte l’essentiel alors que l’Angola, qui réinjectait jusqu’à présent le gaz dans les gisements de pétrole, a un projet de gaz naturel liquéfié (GNL), tout comme la Guinée Equatoriale, autre producteur de brut. Des découvertes de gaz ont également été faites au Mozambique et en Tanzanie, pays non pétroliers.

L’Algérie souhaite porter ses exportations de gaz à 85 milliards de m3 en 2011

La compagnie algérienne Sonatrach, 2e fournisseur de gaz à l’Europe après la Russie, conserve ses projets d’expansion malgré des recettes inférieures à ses objectifs, en raison de l’effondrement des cours du brut. Les prix du gaz sont en effet indexés sur ceux du pétrole, en forte baisse. Mais le groupe public algérien, premier producteur de gaz du continent, confirme ses ambitions : consolider sa place de 2e fournisseur européen, se développer sur le marché prometteur du GNL (transportable par méthaniers) et sortir du pré carré algérien en opérant à l’étranger. En Afrique, le groupe opère déjà en Mauritanie, au Niger, au Mali, en Libye, en Tunisie, en Egypte ; il s’est implanté au Pérou. En fait, l’Algérie souhaite porter ses exportations de gaz à 85 milliards de m3 en 2011 contre 63 milliards actuellement.
Avec l’Europe, son marché naturel, le développement passe par l’expansion du réseau de gazoducs. Pour augmenter ses parts de marché en Italie, la Sonatrach va porter de 26 à 33 milliards de mètres cubes la capacité du Transmed passant par la Tunisie, auquel s’ajoutera en 2012 le Galsi, transitant par la Sardaigne. Vers l’Espagne, le deuxième pipeline Medgaz, d’une capacité de 8 milliards de m3 par an, est en construction. Enfin un gazoduc transsaharien, qui devrait connecter le Nigeria à l’Algérie, est en projet pour 2015-2017. Prévu pour transporter le gaz du Nigeria vers l’Europe via l’Algérie, ce gazoduc manque pour le moment de financements ; aussi la crise gazière russo-ukrainienne pourrait lui profiter.

La Libye envisage de doubler sa production gazière d’ici 2012

En Libye, plusieurs compagnies pétrolières dont la Canadienne Verenex ont découvert des gisements dans le bassin de Ghadames, à environ 180 km au sud-ouest de Tripoli. Il s’agit de la dixième découverte pour Verenex dans ce périmètre depuis le début de son exploitation en septembre 2006. Troisième producteur de pétrole d’Afrique – après le Nigeria et l’Angola –, la Libye produit actuellement 3,5 milliards de m3/jour de gaz naturel et envisage de doubler sa production gazière d’ici 2012 ou 2013.
Au Nigeria, les violences dans le delta du Niger, mais aussi la corruption et la désorganisation du tissu industriel freinent l’exploitation aussi bien du pétrole que du gaz, qui a souvent été brûlé au lieu d’être produit et exporté. Selon des experts nigérians, le gaz est brûlé parce que les compagnies pétrolières ne l’utilisent ni ne le récupèrent. Le Nigeria est potentiellement le plus grand producteur de pétrole en Afrique mais, dans la région du Delta du Niger d’où presque tout le pétrole vient, les communautés locales affirment qu’elles ne profitent pas des milliards de dollars réalisés par an à partir des recettes et accusent l’industrie pétrolière de mettre à mal l’environnement.

En Afrique de l’Ouest, un gazoduc… sans gaz à mettre dedans !

En Angola, les autorités prévoient une forte croissance du secteur gazier dans l’exécution des projets Angola LNG (Gaz naturel liquéfié) et de construction de nouvelles raffineries ce qui favorisera la création d’une industrie pétrochimique.
Au Mozambique, le gaz est exporté par la compagnie sud-africaine Sasol essentiellement pour la pétrochimie. Le gouvernement mozambicain s’est fixé comme objectif d’atteindre en 2009 une croissance de 8,9 % pour les recettes de ses exportations dominées par trois produits : l’aluminium de la société Mozal, l’électricité du barrage de Cabora Bassa, et le gaz naturel exploité par Sasol.
De son côté, le gouvernement tanzanien a annoncé plusieurs découvertes de champs gaziers dans le pays sans révéler leur réserve potentielle. Tous ces champs ont été découverts le long de la côte de l’océan Indien, entre Dar-es-Salam et Mtwara.
« Je pense que le gaz va se développer en Afrique, mais pour cela il faut des marchés importants. Or à part l’Afrique du Nord et éventuellement l’Afrique du Sud, cela n’est pas le cas », souligne Jean-Pierre Favennec. Il cite notamment l’exemple du gazoduc d’Afrique de l’Ouest : il est prêt mais « il n’y a pas de gaz à mettre dedans », autant en raison des difficultés du Nigeria que d’une difficile répartition des ressources générées. Lancé en 1982 par la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest, ce gazoduc devait transporter du gaz à travers la région, depuis le Nigeria jusqu’au Ghana ; or ce dernier a depuis lors découvert du pétrole et du gaz associé, et sera donc moins dépendant d’un tel gazoduc… « L’idée était bonne, mais les faits sont là, souligne l’expert de l’IFP. On ne peut pas développer un marché de gaz important quand la taille (du marché) n’est pas là. »

Marie Joannidis

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