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10/03/2009
Forum mondial d’Istanbul : promouvoir une gestion apaisée de l’eau


(MFI) Le Forum mondial de l’eau qui se tient à Istanbul, en Turquie, du 16 au 22 mars 2009, réunit plus de 25 000 experts afin de trouver des solutions durables aux enjeux mondiaux de l’eau, ressource vitale à la survie de la planète et de l’homme.

Pour l’Union internationale pour la conservation de la nature et de ses ressources (UICN), les deux tiers de la population mondiale subiront des pénuries d’eau d’ici 2025 et il est donc indispensable d’investir dans sa bonne gouvernance afin d’assurer un avenir durable en la matière, tant pour les pays eux-mêmes que pour les 260 bassins transfrontaliers.
L’UICN estime aussi que l’eau est au cœur du changement climatique que ce soit à travers des sécheresses, des inondations, des tempêtes, la fonte glaciaire ou l’élévation du niveau de la mer. Des bassins hydrographiques et des littoraux intacts et en bon état de fonctionnement peuvent ainsi contribuer à répondre aux impacts de ce changement climatique tout comme des cours d’eau en bon état peuvent réduire la pauvreté en répondant aux besoins ménagers, agricoles, industriels, énergétiques et environnementaux.
L’UICN prédit aussi qu’une crise mondiale de l’eau est en chemin. « La pression sur les ressources en eau augmente rapidement avec la croissance de la population mondiale, le déclin des écosystèmes et l’évolution des modèles de consommation », affirme Mark Smith, son directeur du Programme de l’eau.

Etablir des passerelles entre nos divergences

Le Forum mondial de l’eau est organisé tous les trois ans par le Conseil mondial de l’eau basé à Marseille, ville candidate pour la prochaine réunion en 2012, en étroite collaboration avec le pays-hôte. Créé en 1996, ce dernier regroupe 350 organisations de plus de 70 pays pour promouvoir une meilleure gestion de l’eau. Il a quatre objectifs principaux : mettre les problèmes de l’eau plus en avant sur la scène politique ; faciliter l’intensification des débats en vue de résoudre les problèmes liés à l’eau ; formuler des propositions concrètes et souligner leur importance sur la scène internationale ; susciter un engagement politique.
Le cinquième Forum d’Istanbul fait suite à celui de Mexico en 2006 qui avait mis l’accent sur les actions locales. Son thème : établir des passerelles entre nos divergences (Bridging the divides for water). La France, quatrième bailleur bilatéral de l’eau potable dans le monde avec plus de 350 millions d’euros en 2007, essentiellement par son opérateur pivot, l’Agence française de développement (AFD) s’est fortement mobilisée pour Istanbul.
Réunis le 9 mars à Paris, les représentants du Partenariat français pour l’eau (PFE) ont donné le coup d’envoi en présence de Jean-Louis Borloo, ministre de l’Ecologie, de la secrétaire d’Etat chargée de l’Ecologie, Chantal Jouanno, de Jean-François Le Grand, président du Cercle français de l’Eau, chargé de préparer la candidature de Marseille, et Loïc Fauchon, président du Conseil mondial de l’Eau, qui se retrouveront tous en Turquie.
Les acteurs français de l’eau intervenant à l’international (collectivités territoriales, ministères, agences de l’eau, ONG, entreprises, associations, centres de recherches...) se sont rassemblés au sein du PFE, créé en 2007.Celui-ci a lancé à l’occasion d’Istanbul 11 chantiers principaux*. Il a aussi mis l’accent sur quatre enjeux qu’il juge cruciaux : l’assainissement dans les mégapoles, la répartition équitable du coût de l’accès à l’eau potable et à l’assainissement pour tous, la gestion de l’eau par bassin comme réponse aux enjeux géopolitiques et l’adaptation au changement climatique afin de réduire son impact sur les ressources en eau dans le monde.

Les chiffres avancés par l’OMS et le PNUD sont dramatiques

Le PFE souhaite en outre que le forum d’Istanbul soit un moment charnière dans la prise de conscience par la communauté internationale et les opinions publiques de l’importance et de l’urgence de relever les défis de l’eau au 21e siècle car les chiffres avancés par l’OMS et le PNUD sont dramatiques. Ainsi, 900 millions d’êtres humains (dont 322 millions d’Africains et 234 millions en Asie du Sud) n’ont actuellement pas accès à l’eau potable et 2,5 milliards sont privés d’assainissement, 85 % des eaux usées dans le monde sont rejetées sans traitement, les villes qui totalisent près de la moitié de la population mondiale, constituant de véritables « bombes sanitaires » à retardement. Une situation que risque de s’aggraver sachant que les deux tiers des humains seront citadins d’ici à 2030, et que deux milliards d’entre eux vivront alors dans des bidonvilles.
Nathalie Chartier-Touzé, secrétaire exécutive du PFE insiste sur le fait que les responsables politiques doivent avoir la volonté d’agir et qu’il faut que les systèmes de gouvernance de l’eau soient améliorés. « L’'enjeu aujourd’hui c’est de passer des paroles à l’action », souligne-t-elle à MFI. Elle estime qu’à Istanbul des sujets « un peu conflictuels » comme la gestion transfrontière de l’eau, la gestion partagée des fleuves et des barrages, seront sur la table tout comme celle des bassins versants et du prix de l’eau qui reste un débat idéologique.
Les altermondialistes, réunis cette année à Belém pour le Forum social mondial ont appelé à une mobilisation générale du 14 au 22 Mars à Istanbul et dans tous les pays pour exprimer leur forte opposition au Forum mondial de l’eau « organisé par les grandes entreprises qui cherchent de nouvelles formes de marchandisation de l’eau ». Ils ont aussi affirmé que le modèle économique actuel a déclaré la guerre à la nature : l’eau, l’air, la terre et les forêts, et tous les biens naturels.
« L'accès à l’eau a un coût qu’il faut répartir équitablement, c'est-à-dire moduler les tarifs et exercer la solidarité avec les plus pauvres », souligne Nathalie Chartier-Touzé qui insiste aussi sur des financements dans la durée. « On ne peut pas se reposer uniquement sur les usagers mais également sur l’Etat, les collectivités et même le système bancaire », précise-t-elle. Elle met l’accent sur l’urgence à réduire la consommation d’eau qui est inégalement répartie et utilisée à travers le monde et dont les pénuries se manifestent aussi bien dans les pays dits riches, comme en Californie, aux Etats-Unis, ou pauvres comme en Afrique par exemple.


* Le droit à l’accès à l’eau et à l’assainissement pour tous ; l’assainissement comme priorité vitale ; le rôle des autorités locales ; la coopération décentralisée ; la gestion partagée de l’eau par bassin ; l’eau et l’alimentation ; le financement de l’eau ; l’eau et l’adaptation au changement climatique ; l’eau et l’énergie ; l’eau, la crise et l’urgence ; l’eau en Méditerranée.

Marie Joannidis

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