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16/02/2010
Afrique : la nouvelle bataille du rail

(MFI) L'Afrique, qui veut à tout prix rattraper son retard en matière d'infrastructures, s'est lancé un nouveau défi : gagner la bataille du rail, en partie avec l'aide de la Chine, qui n'hésite pas à investir afin de faciliter ses importations en pétrole et en minerais.

Selon les indications officielles chinoises, Pékin a permis la réalisation de 525 projets d'infrastructures en Afrique dont 3 391 km d'autoroutes, 2 233 km de chemins de fer, 10 ponts et 52 stades. La Chine a également décidé de fournir 10 milliards de dollars de crédits préférentiels aux pays africains, et d'annuler des dettes dues par les pays africains les plus endettés et les moins avancés. Parmi les principaux pays concernés figurent les deux principaux producteurs de brut de l'Afrique subsaharienne, l'Angola et le Nigeria, mais aussi des pays producteurs de minerais comme la Tanzanie ou la République démocratique du Congo.

Si les chemins de fer constituent « le moyen de transport le mieux adapté pour le déplacement de gros volumes sur de longues distances », se prêtant particulièrement bien au transport de marchandises à destination et en provenance des pays enclavés d'Afrique, selon des experts européens, ils ont toutefois des coûts de construction et d'équipement élevés et requièrent une gestion plus complexe que celle des routes. Le coût relatif du transport routier a diminué au cours des vingt dernières années alors que dans le même temps les services ferroviaires se sont détériorés. Ce qui a eu comme résultat le transfert d'une grande partie du trafic - et donc des recettes - du rail vers la route.

La route longtemps privilégiée par la Banque mondiale

L'Union internationale des chemins de fer (UIC), dont le siège est à Paris, constate « l'abandon progressif des subventions d'exploitation accordées au rail, notamment par la Banque mondiale qui a privilégié la route. Elle note la baisse des investissements ferroviaire (maintenance et renouvellement), soit 26 % pour les routes contre 13 % pour les chemins de fer. » L'UIC constate aussi que les concessions de chemin de fer rencontrent plusieurs problèmes : services voyageurs jugés peu rentables par les concessionnaires, nécessité de déterminer les frontières entre rentabilité financière et intérêt public, financement des missions de services publics à développer et enjeu des concessions de fret.

Le coût de l'entretien et de la gestion d'un vaste réseau ferroviaire dépasse les moyens de nombreux pays, ce qui ne fait qu'accélérer la détérioration des infrastructures et des services, et continue à faire peur aux bailleurs de fonds, plus enclins à financer des routes que le rail. La Banque mondiale préconise une restructuration en coopération avec le secteur privé, recommandant la mise en concession des chemins de fer plutôt que leur privatisation complète. La Côte d'Ivoire et le Burkina Faso ont été des précurseurs en la matière, l'attribution d'une franchise ayant transféré à une société privée la responsabilité de l'exploitation des chemins de fer des deux pays. Ce partenariat public-privé a arrêté le déclin amorcé dans les années quatre-vingt.

La sud-africaine Spoornet peut rivaliser avec les sociétés occidentales

L'UIC travaille en Afrique principalement à travers la compagnie de chemins de fer sud-africaine Spoornet, qui détient déjà des parts dans la plupart des mises en concessions à travers le continent et possède une technologie avancée qui peut rivaliser avec celles des sociétés occidentales. Elle a aussi conclu des partenariats avec l'Union européenne et l'Union des chemins de fer africaine (UAC) et souhaite la création « d'une véritable synergie ferroviaire au niveau régional et continental » avec le Nouveau partenariat pour le développement économique de l'Afrique, le Nepad, et l'Union africaine (UA). « La coopération entre réseaux ferrés africains est absolument nécessaire. Le succès dépend d'un apport collectif de l'ensemble des chemins de fer africains et d'un développement intégré et coordonné », souligne l'UIC dans une étude prospective sur les chemins de fer africains à l'horizon 2025.

Selon Jean-Pierre Lehman, coordinateur Afrique, la coopération avec les instances africaines concerne notamment l'amélioration des voies, la construction de gares efficaces, la sécurité et la sûreté des chemins de fer et la gestion opérationnelle. Les communications et le développement des ressources humaines sont envisagés tout comme celui d'une « médecine du rail » pour lutter contre la propagation de maladies endémiques, en particulier le sida.

Un TGV au Maroc, une interconnexion en Afrique de l'Ouest

On note d'ores et déjà 3 000 km de voies construites - Tanzanie/Zambie, Transgabonais, Cameroun, Burkina Faso -, un plan d'interconnexion des réseaux ferroviaires des Etats membres de la Cedeao et le projet Africarail d'interconnexion ferroviaire entre le Bénin, le Burkina Faso, le Niger, le Togo et le Tchad, avec un partenariat public/privé d'un coût de six milliards de dollars pour 1 070 km.

Concernant l'Afrique du Nord, on envisage notamment une ligne à grande vitesse au Maroc. Le financement de ce premier TGV africain est bouclé depuis le 1er février 2010 avec la signature d'un contrat entre l'Etat et l'Office national des chemins de fer pour 2010-2015 prévoyant 200 km de voies à grande vitesse et 14 rames à étage (500 places) conçues par l'opérateur français Alstom. Les premiers engins entreront en action en juin 2010 sur le chantier de cette ligne à grande vitesse et les premiers passagers du TGV marocain se rendront, à partir de décembre 2015, en 1 h 20 de Rabat à Tanger contre 3 h 55 aujourd'hui.

Une liaison Libye/Tchad vers l'Afrique de l'Ouest est également prévue tout comme un projet libyen de construction de 2 000 km de voies parallèles à la Méditerranée, de Ras Ejder jusqu'à la frontière tunisienne et de Syrte jusqu'à Messap en direction de la frontière égyptienne, pour un coût de dix milliards de dollars.

Marie Joannidis

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