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21/07/2006
Education dans les pays développés
Les enfants issus de l’immigration mal partis


(MFI) Dans un récent rapport, l’Organisation de coopération et de développement économiques souligne que les enfants issus de l’immigration sont des élèves motivés qui affichent une attitude positive vis-à-vis de l’école ; mais, paradoxalement, dans certains pays membres, ils accusent un retard scolaire moyen de deux ans par rapport aux élèves autochtones. A l’origine de ce retard, les défaillances des systèmes éducatifs, qui ne parviennent pas à aider ces enfants immigrés à s’intégrer dans la société par l’instruction.

L’étude de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), qui se base sur les données recueillies dans le cadre du Programme international sur le suivi des acquis des élèves (Pisa), passe au peigne fin la situation de 17 pays – dont la France, l’Allemagne, les Etats-Unis, le Canada, etc. – qui comptent une forte population d’immigrants. Le Pisa a consisté à faire passer aux élèves de 15 ans des épreuves en mathématiques, en compréhension de l’écrit, en sciences et en résolution de problèmes. Pour l’étude Where Immigrant Students Succeed (1), on a comparé les performances des élèves issus de l’immigration à celles des autochtones.
Globalement, il en ressort que ces derniers obtiennent des résultats nettement supérieurs à ceux enregistrés par les enfants issus de l’immigration. « En mathématiques, par exemple, dans la majorité des pays évalués, au moins 25 % des enfants issus de l’immigration ne possèdent pas les savoir-faire élémentaires ; ils affichent des performances inférieures au niveau d’aptitude auquel les élèves commencent à être capables d’utiliser correctement les mathématiques », indique le rapport. Et de souligner, à titre de comparaison : « Seul un petit pourcentage d’élèves autochtones n’a pas acquis les savoir-faire leur permettant de s’engager dans des activités mathématiques. »

Des élèves “parqués” dans des établissements scolaires mal famés

Principale conséquence de ce manque de compétences de base chez ces enfants immigrés : d’énormes difficultés d’intégration dans la société par l’instruction. « Les élèves issus de l’immigration pourraient être exposés à des défis considérables au cours de leur vie professionnelle et privée », prévoit l’étude. Rien d’étonnant donc que les taux de chômage au sein des populations immigrées soient deux à trois fois supérieurs à ceux des nationaux.
Les causes des différences de performances entre les élèves issus de l’immigration et leurs camarades autochtones sont de plusieurs ordres. L’on peut citer, en premier lieu, l’absence, dans les pays d’accueil, de réelles politiques pour aider les élèves issus de l’immigration à acquérir un bon niveau dans la langue d’enseignement. « Les programmes de soutien linguistique bilingues, dispensés dans la langue maternelle des élèves et dans la langue d’enseignement, sont relativement rares, note le rapport. En outre, fort peu de pays développés proposent des cours supplémentaires visant à améliorer la maîtrise de la langue maternelle de ces élèves. »
De plus, la plupart des pays évalués procèdent à une mauvaise distribution des élèves issus de l’immigration au sein des établissements scolaires. Le rapport souligne, en règle générale, que ces élèves sont affectés à des établissements scolaires moins performants et surtout connus pour un climat disciplinaire délétère et des conditions de vie conflictuelles dans les classes. L’écrasante majorité de jeunes qui fréquentent ces établissements sont issus de couches sociales défavorisées.


Il faut des politiques d’intégration plus volontaires

L’OCDE recommande à ses Etats membres de trouver des solutions pour dissiper toutes les disparités relevées entre les élèves issus de l’immigration et leurs condisciples autochtones. « Ne rien faire n’est pas une option », note le rapport. Et d’insister : « Il peut être infiniment plus coûteux de ne rien faire que d’agir. » D’autant que les politiques volontaristes portent des fruits : au Canada et en Australie, les performances des enfants immigrés sont aussi bonnes que celles de leurs camarades autochtones. L’exemple des élèves d’origine turque souligne également l’importance de la politique menée par les pouvoirs publics : ils ont des résultats bien pires en Allemagne qu’en Suisse.
Aux Etats qui veulent agir, l’organisation propose quelques pistes dans la mise en place de politiques qui favorisent effectivement l’intégration des enfants issus de l’immigration. D’abord, une meilleure prise en compte, dans les programmes de soutien linguistique, de la langue maternelle parlée à la maison. Mais aussi, une répartition plus équitable des élèves issus de l’immigration dans les établissements scolaires, en favorisant notamment la mixité sociale.

Gervais Nitcheu


(1) Where Immigrant Students Succeed, A Comparative Review of Performance and Engagement in PISA 2003, OECD Publishing , 18 mai 2006.




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