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01/07/2008
Union africaine / Zimbabwe
LAfrique en proie ses vieux dmons


(MFI) Confronte la crise violente qui secoue le Zimbabwe, lAfrique du 21e sicle reste la proie de ses vieux dmons, ceux qui lempchent dintervenir dans les affaires intrieures dun pays membre de lUnion africaine (UA). Elle se trouve dailleurs conforte dans cette position par lattitude de la Russie et de la Chine disposant dun droit de veto au Conseil de scurit de lOnu , faite dhostilit tacite une politique de sanctions, comme cela dj t le cas concernant le conflit du Darfour au Soudan.

Le XIe Sommet des chefs d`Etat et de gouvernement de lUnion africaine (UA), runi les 30 juin et 1er juillet 2008 Charm el-Cheikh, au sud-est de lEgypte, a accueilli sans trop dtats dmes le prsident zimbabwen Robert Mugabe malgr sa rlection conteste la fois dans le pays o lopposition sest retire du deuxime tour du scrutin en raison des violences contre ses partisans et sur le plan international. Les dirigeants africains se sont contents de parler mdiation et compromis la knyane , mme si des voix minentes du continent comme celles de lancien prsident sud-africain Nelson Mandela ou le prix Nobel de la paix Desmond Tutu se sont leves pour condamner le simulacre lectoral revtu de la pompe constitutionnelle.
Le porte-parole de Robert Mugabe sest mme pay le luxe denvoyer se faire pendre les critiques et dcarter toute solution de compromis passant par un partage du pouvoir alors que Robert Mugabe navait pas cart toute discussion avec lopposition une fois sa rlection accomplie.
Les observateurs de lUnion africaine ont pourtant estim que ce scrutin ntait ni dmocratique ni lgitime alors que lOnu et lUnion europenne ont dnonc une farce et une victoire usurpe. La Maison blanche laisse entrevoir ladoption de nouvelles sanctions, ce qui est envisag galement par les Europens, les plus virulents tant bien sr les Britanniques qui ont men la campagne contre la politique de Robert Mugabe qui se prsente toujours comme une victime de sa lutte contre lancien colonisateur britannique.

Les conditions dlections libres et rgulires pas runies au Zimbabwe

En Afrique, il y a eu des lections conduites dans de bien pires conditions. Ces prsidents dirigent toujours leur pays, et nous ne nous en sommes jamais mls avait lanc Robert Mugabe, qui est g de 84 ans et au pouvoir depuis 1980, avant son dpart pour Charm el-Cheikh. Cette boutade recouvre de tristes ralits concernant certains de ses pairs africains : lections truques ou inexistantes, rpression de lopposition, amendement des constitutions pour augmenter les mandats prsidentiels
Le secrtaire gnral de lOnu Ban Ki-moon a estim que les conditions ntaient pas runies pour des lections libres et rgulires au Zimbabwe. Il a aussi encourag les efforts des deux cts pour ngocier une solution politique qui mettra fin la violence et aux intimidations et a affirm soutenir les efforts de lUnion africaine et de la Communaut de dveloppement de lAfrique australe (SADC), pour promouvoir un accord acceptable pour le peuple du Zimbabwe.
Le Commissaire europen au dveloppement et laide humanitaire, Louis Michel, a pour sa part appel les instances africaines trouver une solution la crise zimbabwenne. Compte tenu des conditions dans lesquelles ce second tour sest droul, il nest pas possible de reconnatre la lgitimit du rgime issu de ce scrutin. Cest une victoire usurpe, bien loin de lesprit de renaissance qui anime lAfrique daujourdhui. Je ritre lappel europen aux instances africaines comptentes, notamment le sommet de lUnion africaine, trouver une solution politique cette crise qui prenne en compte la volont du peuple zimbabwen exprime dans des conditions dmocratiques acceptables , a-t-il dit dans un communiqu de presse publi Bruxelles. La Commission europenne est prte apporter tout son soutien lUnion africaine et tous les efforts africains allant dans ce sens , a-t-il prcis.
De son ct, le nouveau prsident de la Commission de lUnion africaine, le Gabonais Jean Ping, sest content de prconiser que lAfrique assure pleinement les responsabilits qui sont les siennes en ce qui concerne le Zimbabwe. Il a soulign que les pays africains devaient faire tout ce qui tait en leur pouvoir pour aider les parties zimbabwennes travailler ensemble dans lintrt suprieur de leurs pays, afin de surmonter les dfis de lheure , affirmant maintenir des "contacts troits" avec les parties concernes dont la SADC et son mdiateur, le prsident sud-africain Thabo Mbeki.

Si lUnion africaine nassume pas ses responsabilits

Auparavant, le Conseil de paix et de scurit (CPS) de lUnion africaine a longuement dbattu Charm el-Cheikh de la crise au Zimbabwe, en sabstenant de toute dclaration sur cette situation qui plonge lorganisation dans lembarras et a clips les autres sujets lordre du jour, comme la Somalie, le Soudan et la tension frontalire entre lErythre et Djibouti. Parmi les autres dossiers figurent notamment la crise alimentaire mondiale et la ralisation des Objectifs du Millnaire pour le dveloppement (OMD), avec un accent sur leau.
Nous ne pourrons pas faire grand-chose si lUnion africaine nassume pas ses responsabilits , souligne un diplomate occidental voquant la fois lUnion europenne, dont la France assure la prsidence tournante pendant six mois partir du 1er juillet, et le sommet du G8 qui se runit au Japon. Il faut que les dirigeants africains disent clairement si la dmocratie et le respect des droits de lhomme sont des notions universelles ou si lAfrique en fait un tri slectif , ajoute-t-il. En fait, lUnion africaine, qui a succd lOrganisation de lunit africaine (OUA) doit encore dmontrer quelle est capable dintervenir efficacement dans les conflits rgionaux ou internes qui ensanglantent le continent. Cest pour cela quelle stait dote du Conseil de paix et de scurit.

Marie Joannidis

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