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29/09/2009
"Et l'Afrique brillera de mille feux", par Jean Ping: pour une nouvelle gouvernance africaine

(MFI) Le prsident de la Commission de l'Union africaine, Jean Ping, publie chez L'Harmattan un pamphlet dans lequel il fait le procs du modle unique impos l'Afrique par le monde occidental depuis les Indpendances. Illustr par des exemples vcus, notamment lorsqu'il tait ministre gabonais des Affaires trangres de 1999 2008, l'ouvrage s'accompagne d'un vibrant plaidoyer pour une nouvelle gouvernance africaine. Une vision collective d' un futur dsir . A l'abri de la peur et du besoin.

Il y a peine un demi-sicle, les pays africains sont devenus juridiquement responsables de leur propre destin (.) en se librant de l'ordre europen et imprial dans lequel ils taient troitement enferms depuis des lustres, de l'esclavage la colonisation, rappelle Jean Ping. Gabonais de pre chinois, ce diplomate de haut vol, qui prside la Commission de l'Union africaine depuis avril 2008 ouvre ainsi Et l'Afrique brillera de mille feux, cet essai trs riche qui brosse aussi grands traits les principaux dispositifs politiques et conomiques - nationaux, rgionaux, internationaux - dans lesquels le continent africain s'est inscrit au cours de la priode, avant de donner des pistes pour l'avenir.

Aprs une courte parenthse, les matres sont de retour

Accdant cette souverainet nationale tant dsire (.), les nouveaux Etats tentent de s'manciper de leurs anciennes puissances tutlaires , dit-il de cette priode. Mais le jeu idologique (capitalisme ou socialisme) que se livrent les deux superpuissances, amricaine et sovitique, pendant la Guerre froide oblige les pays nouvellement indpendants choisir imprativement leur camp pour dfinir leur politique intrieure et extrieure. Puis cet ordre bipolaire, solidement tabli l'issue de la Seconde Guerre mondiale, s'effondre en aot 1991 avec l'implosion de l'URSS. Ds lors, la mondialisation s'installe progressivement, un ordre malheureusement injuste . En Afrique, l'espoir que celle-ci suscite se transforme vite en cauchemar. Les forces du march qui ont pris en main la plante crent des gagnants et des perdants. Il se traduit par une radicale et rapide remise en cause de leur souverainet nationale et de leur dignit humaine peine acquises . Aprs une courte parenthse, les matres sont de retour . (.) Comme au bon vieux temps, ils disent le Droit pour nous sans se l'appliquer eux-mmes. Ils jugent l'Afrique avec leurs seuls repres, donnent des ordres et des leons, condamnent et dcrtent des sanctions fatales, convaincus qu'ils sont d'agir pour le bien de l'Humanit . Il s'ensuit, dans les annes 1990, une phase de turbulence : Une prolifration sans prcdent de guerres barbares, notamment interethniques, provoques ou encourages notamment par la dconstruction mthodique des Etats [et] de toute autorit. Au centre des enjeux, l'Etat-nation souverain, un principe d'origine occidental, est srieusement malmen. La situation est d'autant plus grave que la plupart de ces Etats sont en phase de construction ou de consolidation. Rsultat, au lieu de l'tat de droit et des droits de l'homme, on rcolte "Etat sauvage", les coups d'Etat, les massacres et les gnocides .

Les acteurs hors souverainet exercent des pressions de toutes sortes

Rgression, pauprisation massive, la cration de fortunes et de misres extrmes [sont dues] l'exacerbation des forces du march, sous la vive impulsion des plans d'ajustements structurels . Les Etats sont d'autant plus affaiblis qu'on leur dnie toute responsabilit , qu'on privatise tout va, de l'eau (confie des socits trangres) la violence lgitime , mise entre les mains de socits de mercenaires. L'auteur souligne aussi l'mergence sur les scnes nationales de ces acteurs hors souverainet - qui vont selon lui des ONG aux firmes multinationales, en passant par les mdias mais aussi les terroristes, les criminels organiss, mafieux et autres trafiquants. - qui ne manquent pas d'exercer contraintes et pressions de toutes sortes sur les Etats africains somms de s'adapter . Certains Etats - l'instar du Zimbabwe ou du Soudan - dfendent bec et ongles leur souverainet et leur spcificit . Ils tiennent tte la communaut internationale et rejoignent le front du refus : une coalition htroclite d'Etats comme l'Iran ou la Core du Nord, et bien sr le Venezuela. D'autres, comme la Somalie, sombrent dans l'anarchie, la piraterie et le terrorisme.

Repenser la place de l'Afrique : la carotte sans le bton

Homme d'exprience qui a ctoy les plus grands de ce monde - en tant que prsident de l'OPEP en 1993 puis de l'Assemble gnrale des Nations unies en 2004-2005 -, Jean Ping raconte des anecdotes vcues (en italique dans le corps du livre). Notamment les nombreuses mdiations africaines qu'il a eues conduire dans les zones de conflits (Centrafrique, Cte d'Ivoire) en tant que ministre des Affaires trangres du Gabon de 1999 2008 (un pays qu'il ne manque jamais de prendre pour exemple). Dans les dix dernires annes, le continent a t amen repenser, au plan national comme au plan collectif, sa place dans le systme international. La naissance de nouvelles entits (Union africaine, communauts rgionales politiques ou conomiques), a permis d' entamer un processus d'intgration politique et conomique en vue de mieux se rformer, s'adapter au monde et avancer vers la modernit . Raison pour laquelle, peut-tre, et cela malgr un environnement rgional dstabilis par les guerres et la misre, (.) beaucoup de pays africains font tout de mme office d'lots relatifs de paix, de stabilit, de libert, de solidarit et mme de progrs . Le livre du diplomate gabonais - qui se lit comme un roman - plaide pour la mise en place d'autres stratgies qui seraient fondes sur des avantages rciproques, sans grossires ingrences extrieures, sans conditionnalits impossibles, sans pralables et sans menaces de sanctions : la carotte sans le bton . Et pour la redfinition d'une nouvelle gouvernance globale, plus juste, plus quilibre, plus solidaire et plus morale dans laquelle l'Afrique finirait par trouver elle aussi son compte et sa place . Pour une nouvelle gouvernance africaine : une vision collective d' un futur dsir , l'abri de la peur et du besoin.

Antoinette Delafin

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