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10/11/2009
Questions internationales (1) Sommet mondial sur la scurit alimentaire : agrobusiness ou agriculture familiale ?

(MFI) Du 16 au 18 novembre se tiendra Rome, le Sommet mondial sur la scurit alimentaire*. Depuis la cration de l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture, la FAO, en 1945, c'est la troisime fois que des chefs d'Etat et de gouvernement se runissent autour du problme de la faim dans le monde. La situation demeure alarmante : en raison de la crise financiaro-conomique, plus de 100 millions de personnes sont venues grossir le cortge des affams qui sont dsormais plus d'un milliard.

Dans un rapport intitul Climat change : Impact on agriculture and costs of adaptation de septembre 2009, l'International Food Policy Research Institute (IFPRI), bas Washington, souligne que l'agriculture sera ngativement affecte par le changement climatique, notamment en Asie du Sud, et que ce sont les personnes vulnrables qui sont susceptibles d'tre le plus gravement touchs . Or, prs de la moiti de la population active dans les pays en dveloppement - soit 2,5 milliards de personnes - vit de l'agriculture et 75 % de la population mondiale la plus pauvre rside en zone rurale. Pour compenser les impacts ngatifs du changement climatique, l'IFPRI prconise d'accrotre les investissements de plus de 7 milliards de dollars.

Mobiliser les investisseurs, c'est bien.

Investir massivement dans le secteur agricole pour accrotre la production, telle est la solution prconise depuis vingt ans, sans russir pour autant radiquer la faim. Depuis la crise alimentaire, de nombreuses initiatives ont pourtant t prises en ce sens aux niveaux international, national et rgional. La Banque mondiale a ainsi investi plus de 800 millions de dollars en rponse la crise alimentaire. Au sommet du G8 l'Aquila en juillet 2009, les Etats se sont engags verser 2 milliards de dollars pour la scurit alimentaire, et les Etats-Unis, au travers de l'Agence amricaine pour le dveloppement international, investiront en 2010 prs de 4,8 milliards de dollars dans la lutte contre la faim. La France a lanc avec plusieurs partenaires, en juin 2009, un Fonds d'investissement pour l'agriculture en Afrique, qui devrait tre dot de prs de 500 millions d'euros. En Asie, la Chine, l'Inde et les Philippines ont fait d'importants efforts pour rinvestir dans l'agriculture. En Afrique, le Bnin, le Cameroun, la Rpublique centrafricaine et Madagascar ont pris des mesures court terme visant accrotre la production.

Mais investir, mme massivement, dans l'agriculture ne signifie pas automatiquement rduire la faim dans le monde. La crise alimentaire est presque toujours prsente comme tant un problme de production. Pour la pense capitaliste obnubile par le monopole, cela veut dire des semences commerciales, de grandes tendues de terres uniformes ddies la monoculture, beaucoup d'intrants chimiques et un systme commercial et sans entraves ; en consquence, des sommes d'argents normes sont mises en jeu pour essayer de suivre la recette propose ( nourrir le monde ), quand c'est prcisment cette recette qui nous a men au dsastre actuel , dnonce l'ONG internationale Grain, dont le sige est Barcelone, en Espagne.

De fait, la situation de famine ne tient pas une pnurie alimentaire globale mais l'incapacit des petits paysans acheter de la nourriture lors de mauvaises rcoltes et vivre dcemment du fruit de leur activit.

Mais qui profiteront ces investissements ? A l'agrobusiness ou l'agriculture familiale ?

Dans son deuxime rapport au Comit des droits de l'homme, Olivier de Schutter, le Rapporteur spcial des Nations unies pour le droit l'alimentation, remet en cause, chiffres l'appui, l'ide selon laquelle les investissements en faveur de la scurit alimentaires auront plus d'efficacit s'ils se concentrent sur les fermes les plus grandes et les plus productives .

A l'occasion du Sommet mondial, les Etats devront se prononcer sur les deux modles : l'un bas sur l'agro-business et les multinationales et l'autre sur l'optimisation de l'exploitation familiale. C'est le grand dilemme du dveloppement estime Laurent Delcourt, chercheur au Cetri Louvain-La-Neuve (Belgique). Au Brsil par exemple, le gouvernement Lula met en place une politique sociale d'aide alimentaire destination des plus dmunis et des enfants des coles dont 30 % provient de l'agriculture familiale locale. Mais la politique anticrise mene par l'Etat brsilien repose sur l'amlioration de la balance commerciale consistant engranger un maximum de devises, prs de 200 milliards de dollars actuellement. Or une telle stratgie postule non un renforcement de l'agriculture familiale mais plutt une agriculture intensive de rente de type agro-exportatrice , poursuit le sociologue belge. On s'interroge d'avance sur la capacit du Sommet mondial de Rome surmonter ce type de contradictions.

* http://www.fao.org/wsfs/sommet-mondial/fr/

En savoir plus : www.ifpri.org, www.cetri.be, www.grain.org

Conflits d'intrt entre les paysans et les consommateurs : l'exemple guinen

(MFI) Le 16 octobre 2009, Journe mondiale de l'alimentation, alors que les paysans franais occupaient les Champs Elyses en tracteurs, une vingtaine de personnes taient runies Paris pour se pencher sur la question de la scurit alimentaire en Guine. Une rencontre l'initiative du Groupe de recherche et d'changes technologiques, du Comit franais pour la solidarit internationale et de la Confdration gnrale du travail autour de Foulematou Camara, prsidente de la fdration des Organisations paysannes de Basse Guine, et Boubacar Biro Barry, responsable de la Confdration nationale des travailleurs de Guine. La rflexion portait sur les conflits d'intrts entre paysans et consommateurs urbains. D'un ct les producteurs agricoles, premires victimes de la pauvret, ont besoin de prix plus levs rmunrant convenablement leur travail. De l'autre, les citadins dont le pouvoir d'achat est trs faible veulent se nourrir au prix le plus bas possible.

A deux reprises, en 2007 et 2008, le gouvernement de Guine-Conakry a choisi de fermer ses frontires l'exportation de produits alimentaires afin de rguler les prix sur le march intrieur et d'amliorer l'accs des consommateurs urbains aux produits de premire ncessit. Mais certains paysans ont ainsi vu se rduire les dbouchs pour leur production et ont parfois perdu une grand partie de leur rcolte sur pied, faute de march solvable en Guine, ou ont vendu perte. Les commerants et d'autres intermdiaires (transporteurs) ont t accuss de s'enrichir sur le dos des paysans et des consommateurs.

Face ces contradictions, Ccile Broutin, du GRET, a travaill avec le Conseil national des organisations de la socit civile de Guine (CNOSC-G) pour tenter de rapprocher les positions des acteurs en conciliant au mieux les intrts de tous. Les travaux concluent la ncessit de mettre en place un cadre national de dialogue entre les acteurs des filires alimentaires et de soutenir leur professionnalisation en favorisant l'mergence d'interprofessions structures par filires. Ils soulignent aussi que l'Etat guinen devrait investir de faon importante dans l'appui la production et dans la rgulation des marchs mais aussi dfinir une vritable politique agricole en faveur des producteurs ruraux pauvres et des filires vivrires.

Pour de plus amples informations: Ccile Broutin, Responsable-Ple alimentation et agriculture durables du GRET, broutin@gret.org

Olivier Rabaey

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