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| 28/04/2006 | |||
| Thierry Janssen : médecin-technicien ou médecin-guérisseur ? | |||
| (MFI) La pratique de la médecine est entrée dans une ère nouvelle, sans que la plupart des responsables politiques, de santé ou des médias l’aient encore bien compris. Le rôle du médecin est appelé à se transformer. Lequel, de l’hyper-technicien ou du guérisseur appartient, déjà, au passé ? Pas forcément celui qu’on croit. | |||
| L’avenir est à la médecine intégrée et « le discours qui opposait la médecine conventionnelle aux thérapies alternatives n’est plus d’actualité », affirme le Dr Thierry Janssen, dans l’un des meilleurs livres sur la santé publiés ces derniers mois. Au-delà de la (timide) recommandation de l’OMS préconisant une meilleure collaboration entre tous les praticiens, on constate « un intérêt croissant de la communauté scientifique à l’égard des médecines non conventionnelles » (voir encadré). Alors qu’on y aspire dans le Sud, où on ne peut pas encore, la plupart du temps, la « consommer » faute de moyens, la médecine moderne montre ailleurs ses limites actuelles : mis à part ses véritables prouesses chirurgicales, elle reste, ainsi que le note le célèbre médecin américain Andrew Weil, « nécessaire pour traiter 10 % à 20 % des problèmes de santé. Pour les 80 ou 90 % restants, lorsqu’il n’y a pas urgence, on peut expérimenter d’autres méthodes, des traitements souvent moins chers, moins dangereux et finalement plus efficaces car ils agissent de concert avec les mécanismes de guérison du corps au lieu de les affaiblir. » L’efficacité d’« autres » thérapies est prouvée L’exploration de ces mécanismes d’autoguérison, après avoir enquêté sur les liens corps-esprit, occupe le Dr Janssen depuis une huitaine d’années. Poussé en partie par des impératifs de santé personnels (eczéma rebelle, conjonctivites à répétition), le chirurgien urologue s’est mué au fil du parcours initiatique en psychothérapeute. Et, si la rédaction de son excellent livre lui a pris une année entière, il a consacré le temps précédent à voyager pour apprendre et expérimenter des thérapies jamais abordées en Faculté : ostéopathie, qi gong, massages, réflexologie, magnétismes, travail sur la mémoire émotionnelle du corps, visualisation, psychologie, hypnose, médecines chinoise et ayurvédique… Conclusion : elles sont toutes efficaces. Mais, après tout, est-on obligé de le croire ? Oui, pour peu que l’on ait l’esprit non conditionné et authentiquement scientifique puisque le livre explique leur fonctionnement, cite des cas cliniques, et comporte, en références, une liste impressionnante d’études récentes le démontrant. Mais que peuvent apporter à la médecine moderne ces approches en apparence bien diverses ? Ce qu’elle a oublié, et qui est essentiel : prenant en compte les effets souvent dévastateurs du stress, les effets de la psyché sur le « soma », et réciproquement, ces approches agissent sur les circuits reliant le corps et l’esprit, sur le réseau de connections bien connu des scientifiques travaillant sur la psycho-neuro-immunologie mais que cette « médecine devenue trop réductionniste » n’a pas encore réintégré dans sa pratique. Elles ne visent pas en particulier la cellule, la molécule ou le gène, mais l’être humain dans sa globalité fonctionnelle. Et, la plupart du temps, la thérapie ne reposera pas sur un médicament, c’est-à-dire sur une aide extérieure, elle ne se contentera pas de supprimer des symptômes ou au mieux une maladie, mais s’appuyant sur le potentiel de guérison physique, émotionnel, mental, spirituel de l’être humain, elle pourra vraiment l’aider à guérir. Faisant appel à la « solution intérieure » – unique pour chaque personne –, ces approches utilisées au sein d’une stratégie intégrée, peuvent permettre de restaurer la pleine santé – ou, s’il est trop tard, de moins souffrir et de comprendre le sens de sa maladie. Ecouter, accompagner, orienter Bien plus et bien mieux qu’un super-technicien, le médecin est donc appelé à (re)devenir un véritable guérisseur, un thérapeute. Un conseiller aussi qui, informé des nombreuses possibilités, modernes, traditionnelles ou alternatives, saura accompagner et orienter au mieux son patient. Au-delà de la somme d’informations qu’il contient, de la quête exceptionnelle dont il témoigne, ce livre d’un scientifique honnête et sensible voudrait « ouvrir un débat concernant l’évolution de la médecine contemporaine ». Débat urgent, même si une révolution médicale est déjà en cours. Sa lecture pourrait être aussi éclairante pour le médecin spécialiste débordé (tel que l’était le Dr Janssen) que pour le patient n’ayant aucune connaissance en matière de santé ou de maladie, mais décidément insatisfait des rôles de victime ou d’assisté. Henriette Sarraseca Thierry Janssen : La Solution intérieure (Vers une nouvelle médecine du corps et de l’esprit). Editions Fayard, 376 pages, 22 euros. Les Américains en avance (MFI) Aux Etats-Unis, plus de 80 facultés de médecine ont inclus la phytothérapie, l’acupuncture ou d’autres pratiques « non allopatiques » dans leur enseignement. Depuis 1992, le National Centre for Complementary and Alternative Medicine, doté d’un budget supérieur à 100 millions de dollars, se consacre à l’étude scientifique de systèmes de santé alternatifs (naturopathie, médecines chinoise et ayurvédique, homéopathie), ainsi que de thérapies comme les compléments alimentaires, les plantes, la méditation, le tai chi, le yoga, le massage, l’ostéopathie, les magnétismes, le toucher thérapeutique ou les guérisons chamaniques. « Les Américains sont très pragmatiques, rappelle Thierry Janssen. Quand une médecine a des effets positifs, ils tentent d’en comprendre les mécanismes d’une manière scientifique et ils l’intègrent dans leur pratique. » Depuis quelques années, on peut lire des articles consacrés à ces approches dans de prestigieuses revues comme Lancet, Science, le Journal of the American Medical Association, le New England Journal of Medicine ou le British Medical Journal. Le Collège des Médecins du Québec s’ouvre aux médecines alternatives scientifiquement étayées. Même en France, les congrès de médecines « autres » commencent à fleurir. Depuis longtemps, les patients ont devancé le mouvement : aux Etats-Unis, 36% de la population a recours aux thérapies non conventionnelles, ils sont 20 à 50% selon les pays en Europe, 48% en Australie, 65% au Japon… Charlatans avec ou sans blouse blanche (MFI) « Des charlatans, j’en ai rencontré plusieurs au cours de mon exploration du monde des « médecines parallèles ». J’en ai aussi croisé quelques-uns en blouse blanche dans les couloirs de grands hôpitaux universitaires. Car les charlatans n’abusent pas toujours les gens intentionnellement. Ce sont parfois des praticiens trop peu formés ou mal informés. Certains sont de très bonne foi, mais totalement aveuglés par leurs croyances et leurs superstitions (…) Parfois, le manque d’ouverture d’esprit des uns ou des autres les pousse à nier, voire à discréditer, certaines approches sans avoir pris la peine d’en vérifier l’efficacité ni d’en comprendre les mécanismes d’action. » (Extrait de La Solution intérieure, de Thierry Janssen). Les malades : responsables, pas coupables (MFI) « Prenons un exemple simple et fréquent : la grippe. Il est évident que personne n’est coupable d’avoir été contaminé par le virus influenza. En revanche, on est parfois responsable de certaines causes ayant favorisé cette contamination. La fatigue, le surmenage, les stress sont des facteurs prédisposant à la maladie. Dès lors, même s’il est impossible d’empêcher le virus de rôder autour de soi, chacun peut agir sur son état général et développer une immunité suffisamment forte pour éviter d’être contaminé ou, si c’est trop tard, aider son organisme à éliminer l’intrus plus rapidement. Dans mon expérience, le principe de responsabilité peut être appliqué au traitement de nombreuses maladies, même à des cancers (…) La manière dont les patients réagissent face à ces pathologies influence profondément l’évolution de celles-ci. » (Extrait de La Solution intérieure, de Thierry Janssen). | |||
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