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| 09/02/2007 | |||
| Hépatites virales : ne faites pas flamber la maladie ! | |||
| (MFI) L’hépatite C, souvent associée au sida, l’hépatite B font peur. Souvent terrassés par la fatigue lors d’une phase aiguë, ceux qui en sont victimes craignent en outre d’éventuelles suites lointaines : fibrose, cirrhose, cancer du foie. Est-il possible d’y échapper ? De vivre avec un virus sans être pour autant malade ? De mettre tous les atouts de son côté ? | |||
| Un virus a beaucoup plus de chances de nous « rendre malades » lorsque nous sommes déjà affaiblis. C’est sur cette faiblesse qu’il se multiplie. Les causes qui minent notre santé sont aujourd’hui nombreuses, et agissent de concert. Puisqu’il s’agit du foie, prenons l’alcool par exemple. Un rapport réalisé pour le compte de l’Institut nord-américain d’études sur l’alcoolisme vient d’analyser plus de 130 000 cas de décès d’hommes et de femmes porteurs du VHC (virus de l’hépatite C) et alcooliques. Il montre que, pour ce qui est des hommes, ceux qui buvaient le moins ont gagné 5 années de vie. Le constat est encore plus spectaculaire pour les femmes : les « petites buveuses » ont vécu 12 années de plus que leurs consoeurs alcooliques ! Porteurs sains Le virus de l’hépatites B peut être transmis à la naissance, sexuellement, parfois par le sang ; celui de l’hépatite C l’est par contact direct avec le sang : transfusions et injections avec des seringues mal stérilisées notamment, et autres actes invasifs tels la circoncision, l’excision, les scarifications, le piercing, les tatouages, sans oublier les soins dentaires effectués sans les indispensables précautions. Les médecins considèrent que 80 % des porteurs du virus B et 30 % environ des porteurs du virus C vivront normalement, sans développer d’hépatite active ni de complications. Chez les autres, il pourra y avoir hépatite active ou aiguë, c’est-à-dire inflammation du foie, avec une destruction élevée de ses cellules. Si l’hépatite active devient chronique, les conséquences peuvent être lourdes : périodes d’écrasante fatigue et baisse fonctionnelle de cet organe clé, impliqué aussi bien dans la gestion du cholestérol et des hormones, que dans la digestion, la détoxication ou l’immunité. A la longue et si rien n’est fait, l’inflammation laisse des cicatrices résiduelles (fibrose) qui, peuvent, après 20 ou 30 ans, aboutir à une cirrhose, et quelquefois au cancer. D’après l’OMS, 350 millions de personnes dans le monde auraient une hépatite B chronique, et 170 millions l’hépatite C, mais il n’existe pas de chiffres précis. Le nombre total de porteurs semble être élevé en Afrique, du Maghreb au Cap : pour le VHC on l’estime entre 2 % et 4 % de la population d’Afrique centrale, par exemple, avec un pic de 14 % à 18 % en Egypte, où certains villages comptent 30 % des habitants contaminés suite à des campagnes contre la bilharziose effectuées dans les années 60 et 70 avec des seringues mal stérilisées. Une récente étude, publiée dans la revue spécialisée Hepatology, montre que les jeunes continuent d’être contaminés, probablement avec des ustensiles familiers partagés (rasoirs, brosses à dents, etc.) ou des injections faites par des non professionnels. Soulager le foie, aider les défenses Heureusement, le foie est un organe capable de se régénérer… si on lui laisse une chance, et sa santé dépend de la santé globale de l’individu. C’est ici que l’hygiène de vie intervient, qu’elle est même indispensable. Elle permettra d’alléger le travail du foie tout en aidant les défenses immunitaires. L’arrêt ou la forte réduction de la prise d’alcool est donc la première mesure à prendre. « L’association entre infection et alcool, résume le Dr Gabriel Perlemuter, de l’hôpital Antoine-Béclère de Clamart (1), semble augmenter le risque de fibrose et de cirrhose. Même une consommation faible pourrait être délétère sur la virémie et sur la réponse au traitement. » En plus d’augmenter la charge virale, l’alcool inhibe les cellules CD4, indispensables à l’immunité. « Le sevrage semble donc important à obtenir chez les malades infectés par le VHC », conclut le Dr Perlemuter. Il en va de même pour les porteurs du virus de l’hépatite B – sans parler ici des malades du sida, bien sûr. Pour tous, et avant même tout éventuel traitement par Interféron pégylé et Ribavirine – mais aussi en même temps –, des mesures favorisant la santé s’imposent. Celles-ci impliquent l’évitement de tous les toxiques que le foie s’épuise à neutraliser, avant d’être débordé (voir encadré 1), ainsi que le renforcement de l’immunité afin de faire face à d’autres infections, bactériennes ou virales (Herpès, etc.). (1) www.arcat-sante.org Malbouffe et sédentarité Mais il n’y a pas que les infections à surveiller. Une étude menée aux Etats-Unis, et parue dans Hepatology de janvier 2007, montre que la stéatose hépatique (« foie gras ») touche plus de 60 % des porteurs du virus de l’hépatite C. Or la stéatose, le plus souvent liée à la malbouffe et au surpoids, est en forte progression chez les jeunes aux Etats-Unis, en Europe, et partout où le mode de vie « occidental » est adopté. En Afrique, au Maghreb et en Egypte notamment, combien de porteurs du virus de l’hépatite B ou C sont atteints aussi de stéatose, de syndrome métabolique et de diabète ? Une accumulation potentiellement très grave. Peut-on agir ? Oui. Le « traitement » de la stéatose – tout comme celui du syndrome métabolique ou du pré-diabète – consiste en un retour à un mode de vie sain, incluant de l’exercice physique oxygénant, du sommeil et du repos en suffisance, ainsi qu’une nutrition saine (encadré 2). Même en l’absence de dépistage, les signes bien connus de souffrance hépatique – grosse fatigue, teint et blanc des yeux virant au jaune, urines foncées, état nauséeux – doivent inviter d’urgence à adopter ce mode de vie sain. Nutrition et plantes Les causes de souffrance et d’inflammation du foie, on le voit, sont multiples : virales, toxiques (alcool, tabac, produits chimiques divers), métaboliques (nutrition, mode de vie, manque d’oxygénation et d’exercice), et même excès de colère selon la médecine chinoise. La plupart sont évitables et il est crucial de ne pas les cumuler. Une étude réalisée à l’Institut du cancer d’Aviano, en Italie, vient de confirmer l’importance d’une nutrition riche en fruits et légumes dans la prévention du cancer du foie, « et ceci tout particulièrement chez les porteurs des virus B ou C », est-il précisé. Le réponse thérapeutique devrait donc être multiple, au sein d’une stratégie globale incluant hygiène de vie, nutrition, exercice physique, antioxydants, micronutriments, plantes (encadré 3), sans oublier la gestion du stress, bénéfique pour l’immunité. Une bonne partie de cette réponse peut donc être, déjà, individuelle. Henriette Sarraseca Encadré 1 Qu’est-ce qui fatigue le foie ? (MFI) Outre l’alcool, premier ennemi du foie, et le tabac, qui a une action directement nocive sur cet organe, les molécules chimiques lui donnent un surcroît de travail puisqu’il a la charge de détoxiquer tout ce qui n’est pas naturel. De nos jours, des « poisons » chimiques sont contenus dans les aliments, confiseries, boissons, plats préparés industriels, et aussi dans l’air, sur le lieu de travail ou à la maison (colles, contreplaqués, produits de nettoyage, etc.) ; sont aussi à éviter tous les aliments frits, carbonisés, caramélisés, fumés, torréfies (café, etc.) ; les excès de sucre et de farineux ; de même que des médications de confort ou évitables : le paracétamol, des antibiotiques, des antifongiques, certains antiviraux, la pilule, nombre de médicaments sont très éprouvants pour le foie – un organe qui est, bien plus souvent qu’on ne le pense, en insuffisance fonctionnelle, et cela même dès l’enfance (voir à ce sujet l’excellent livre du Dr Paul Bacquès : Mon foie et moi, Ed. Ipredis). H. S. Encadré 2 Qu’est-ce qu’une nutrition saine ? (MFI) Crétoise ? Méditerranéenne ? D’Okinawa ? Africaine ? Tous les modes alimentaires traditionnels sont bien meilleurs pour la santé que la « transition nutritionnelle » actuelle – c’est-à-dire la malbouffe importée. Les grands principes : peu ou pas de graisses cuites, de sucre, de farines raffinées ou d’aliments industriels ; chaque jour des fruits, beaucoup de légumes verts cuits et crus (l’aliment préféré du foie), des graines germées, des protéines maigres, des céréales complètes et des légumes secs, des oméga 3 et des huiles fluides de première pression à froid. Consulter, par exemple, le Guide édité par la FAO (http://www.fao.org//DOCREP/006/Y4168S/Y4168S00.HTM), avec des recettes à base de plantes africaines. H. S. Encadré 3 Y a-t-il des plantes efficaces ? (MFI) Du côté des thérapeutiques naturelles, il existe des armes pour protéger le foie en cas d’hépatite aiguë ou chronique. Le Cochlospermum tinctorium, par exemple, une racine de couleur jaune utilisée en Afrique de l’Ouest (mais aussi en Inde) en cas de « jaunisse », a des effets que des publications scientifiques ont confirmé ; le Pr Arouna Keita, chef du Département de médecine traditionnelle au Mali, fait état de 60 % à 70 % de réussite clinique en cas d’hépatite B. On sait maintenant que cette racine, appelée Nda déré en peul, est très riche en polyphénols et caroténoïdes, qui sont de puissants antioxydants, et qu’elle peut prévenir la destruction des cellules hépatiques. Il y a toutefois une dose à ne pas dépasser. En plus du chardon marie (Silybum marianum), bien connu en Occident, le Desmodium adscendens (tahé en bambara), répandu du Sénégal au Congo et « découvert » au Cameroun par le Dr Pierre Tubéry, donne des résultats remarquables sur les hépatites chroniques B et C, avec retour à la normale des paramètres biologiques plus d’une fois sur deux, et sans aucune toxicité. Les dernières études confirment son effet stimulant de l’immunité. Cette plante est en outre excellente en cas d’hépatite toxique. Un champignon, le Ganoderma lucidum (reishi) a lui aussi une action documentée sur les hépatites toxiques et virales. D’autres plantes sont étudiées par les scientifiques, notamment de la famille du gingembre (dont on sait qu’il inhibe le VHC in vitro). H. S. | |||
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