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| 09/05/2007 | |||
| Les TCA : un trouble qui frappe les jeunes filles | |||
| (MFI) Encore une nouvelle maladie ? Les TCA ou Troubles du comportement alimentaire sont de plus en plus répandus. Ne rien manger, ou au contraire se remplir de nourriture puis se faire vomir, ou tout cela en alternance, selon les périodes… A des degrés divers, ces troubles atteignent autour de 10 % des très jeunes gens. Le Dr Patrick Alvin, chef du service de médecine pour l’adolescent à l’hôpital de Bicêtre, à Paris, a organisé une journée sur ce thème préoccupant. | |||
| Quelles étaient vos motivations en organisant cette journée ? La première tient au fait que ces troubles sont en augmentation, ou du moins de plus en plus visibles. Au noyau dur de l’anorexie mentale et de la boulimie nerveuse, que l’on connaît depuis plusieurs décennies, il faut ajouter toute une nébuleuse de troubles qui élargit notablement le nombre des personnes concernées. La deuxième est que les pédiatres, les médecins sont de plus en plus confrontés à ces troubles : ils se doivent de ne pas les ignorer et même d’aller à leur recherche. La troisième, enfin, est qu’ils peuvent intervenir de manière efficace : une prise en charge médicalisée évite de trop psychiatriser le problème, dans un premier temps du moins. Quelle est cette nébuleuse de TCA qui menace les ados ? Elle a des formes multiples. La boulimie, par exemple, dans sa forme classique, s’accompagne de vomissements. Or nous rencontrons aujourd’hui des boulimiques qui ne se font pas vomir, donc qui tendent à devenir obèses. Nous voyons aussi des anorexiques boulimiques. Et beaucoup de formes partielles d’anorexie ou de boulimie. Mais également des adolescentes qui, sans avoir des signes physiques marqués, sont envahies par des pensées obsessionnelles sur l’alimentation, les calories consommées, etc. L’anorexie n’est pas un moyen parmi d’autres de rester mince : c’est une vraie maladie, un envahissement de la pensée qui dépasse la victime. Il ne faudrait pas croire que c’est un passage normal, presque rituel, pour une jeune fille de quinze ans en 2007. Combien d’adolescents sont-ils concernés ? Environ 10 % pour l’ensemble des TCA. L’anorexie mentale classique, avec des pertes de poids de l’ordre de 15 à 30 kilos, concerne entre 0,5 et 1 % de la population adolescente. La boulimie, 3 à 4 %. A noter aussi que tous ces troubles concernent 9 filles pour 1 garçon. Ce qui conduit à se demander : pourquoi ces troubles ? La médecine n’a cessé de produire des hypothèses, des pistes possibles. Par exemple, on les relie souvent à la puberté, parce qu’ils surviennent la plupart du temps à ce moment : mais la majorité des adolescentes pubères n’en souffrent pas. On fait aussi porter la responsabilité sur la famille, mais elle ne saurait tout expliquer, même si elle prend une certaine part dans la pérennisation de la maladie. On parle encore d’un déclenchement possible après un traumatisme : violence, agression sexuelle, inceste… L’agression sexuelle est retrouvée plus fréquemment chez certaines boulimiques que parmi la population courante : mais on ne va pas pour autant chercher l’agresseur sexuel derrière toute conduite boulimique ! L’anorexie mentale a été rapportée successivement à l’hystérie, à tel ou tel organe, à l’inconscient, à la famille, à la société, à l’identité féminine, à la génétique, à la biologie du cerveau… Pour ne s’en tenir qu’aux dernières hypothèses des neurosciences, il y a sûrement des neuropeptides impliqués dans les TCA. Mais personne ne sait s’ils sont une cause ou une simple conséquence. Ne peut-on pas mettre en cause nos sociétés modernes ? Je serais tenté de répondre oui mais il faut nuancer. Aux Etats-Unis, où il est d’usage de faire des statistiques ethniques, on s’aperçoit que l’anorexie mentale est rarissime dans la population noire. Cette observation est rapportée à l’image du corps, qui ne serait pas la même chez la femme blanche et chez la femme noire, cette dernière semblant plus à l’aise avec plus de corpulence. On pensait jusqu’à une époque récente que l’anorexie était une maladie bourgeoise, occidentale, « blanche »… Aujourd’hui, il me semble que la répartition est moins sélective, du moins si l’on considère l’ensemble des TCA. Concrètement, que proposez-vous ? Il revient, bien sûr, aux parents d’être vigilants face aux comportements alimentaires de leurs enfants. Mais il revient aussi aux médecins de porter attention à ces troubles. Une des particularités des TCA est de ne pas susciter, la plupart du temps, de demande de la part de ceux ou celles qui en sont atteints. La jeune fille qui se fait vomir sous la douche pour que ses parents ne l’entendent pas réclame rarement un médecin ! Lors des consultations avec des adolescents, si le médecin n’est pas actif dans son questionnement, il n’aura jamais de réponse. Par exemple, il ne fera le diagnostic de boulimie ou de vomissement provoqué que s’il a le courage de poser la question en des termes précis et concrets. Quelle prise en charge médicale ? Il n’est pas bon que le médecin se débarrasse du problème en le renvoyant immédiatement du côté de la santé mentale. Le risque est de faire fuir l’adolescente concernée. Les anorexiques sont souvent des enfants modèles, soucieux de plaire, de donner une belle image, mais qui se blindent lorsqu’on approche du point sensible. La psychothérapie risque de patiner longtemps, avec à terme l’hospitalisation quand même… Il importe d’abord de sécuriser le périmètre autour du malade dans une relation médicalisée intelligente qui prenne en compte tous les paramètres médicaux, biographiques, personnels, familiaux. Cela permettra d’instaurer un dialogue avec l’adolescente et avec ses parents, ensemble et séparément. Selon les cas, on pourra conseiller de recourir aux groupes de parents, au psychiatre familial, au psychologue. Mais nous souhaitons convaincre les médecins de ne pas rester en dehors de ces problèmes de comportement alimentaire et de se familiariser avec ces thématiques. | |||
| MFI/Cerin | |||
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