| |||
| 17/02/2009 | |||
| Chronique Environnement : Des chenilles dévastatrices en Afrique de l’Ouest ; L’énergie éolienne poursuit son ascension ; Les microalgues, biocarburants du futur. | |||
| Des chenilles dévastatrices en Afrique de l’Ouest (MFI) Fin janvier, le Liberia a déclaré l’état d’urgence face à l’invasion de hordes de chenilles qui s’attaquent aux cultures de café, de cacao, de banane et à la flore sauvage. La Guinée est également touchée, mais à moindre échelle. La Sierra Leone et la Côte d’Ivoire – dont la région cacaoyère jouxte le Liberia – redoutent une contamination. Outre s’attaquer aux cultures, ces chenilles polluent par leurs excréments les puits et les cours d’eau. Une situation jugée alarmante par la FAO, l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture : « Cette invasion de chenilles, détruisant les cultures et la végétation, contraint les paysans à abandonner leurs maisons et leurs champs. Cela fait peser sur l’Afrique de l’Ouest le spectre d’une crise alimentaire, sanitaire et environnementale. » La FAO a donc envoyé des experts au Liberia. Deux bonnes nouvelles : ces chenilles ne semblent pas s’attaquer aux cultures vivrières comme le maïs, le riz ou le sorgho. Surtout, il ne s’agit pas de chenilles légionnaires, très difficiles à combattre, comme on le craignait au départ, mais de chenilles achaea catocaloides rena, qui tissent leurs cocons à même le sol, dans les feuilles mortes tombée des arbres. Les larves sont donc plus faciles à détruire. L’invasion cependant est loin d’être endiguée. Pour l’instant, les paysans luttent en brûlant les sols ou en écrasant les cocons avec leurs pieds. Le recours aux pesticides est délicat. Comme l’explique Jean-François Silvain, agronome à l’Institut de recherche pour le développement : « Les traitements chimiques, outre qu’ils sont coûteux et dangereux pour l’environnement, ne sont pas toujours efficaces car ils éliminent surtout les gosses chenilles – celles qui ont déjà fait des dégâts – sans atteindre les jeunes larves. » Cette invasion est en tout cas l’occasion d’une action concertée entre les ministres de l’Agriculture du Liberia, de Guinée, de Sierra Leone et de Côte d’Ivoire. L’énergie éolienne poursuit son ascension (MFI) A en croire le Global Wind Energy Council (GWEC), les capacités mondiales d’énergie éolienne ont progressé de 29% en 2008, soit une croissance plus importante en un an qu’au cours de la décennie écoulée. Les Etats-Unis sont désormais la première « puissance éolienne » au monde, devant l’Allemagne. La progression est également importante en Asie puisque la Chine a doublé sa capacité. De son côté, l’Inde est le cinquième producteur mondial du secteur et le troisième en terme d’accroissement en 2008. Dans les pays en développement avec un grand territoire, comme l’Inde ou la Chine, les éoliennes permettent d’approvisionner des villages isolés, loin d’une centrale électrique. A elle seule, l’Europe représente la moitié des capacités mondiales d’éolien, avec 66 000 mégawatts. Son parc a augmenté de 15 % en 2007. C’est en France que la progression a été la plus importante : + 37 %, soit 950 mégawatts supplémentaires. « L’énergie éolienne représente plus de la moitié des nouvelles capacités électriques installées en France en 2008 », souligne le Syndicat des énergies renouvelables. De son côté, Steve Sawyer, le secrétaire général du GWEC, rappelle que « la demande pour l’éolien est énorme et ne cesse de croître. C’est une énergie qui n’émet pas de CO2 et peut être installée rapidement et pratiquement partout dans le monde. L’éolien a permis d’éviter le rejet de 158 millions de tonnes de CO2 en 2008 ». Outre ses atouts environnementaux, l’énergie éolienne représente un immense marché : l’installation de nouvelles turbines a rapporté 36,5 milliards d’euros aux entreprises en 2008, et le secteur emploie 400 000 personnes dans le monde. Les microalgues, biocarburants du futur (MFI) Ce sont des plantes microscopiques, qui pullulent dans les océans, les lacs et les rivières, qui pour croître n’ont besoin que d’eau et de soleil, et surtout qui sont très riches en lipides, donc peuvent fournir d’importantes quantités d’huile. Les microalgues sont peut-être le réservoir des biocarburants de demain. Après les agrocarburants de première génération (à base de colza ou de tournesol), condamnés car leur matière première concurrence l’alimentation humaine, après les agrocarburants de deuxième génération (à base de plantes non comestibles comme le bois ou les feuilles) dont le rendement est faible et le coût élevé, les microalgues pourraient constituer les biocarburants de troisième génération. Juan Wu, ingénieur auprès de la société de biotechnologies Alcimed, en est persuadée : « La production à grande échelle de biodiesel à base d’algues arrivera beaucoup plus vite qu’on ne le pense. Une commercialisation est possible d’ici cinq ans, avec un prix compétitif par rapport au diesel actuel. » Une centaine de projets sont en cours aux Etats-Unis, en Chine, en Israël, en Australie et en Europe. L’Américain Petrosun, pionnier en la matière, a déjà construit deux fermes d’algues marines, l’une sur 450 hectares d’étangs salés au Texas, l’autre sur 1 100 hectares dans le golfe du Mexique. Les pétroliers Shell et Chevron reconnaissent mener des études approfondies sur le sujet. Plusieurs sociétés ont investi des millions de dollars dans ce domaine. Ingénieur à l’Institut national de recherche en informatique et en automatisme, Olivier Bernard modère cependant les enthousiasmes : « Sur le papier, le potentiel des microalgues est énorme et justifie qu’on y consacre de gros moyens. Mais nous sommes encore au stade du laboratoire. Une production à grande échelle n’est pas imaginable avant au moins dix ans. » Les questions qui se posent sont en effet nombreuses : parmi les centaines de milliers d’espèces de microalgues présentes dans la nature, toutes ne sont pas aussi prometteuses ; il faudra donc les sélectionner, ou en obtenir par manipulation génétique. Il faudra comparer les performances de culture en eau douce ou en eau salée, puis trouver les procédés les plus efficaces d’extraction des lipides stockés dans ces plantes invisibles à l’œil nu… D’énormes progrès restent à accomplir avant que « l’or vert » des microalgues ne fassent tourner les moteurs des voitures. Mais la piste est prometteuse. | |||
| Jean Piel | |||
|