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| 29/09/2006 | |||
| Romuald Hazoumé entre au quai Branly | |||
| (MFI) L’artiste béninois Romuald Hazoumé réalise depuis les années 1980 des performances, sculptures et installations, qui proposent une vision critique des systèmes politiques africains et des rapports entre l’Afrique et l’Occident. L’une de ses œuvres majeures, « La bouche du roi », est aujourd’hui exposée au Musée du quai Branly. | |||
| Plus de 300 masques, élaborés à partir de bidons d’essence, disposés à même le sol, comme l’étaient les esclaves dans les cales des bateaux négriers. Des odeurs, odeurs de girofle et de café, de poisson pourri qui s’en dégagent. Installée dans l’espace immense du foyer Lévi-Strauss, au musée du quai Branly, à Paris, « La bouche du roi » est une installation de l’artiste béninois Romuald Hazoumé, connu pour son travail fortement empreint de la religion du vaudou. L’ensemble s’impose par ses dimensions et la force austère qui s’en dégage : de simples bidons, à peine transformés, d’où naissent des figures expressives au regard puissant dont l'aspect d'usure rappelle la patine qui couvre avec le temps le bois des masques traditionnels. Présenté pour la première fois en 1999 à Cotonou, « La bouche du roi » explore l’histoire de l’esclavage et du colonialisme en Afrique de l’Ouest, et sa relation on ne peut plus brûlante avec les problèmes de l’Afrique contemporaine. « La bouche du roi, contrairement à son apparence, ne parle pas de l’esclavage d’hier mais bien plus de l’esclavage d’aujourd’hui car c’est bien la bouche de nos « rois » qui nous tue. Autrefois, les esclaves embarqués à Ouidah ou à Porto-Novo sur ce bateau savaient d’où ils venaient mais ignoraient où ils allaient. Aujourd’hui, ils ne savent toujours pas où ils vont, mais ils ont oublié, ne savent plus où ils viennent. Je dénonce une Afrique, un monde, géré par des roitelets corrompus qui volent, pillent, détournent, s’approprient, s’enrichissent en surexploitant le peuple. Je n’ai pas peur de le dénoncer. Aujourd’hui encore, nombreuses sont les familles obligées de vendre leurs enfants pour survivre. C’est inacceptable. » A la proue de ce navire métaphorique figurent deux masques à part. Fabriqués à partir de bidons diversement peinturlurés, qui représentent le roi du Bénin et ainsi que le régent nomme au Bénin pendant la période coloniale, et chef de Ouidah, l’un des plus grands ports négriers d’Afrique de l’Ouest. Nul hasard, si dans ce contexte, les bidons restent pour Hazoumé un matériau de prédilection : omniprésents au Bénin, ils sont très difficiles, dit-on, à acheter car ils sont très prisées et conservés par les trafiquants d’essence. En ajoutant peintures et masques aux inscriptions données par les trafiquants, il leur rend une troublante expressivité : « Quand on voit comment se passe ce trafic, on se rend compte que ces bidons sont traites exactement comme l’étaient les esclaves. (…) C’est dire que partout dans le monde d’aujourd’hui, il y a de l’esclavage, et qui se présente sous d’autres formes plus malsaines. Quand on voit des femmes qui transportent l’essence avec leur bébé dans leur dos, et qu’on sait que les bébés respirent l’essence tous les jours… mais ces femmes-là n’ont pas le choix. » Elisabeth Lequeret Exposition « La bouche du roi », au musée du quai Branly, du 12 septembre au 12 novembre 2006. Catalogue publié par les éditions Flammarion, 56 pages, 15 euros. | |||
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