| |||
| 09/03/2007 | |||
| Chronique Musique | |||
| La lusophonie plurielle de Sara Tavares (MFI) Le Cap-vert serait-il une mine d’or, d’où sortent régulièrement de belles pépites vocales ? Après Cesaria Evora, Fantcha, Lura, Tcheka…, c’est au tour de Sara Tavares de porter haut les couleurs de ce petit archipel. Jeune lisboète de 27 ans, à la voix douce et lumineuse, elle vient de signer Balancê (World connection/Pias), un album voyageur à travers les différentes terres de la lusophonie. Avec ce titre qui a plusieurs significations, la chanteuse joue avec les mots et les rythmes. Pour la plupart des Africains ayant le portugais en partage, « Balancê » fait référence à tout ce qui bouge, tout ce qui est bon. Mais pour elle, cette chanson évoque « l’équilibre entre la tristesse et la joie, le jour et la nuit, le sucré et le salé ». Auteur, compositeur, interprète, Sara Tavares se révèle également sur « Poka Terra ». Un morceau en onomatopée imitant le bruit d’un train en marche, dans lequel elle invite les gens à monter car « c’est le train de la prise de conscience et de la responsabilité de soi ». Autre réussite, « Planeta Sukri », sublime poème d’amour plus spirituel que romantique. Pour mettre en valeur tous ces thèmes, l’artiste joue sur plusieurs répertoires : coladeira traditionnelle capverdienne mélangée avec un sound system reggae, samba brésilienne, semba angolais ou fado portugais. Abandonnée par ses parents, la jeune femme semble chercher à travers la musique une famille et des racines. C’est pourquoi, sans pour autant prétendre être la porte-parole des communautés luso-africaines éparpillées à Lisbonne, Paris ou Boston, Sara Tavares essaye de fédérer une certaine identité : « Notre génération se sent perdue parce qu’on a pas de culture propre. » Tinariwen : le rock des sables (MFI) Les musiques touaregs ont le vent en poupe depuis quelque temps, grâce à Tinariwen qui a ouvert la voix. Ce groupe demeure depuis plus de dix ans le symbole de cette culture nomade, même si d’autres ensembles, comme Tartit ou Désert Rebel, nés dans leur sillage, sont aujourd’hui également reconnus. Menée par le charismatique Ibrahim Ag Alhabib, cette formation vient de signer son troisième album, Aman Iman (Emma Productions/AZ). Avec ce titre, qui signifie en langue tamashek « L’eau, c’est la vie », ces « guerriers-musiciens » plantent, d’emblée, le décor. Vivant dans la région difficile de l’Adrar des Ifoghas, au nord-est du Mali, ils ont aujourd’hui rendu les armes et expriment leur rébellion avec des guitares électriques alimentées par des amplis à piles. Parmi les morceaux phares, « Toumast », un hommage à Mano Dayak, leader nigérien du mouvement de libération du peuple touareg. Dans la même veine, la chanson « 63 » évoque la première révolte étouffée par les autorités maliennes. Enregistré au studio Bogolan, à Bamako, ce cd reflète la double identité d’une musique à mi-chemin entre les sonorités du Maghreb et les rythmes de l’Afrique subsaharienne. Un style que ses auteurs dénomment Assouf, et dont la caractéristique est une alternance de ballades blues nonchalantes et de rock plus fiévreux. Avec ce nouvel opus plus abouti, les six artistes de Tinariwen, vêtus de leurs traditionnels boubous indigo, traduisent, une fois de plus, la rage de tout un peuple. Mais sans violence. Car pour eux, la musique est l’arme du futur, comme le disait un certain Fela… | |||
| Daniel Lieuze | |||
|