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| 25/09/2007 | |||
| Livre : Des nouvelles d’ici et d’ailleurs | |||
| (MFI) Réunies par Pierre Astier, voici cinq nouvelles mauriciennes qui lèvent le voile sur la réalité d’une île mosaïque où la douceur cohabite avec la violence extrême. | |||
| On ne présente plus Pierre Astier. Grand découvreur de talents littéraires devant l’Eternel, il a révélé la nouvelle génération d’écrivains africains, celle des Abdourahman Waberi, des Mabanckou et des Raharimanana. Dans le cadre de la collection “Miniatures” qu’il dirige aujourd’hui aux éditions Magellan et Cie, cet ancien éditeur, fondateur de la maison Le Serpent à plumes, nous propose un petit bijou de recueil de nouvelles de l’île Maurice, réunissant Ananda Devi que le public francophone commence maintenant à bien connaître mais aussi Shenaz Patel, Vinod Rughoonundun, Sailesh Ramchurn et Bertrand de Robillard, tous écrivains et conteurs talentueux, qu’on connaît moins. “Les voix en provenance de Maurice sont uniques de douceur indienne et de violence”, écrit Pierre Astier, présentant les auteurs de son recueil. Puisant leur inspiration dans une réalité sociale et imaginative commune, celle de leur île, ces écrivains nous entraînent habilement dans leur propre univers obsessionnel et fantasmatique. La seule véritable couleur du froid L’univers d’Ananda Devi est tissé de solitude et d’angoisse existentielle. On y replonge dans sa nouvelle Bleu glace dont l’action se déroule en Antarctique (métaphore de la Maurice tropicale ?) où les Occidentaux se livrent à l’abattage des jeunes phoques pour en récupérer la graisse. Le cinquantenaire qui débarque dans ce désert d’affects et d’éthique et dont Devi retrace, au fil des pages, la dérive morale et émotionnelle, est un anti-héros à la Kafka ou à la Camus. Ses angoisses deviennent les nôtres à mesure que nous reconnaissons dans ses questionnements notre propre désespoir face à notre monde post-industriel, en cours de déshumanisation. « Il sait que l’extérieur est plus blanc que tous les blancs qu’il n'a jamais vus et qu’il ne verra jamais, un blanc qui vous oblige à vous défaire de toutes les notions que vous aviez de cette couleur qui n’en est pas une. Mais en ce moment, par la vitre de la camionnette, au milieu de la nuit (y aura-t-il seulement un jour ?), il n’y a que du bleu. Le plus foncé des bleus, entrelacé de traînées d’argent. Un bleu royal, mais si austère et indifférent à la présence humaine, si terrifiant qu’il ferme les yeux pour ne plus le voir, sachant qu’il vient de voir la seule véritable couleur du froid. » Des espoirs trahis par des employeurs véreux Avec les autres contributeurs à ce volume, on replonge dans la réalité concrète de Maurice. Dans sa nouvelle d’une bonne facture, tout en ironies et suggestions, Shenaz Patel raconte la vie des petits cultivateurs, leur attachement à la terre sur laquelle ils ont sué, labouré pendant des générations malgré leurs espoirs trahis par des employeurs véreux et des promoteurs sans scrupules. Un monde de douceur est tout sauf cela pour le protagoniste de cette nouvelle cruelle qui se clôt sur la grisaille du quotidien et la morne perspective d’« un champ dénudé ». Fidèle à ses thématiques féministes, Vinod Rughoonundun nous dit les souffrances d’une mère confrontée quotidiennement à l’humiliation de sa fille aux mains d’un mari brutal. Raconté à la première personne, ce conte moderne de cruauté familiale nous touche par la qualité du langage de l’auteur, qui est avant tout poète. « Je couve dans ma poitrine le miel des étoiles que je nicherai dans les paumes de mon enfant », fait-il dire à la mère éplorée qui ne sait comment consoler sa fille. Ces voix mauriciennes sont révélatrices d’une très grande originalité de l’imaginaire et du langage. Elles méritent qu’on les entende. | |||
| Tirthankar Chanda Nouvelles de l’Ile Maurice. Collection “Miniatures”. Edition Magellan et Cie, 109 pages, 12 euros. | |||
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