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31/10/2007
Chronique musique

La nostalgie de Teofilo Chantre

(MFI) Le principal compositeur de Cesaria Evora revient avec un cinquième album solo Viajà (Lusafrica). Pour Teofilo Chantre, ce titre en créole portugais est tout à fait significatif de l’esprit capverdien : « Viajà signifie voyager donc il y a toujours le souvenir du pays où j’ai passé mon enfance. J’évoque souvent la séparation de ma terre natale, ce sont des sujets qu’abordent en général les artistes du Cap Vert. » Outre la nostalgie, le chanteur évoque également la fraternité sur « Appel pa tude Naçon »(« Appel à toutes les nations ») et l’amour déçu sur « Derobade ». Signalons aussi « Comme on aime », autre chanson réussie sur le thème de l’amour, chantée en français cette fois. Avec son timbre au charme irrésistible, l’artiste est un authentique ciseleur de mélodies. Pour porter ses textes, Teofilo Chantre joue principalement la douce morna et la langoureuse coladera, les musiques les plus connues de l’archipel lusophone. Mais il remet également au goût du jour la mazurka importée d’Europe et flirte, par moment, avec les rythmes brésiliens. Enregistré en partie à Mindelo, capitale de l’île de Sao Vicente, ce disque dégage une ambiance particulière : « Nous avons pris notre temps pour réaliser chaque titre et cela se ressent au final. Cela n’a rien à voir avec les séances de studios en Europe où il faut regarder sa montre. » Côté accompagnement, le climat des guitares, des violons, de l’accordéon et du piano est feutré comme pour caresser nos oreilles. En un mot Viajà est un pur écrin de plaisir qui rappelle que cet archipel volcanique au large du Sénégal semble n’engendrer que des pépites d’artistes.

Panorama de l’archipel lusophone

(MFI) Cesaria Evora, Luis Morais, Boy Ge Mendes, Fantcha… Tous les grands noms de la musique capverdienne sont réunis sur une double anthologie intitulée O espirito e a alma de Cabo Verde (« L’esprit et l’âme du Cap Vert ») paru sur le label Lusafrica. Parmi eux, figure Voz de Cabo Verde, le premier groupe qui a permis de faire connaître la musique capverdienne en Afrique et en Europe. Mariant instruments électriques et rythmes originaux, cette formation s’illustre notamment sur un morceau traditionnel « Carinha Di Bo Mae ». Clarinettiste et saxophoniste de renom disparu en 2002, Luis Morais reprend vie sur « Boas Festas », un instrumental charmant. Bana, pour sa part, rappelle qu’il demeure un monstre sacré de la chanson du Cap-Vert avec sa voix d’or. Auteur d’une cinquantaine de disques, il intervient sur une délicieuse morna intitulée « Talves ». De son côté, Boy Ge Mendes se nourrit de jazz et de fragments brésiliens et cubains sur « Choros ». Les voix féminines ont aussi naturellement toute leur place sur ce coffret. Mis à part la diva de Mindelo, Fantcha dont la carrière aux Etats-Unis commence à décoller, montre son potentiel avec la chanson « Sonho D’um Criol ». Celina Pereira, elle, bénéficie de 4 titres sur cette compilation qui en compte 34. Parmi ses plus belles interprétations, citons « Eclipse » qui met en valeur le bel canto de la chanteuse. Cet archipel de 10 îles a toujours été une terre de musiciens et de poètes, dont la réputation n’est plus à faire aujourd’hui. Un succès dû peut-être au charme du créole portugais. La langue nationale de la vie quotidienne et des sentiments, qui intègre des mots étrangers d’origines diverses et invente des formules imagées.

Daniel Lieuze

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