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18/12/2007
Deux beaux livres pour les fêtes

(MFI) Vous parcourez les librairies à la recherche d’un livre à offrir ? Un bel objet, à la mise en page soignée, au papier de qualité… Voici deux beaux livres qui retiendront peut-être votre imagination. Le premier est un récit de voyage illustré, sous la plume d’une talentueuse femme de lettres. Le second, un album pour enfants, fruit de la rencontre d’un écrivain et d’un illustrateur – non moins talentueux – qui ont mis en commun leurs imaginaires pour conter, à travers le destin de la petite Ayanda qui ne voulait pas grandir, les heurs et malheurs de la jeunesse africaine contemporaine.

« L’avion amorce un virage. Et Antananarivo se laisse regarder. Je vois la ville qui se loge entre les méandres des collines de l’Imerina, allant à l’assaut des marécages, en dépit de tous les dangers d’inondation. De l’avion, je vois les collines proches des rizières, les reflets gris de l’eau qui se mêlent à l’azur de l’horizon. Le cœur se serre. J’aime cette ville, mon cœur s’émeut à chaque fois que j’y reviens. J’aime ses ruelles, ses impasses qui se laissent deviner, les rues qui n’ont jamais été destinées aux voitures, ses maisons qui se flétrissent comme une femme abandonnée, la tendresse que l’on sent partout dans cette culture... », écrit la franco-malgache Michèle Rakotoson dans Juillet au pays : chroniques d’un retour à Madagascar, son nouvel opus qui retrace son retour au pays natal après des années d’absence. A mi-chemin entre autobiographie et récit de voyage, ce livre de quelque 200 pages se lit d’un bout à l’autre comme une émouvante déclaration d’amour de l’auteur à son pays, à son peuple, à Antananarivo, la ville de son enfance qu’elle n’a jamais vraiment quittée, même si depuis vingt-cinq ans elle vit en exil, loin des rizières, des collines et des marécages de Tana. Construit sur le modèle du Cahier d’un retour au pays natal d’Aimé Césaire, ce livre raconte autant le retour physique que le retour psychique et émotionnel de l’errant et de l’exilé, les étapes sentimentales de la redécouverte de la misère et de la grandeur de ce lieu qui, malgré l’éloignement, est resté profondément gravé dans la mémoire organique de l’auteur. On ne quitte jamais vraiment la ville de son enfance, affirme Rakotoson.
Ce retour est aussi pour l’auteur l’occasion de reprendre possession de sa mémoire familiale, de celle des drames et des bonheurs fondateurs qui fournissent la trame de ce récit bouleversant d’humanité et de force d’âme. L’écriture à la fois maîtrisée et somptueuse de Michèle Rakotoson, qui se révèle ici styliste méticuleuse et sophistiquée, se situe résolument au carrefour de la précision française et de la musicalité malgache. Rencontre du rariny et du hitsiny, seule capable semble-t-il, si l’on en croit l’auteur, de convoquer la vérité des êtres et leurs silences.

Quand le chagrin se transforme en colère…

Ayanda, l’héroïne éponyme de l’album que publient les éditions Actes Sud Junior, cherche elle aussi à connaître la vérité. « Pourquoi Papa, si doux, si gentil, s’est-il fait tuer à la guerre ? » Son chagrin se transforme en colère. Faute d’une réponse satisfaisante de la part des adultes qu’elle ne cesse d’interroger, la petite fille prend la décision de s’arrêter de grandir. Une décision qui va bouleverser son quotidien et plonger sa famille dans une tristesse infinie, jusqu’au jour où... La suite de l’histoire est à découvrir dans le bel album que proposent la romancière Véronique Tadjo et l’illustrateur Bertrand Dubois.
Venue un peu par hasard à la littérature pour la jeunesse, Tadjo a publié plusieurs titres dont les plus populaires ont pour noms La Chanson de la vie, Mamy Wata et le monstre, Masque, raconte moi. Pour cet auteur africain atypique qui s’est fait connaître en publiant d’abord de la poésie et des romans, la littérature pour la jeunesse est un outil formidable pour aider les jeunes à aimer les livres, à établir des rapports privilégiés avec la lecture. Elle s’inspire de la tradition orale africaine, une véritable mine d’histoires dont les récits à message aident les enfants à grandir. Grandir, tel est le thème de l’histoire qu’elle raconte dans son nouvel album. Voguant entre le rouge et le vert (couleurs favorites de Tadjo), la terre et le ciel, la méchanceté des uns et la générosité des autres, la petite Ayanda apprend à saisir l’énigme du monde adulte dans lequel les événements de la vie l’ont si brutalement jetée. C’est un récit pour des jeunes, mais aussi pour des moins jeunes car, comme l’a expliqué Tadjo, ces histoires fonctionnent à plusieurs niveaux. « Au fur et à mesure que l’on“ grandit ”, le message prend une autre dimension. »


Juillet au pays, par Michèle Rakotoson, Elytis éditions, 209 pages, 20 euros.
Ayanda, la petite fille qui ne voulait pas grandir, par Véronique Tadjo et Bertrand Dubois. Actes Sud Junior, 40 pages, 13,80 euros.

Tirthankar Chanda

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