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14/07/2009
Cinéma : Après l’océan : le destin croisé de deux guerriers entre l’Afrique et l’Europe

(MFI) Après l’océan, le dernier film d’Eliane de Latour, retrace l’ascension à tout prix et la lutte contre le déshonneur de Shad et Otho, deux clandestins partis à l’aventure et qui se veulent les symboles de ce ballet incessant et tragique entre l’Afrique et l’Europe. Il est sorti le 8 juillet 2009 dans les salles en France.

Quelques images d’animation évoquent Kanta, un grand guerrier mandingue. Puis brutalement, le spectateur est plongé dans la circulation bruyante d’une ville d’Espagne, convié à partager, le temps du film, la vie aventureuse d’Otho et Shad, deux Ivoiriens partis d’Abidjan dans le but d’entrer clandestinement en Europe pour y trouver fortune et honneur.
Vivre dangereusement, vivre vite. Tous deux rêvent de richesse et cherchent des petits boulots. Ils sont confrontés aux rivalités des petits vendeurs à la sauvette, partagent la frime et les défis quotidiens des taximen sans licence… Et aussi des fêtes éphémères, où la police peut débarquer à tout moment dans les squats improbables ou les hangars sans âme, à l’abri de tout regard.
« Sans papiers t’es foutu, c’est le bled direct », avertit Shad. Porté par ce rêve d’héroïsme et par les épopées conquérantes de ses ancêtres, il espère un retour glorieux avec tous les signes ostentatoires de celui qui aura su revenir valeureusement de son « aventure ». La liberté, pour lui, c’est donc d’abord l’obtention d’un passeport à n’importe quel prix et par n’importe quel moyen : escroquerie, mariage blanc...


L’un comme l’autre rêvent de revenir au pays en bienfaiteurs

Son compagnon, Otho, plus lucide, voit « la perversion du système qui rend ses semblables de plus en plus dépendants » de cette prétendue modernité. Il ne croit pas au mirage de l’Occident libéral qui veut faire croire que « l’argent résout tout ». Pas plus qu’il ne se laisse berner par la pseudo « fraternité africaine » qui disparaît dès l’instant où les intérêts s’avèrent contraires. Il veut bâtir une autre économie basée « sur les richesses locales tout en s’inscrivant dans le monde », et qui corresponde à une réalité plus conforme à celle qu’il se fait de la liberté.
L’un comme l’autre rêvent pourtant de revenir au pays en bienfaiteurs. Plus malchanceux – peut-être parce que moins combatif ou/et parce qu’il y croit moins ? –, Otho est très vite raflé lors d’une descente de police musclée en Espagne. Il est reconduit à la frontière et rentre dans son pays sans avoir pu ramener quoi que ce soit. Pour les siens, il est maudit, d’autant plus qu’il expose sa famille à la risée de tous. Plus rusé, Shad échappe à la police et poursuit son périple, qui s’apparente souvent à un calvaire, à Londres d’abord, puis à Paris.






« Guerrier choc » et « Autocollant »

En quête de sa destinée, le « guerrier choc » reviendra à Abidjan en vainqueur, salué par sa mère – et par sa fiancée, la sœur de son compagnon d’infortune qui rêvait elle aussi de leur soutien pour monter son salon de couture. Otho, rebaptisé « Autocollant » par son entourage car il a dû retourner vivre chez ses parents, n’a pas eu « la chance d’être dans les magouilles ». Il sera contraint de repartir à nouveau. Et Shad, qui a gagné en lucidité, tentera de l’en empêcher…
Au final, le récit hyperréaliste de ces deux destins croisés sonne souvent juste, quitte à heurter les susceptibilités, en Afrique comme en Occident. Car ce film d’Eliane de Latour, tourné en Côte d’Ivoire, en Espagne et en France, décrit aussi la dureté du racisme ordinaire. Après Bronx-Barbès (2000), qui nous avait fait vivre le quotidien des gangs à Abidjan, ou encore Contes et Comptes de la Cour (1993), celui des femmes de la chefferie de Zinder, au sud-est du Niger, cette réalisatrice atypique laisse toujours le spectateur en état de choc par la violence sans aucun filtre qu’elle nous renvoie.

Antoinette Delafin


Après l’océan, un film d’Eliane de Latour, 2009. Production : Les Films d’ici.
Distribution : www.shellac-altern.org. Pour en savoir plus : www.apreslocean-lefilm.com





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