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| 20/05/2008 | |||
| L’Afrique pourra-t-elle rejoindre le club des paradis fiscaux? | |||
| (MFI) L’Afrique rêve depuis longtemps d’attirer les capitaux étrangers nécessaires à son développement, mais elle a souvent confondu les « paradis fiscaux » et les « zones franches » qu’elle a lancées, depuis plus de trente ans, à travers le continent avec des succès mitigés, à l’exception notoire de pays comme l’Ile Maurice. | |||
| Le Ghana, dont l’économie a connu des succès spectaculaires depuis quelques années, même si la pauvreté subsiste, a officiellement lancé à l’automne 2007 les premiers services bancaires offshore en Afrique de l’Ouest, en partenariat avec la Barclays Bank de Londres. Certaines banques ghanéennes offriront aux clients non-résidents toute une gamme de produits financiers et de placements totalement défiscalisés, à l’instar de ce que proposent certaines grandes places financières internationales et les paradis fiscaux à travers le monde. Si cet exemple est suivi avec intérêt par les pays de la région, en particulier le Nigeria, premier producteur de pétrole de l’Afrique subsaharienne, de nombreux économistes mettent en garde contre une trop grande euphorie, soulignant que les « paradis fiscaux » comme les Iles Cayman, Monaco ou autres, se trouvent en général dans de petits pays offrant des voies de communication faciles. Ils estiment aussi que la donne a changé en Afrique, puisque déjà les nouveaux partenaires du continent comme la Chine et l’Inde, à l’affût de pétrole et d’autres matières premières, commencent à investir massivement et que plusieurs fonds d’investissements internationaux ou panafricains se tournent vers cette région du monde au potentiel prometteur. Impôts insignifiants, absence de transparence et non-disponibilité des éléments comptables Selon l’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE), quatre facteurs principaux sont utilisés pour déterminer si une juridiction constitue un paradis fiscal. Le premier est le fait que cette juridiction applique des impôts inexistants ou insignifiants. Mais ce critère n’est pas suffisant par lui-même. Les trois autres facteurs à prendre en compte sont les suivants : l’absence de transparence, l’existence de lois ou pratiques administratives qui empêchent un véritable échange de renseignements à des fins fiscales avec les autres administrations en ce qui concerne les contribuables qui bénéficient d’une imposition inexistante ou insignifiante, et enfin l’admission de l’absence d’activités substantielles. La condition de transparence permet que les législations fiscales soient appliquées d’une manière ouverte et cohérente entre des contribuables se trouvant dans des situations similaires, et que les informations dont les autorités fiscales ont besoin pour déterminer le montant de l’impôt dû par un contribuable soient disponibles (par exemple dans les registres comptables et les pièces justificatives correspondantes). En ce qui concerne les échanges de renseignements en matière fiscale, l’OCDE a invité les pays à adopter un système d’échanges de renseignements « à la demande », mais ne publie plus de mises à jour des paradis fiscaux « coopératifs » ou « non coopératifs » comme elle le faisait jusqu’au début des années 2000. Les « zones franches » qualifiées de « cousines » des paradis fiscaux par l’ONG altermondialiste Attac, ont proliféré en Afrique depuis les années soixante-dix et en particulier quatre-vingt. On en distingue les commerciales, situées en général à l’intérieur ou près d’un port, et celles qui sont consacrées aux industries d’exportation et font les choux gras de la délocalisation. Dans une analyse sur les forces et les faiblesses des zones franches en Afrique, Peter F. Ryan, vice-président de la Fédération mondiale des zones franches (Femoza) basée à Genève, a souligné que leur développement passe par une large autonomie des responsables sur place. « Il est en effet important pour le PDG d’une zone franche de se référer directement au président pour les décisions majeures », estime-t-il. Selon lui, un des principaux problèmes rencontrés dans les zones franches africaines est l’absence d’une autorité centrale, de règles claires et de transparence. « On dénombre ainsi une quarantaine de zones franches au Kenya et 17 au Nigeria… la plupart sont juste constituées de quelques usines ou de mini-zones industrielles qui ont postulé pour le statut de zone franche afin d’échapper aux impôts », ajoute-t-il. Pour lui, le meilleur exemple est l’Irlande où quelque 950 compagnies opèrent sous le statut de zone franche avec une supervision des plus strictes quant à l’observance des règles locales et de la législation de l’Union européenne en matière de protection sociale et de salaires. Le vice-président de la Femoza met aussi en garde contre les tentatives d’évasion fiscale et prône une formation en gestion plus rigoureuse. Ce qui fait la différence ? La qualité des infrastructures, notamment Pour certains économistes toutefois, les principaux obstacles sont l’absence d’infrastructures de transport, notamment pour des pays enclavés et le fait que la création d’emplois dans les zones franches ne s’étend pas toujours à l’ensemble du pays même si elle génère des revenus y compris fiscaux. Ils estiment aussi que les pays du continent ont un besoin de diversification de leurs exportations pour dépendre plus du commerce et moins de l’aide. Certains experts de la Banque mondiale soulignent que dans des conditions propices et de bonne gouvernance, les zones franches industrielles peuvent réaliser les objectifs essentiels de création d’emplois et d’accroissement des recettes en devises. En particulier dans les pays ayant des taux relativement élevés de chômage, ce qui est le cas dans de nombreux pays africains, notamment chez les jeunes. Ce qui fait en réalité la différence entre le succès et l’échec, c’est la qualité des infrastructures et la volonté d’œuvrer sur tous les fronts, affirme l’un de ces experts. | |||
| Marie Joannidis | |||
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