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| 23/06/2009 | |||
| Un rapport dénonce les « fonds vautours » à la veille de la conférence de l’ONU sur la crise financière et le développement Fonds vautours (1) Les pays endettés menacés par des prédateurs Trois recommandations pour les combattre | |||
| (MFI) En vue de la prochaine conférence de l’ONU sur La crise économique et financière mondiale et son incidence sur le développement, qui se tiendra à New York, du 24 au 26 juin 2009, deux plateformes non gouvernementales européennes ont publié début juin un rapport dénonçant les fonds vautours et les tribunaux du Nord qui les favorisent. | |||
| « Un vautour peut en cacher un autre ou comment nos lois encouragent les prédateurs des pays pauvres endettés ». Tel est le titre d’un rapport publié conjointement par la plateforme française Dette et développement, qui se bat pour l’annulation de la dette des Pays pauvres très endettés (PPTE), et le Centre national de coopération au développement (CNCD-11.11.11), une coupole belge composée d’une centaine d’associations, d’ONG et de syndicats. S’inspirant des recommandations de la Commission Stiglitz, ce rapport devrait être étudié lors de la prochaine conférence sur La crise économique et financière mondiale et son incidence sur le développement, au siège des Nations unies, à New York. Déjà en décembre 2008, à Doha (Qatar), les participants au sommet des Nations unies sur le financement du développement s’étaient déclarés « gravement préoccupés par le contentieux de plus en plus important lié aux fonds vautours ». Malgré les nombreuses campagnes menées depuis une dizaine d’années par les sociétés civiles du Nord et du Sud en faveur de l’annulation de la dette des pays pauvres, de nouveaux acteurs ont en effet contribué au contraire à aggraver leur endettement. D’abord, ils rachètent les dettes des pays pauvres De qui s’agit-il ? De fonds d’investissements basés dans des paradis fiscaux, appelés « créanciers procéduriers » ou plus familièrement « fonds vautours ». Comment procèdent-ils ? Ils rachètent d’abord les dettes des pays pauvres à des prix bradés – des créances jugées irrécouvrables – sur un marché secondaire. Bien entendu, ils refusent de participer aux diverses négociations multilatérales sur la restructuration de la dette des pays concernés… Enfin et surtout, ils traînent les PPTE devant les tribunaux, à Londres ou à New York, en exigeant le remboursement intégral de la dette d’origine, augmentée des intérêts (plus des intérêts sur les arriérés) et parfois même des frais de justice. Les victimes de fonds vautours n’ont ainsi aucun moyen de s’en sortir. Le rapport met l’accent sur quelques exemples frappants de l’action de ces fonds vautours, que ce soit au Congo, en Zambie, au Pérou, en Argentine ou au Nicaragua. On se souvient qu’ils s’en sont d’abord pris aux pays d’Amérique du Sud au milieu des années 1990, avant de s’attaquer aux pays africains dans les années 2000. A cet égard, l’histoire de l’Argentine est très révélatrice des méthodes employées. Suite à la crise financière qui a touché ce pays entre 1998 et 2002, son gouvernement n’a plus pu rembourser les personnes possédant des bons du Trésor. Plusieurs fonds d’investissement sont alors entrés en scène. L’un d’entre eux, EM limited, a racheté en 2001 des bons 70 % moins chers que leur valeur réelle. Par la suite, un tribunal newyorkais a jugé que l’Argentine devait lui « rembourser » 725 millions de dollars (soit 20 dollars par Argentin). Autre exemple, celui du fonds d’investissement privé FG Hemisphere, situé dans l’Etat américain du Delaware que les auteurs du rapport assimilent à un paradis fiscal. En 2004, il a racheté à la Société nationale d’électricité (SNEL) de la République démocratique du Congo (RDC) une créance de 18 millions de dollars que le gouvernement congolais devait à la SNEL depuis les années 1980. Trois ans plus tard, la RDC a été condamnée par la Cour d’appel de Columbia (Etats-Unis) à verser à FG Hemisphere la somme de 104 millions de dollars. Et, grâce à plusieurs autres jugements rendus dans le même sens, ce fonds vautour a obtenu de divers tribunaux que la RDC lui « rembourse » 151,9 millions de dollars correspondant à des dettes qu’il avait rachetées 35,9 millions. Les pays riches enrichissent de vils spéculateurs Au total, « les fonds vautours ont déjà extorqué près de 2 milliards de dollars aux pays du Sud », affirme le rapport, estimant que les tribunaux du Nord permettent ainsi de véritables dérives. « Les pays riches enrichissent de vils spéculateurs au lieu de libérer les ressources nécessaires au développement des pays pauvres. » En plus de décrocher une plus-value considérable sur l’argent réellement investi, ils obtiennent très souvent des tribunaux le statut de créanciers privilégiés et sont donc prioritaires quant aux remboursements. Last but not least, les fonds vautours sont également autorisés à prélever dans les bénéfices réalisés grâce à l’Initiative d’allègement de la dette multilatérale (IADM), un plan mis en place en 2005 par le G8 pour alléger la dette de quarante pays endettés – et se servent parfois directement dans les aides à la coopération et au développement versées par les pays riches aux pays pauvres… Ainsi, en RDC, FG Hemisphere pourra saisir pendant quinze ans les recettes sur le courant que la SNEL vend à l’Afrique du Sud. De même, le fonds vautour Kensington International Limited a obtenu à deux reprises 10,8 millions d’euros émanant de la coopération entre la Belgique et le Congo-Brazzaville. On le voit, l’annulation de la dette des PPTE n’est pas à l’ordre du jour. Quant aux Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD), ils semblent bien loin d’être atteints dans un tel environnement. Les deux plateformes non gouvernementales européennes : http://www.cncd.be/ ; http://www.dette2000.org/ Le rapport : http://www.dette2000.org/data/File/EXE_FONDS_VAUTOURS_bd.pdf. Lire aussi : les recommandations de la Commission Stiglitz : http://www.stiglitz-sen-fitoussi.fr/fr/index.htm. Trois recommandations pour « couper les ailes aux vautours » (MFI) Les experts des plateformes Dette et développement et CNCD-11.11.11 préconisent trois mesures-clés pour protéger les pays en voie de développement face aux fonds vautours lors de la conférence de l’ONU sur la crise financière, en juin 2009. Première recommandation : la création d’un Tribunal international de la dette placé sous l’égide des Nations unies ou de la Cour internationale de justice de La Haye. Il s’agit de réguler le marché secondaire qui, totalement laissé à l’abandon par la législation, permet toutes les dérives. De fait, les fonds d’investissement recourent aux juridictions qu’ils savent réceptives à leurs demandes. C’est pourquoi la mise en place d’un tribunal supranational neutre et indépendant s’avère nécessaire. Deuxième recommandation : la protection des dépenses publiques. Les fonds vautours s’attaquent aux pays les plus pauvres et les moins développés sans penser à l’impact que leurs actes peuvent avoir sur les populations. Il est donc primordial de leur interdire de mettre la main sur les aides à la coopération et au développement et aussi sur les prêts d’Etat. La primauté des dépenses publiques sur le remboursement des dettes devrait être inscrite dans les lois internationales. Troisième recommandation : la mise en place d’un plan d’aide d’urgence. Dans le contexte de crise internationale, il s’agit d’aider les PPTE à mettre fin à la domination que les créanciers exercent sur eux en renforçant les règles de la finance mondiale. Des aides et taxes doivent être mise en place pour financer l’analyse de chaque emprunt, déterminer son degré de légalité et peut-être grâce à cela aboutir à l’annulation de certaines dettes. A B | |||
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