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| 28/04/2006 | |||
| France Immigration choisie : une énième modification de l’ordonnance de 1945 | |||
| (MFI) Après la loi du 26 novembre 2003 contre l'immigration clandestine, le ministre de l’Intérieur, Nicolas Sarkozy, a présenté fin mars 2006 un nouveau projet prônant une « immigration choisie » – qui sera discuté début mai devant le Parlement. Cette dernière réforme s’inscrit dans une longue lignée de textes élaborés au gré des alternances politiques. | |||
| Texte fondateur de la politique de l’Etat en matière d’immigration, l'ordonnance du 2 novembre 1945 sur les conditions d’entrée et de séjour des étrangers en France a été modifiée de nombreuses fois au gré des aléas de la vie politique et économique. Cependant l’ONG Gisti (Groupe d’information et de soutien des immigrés) constate « la continuité essentielle d’une politique d’immigration pudiquement dénommée ‘maîtrise des flux migratoires’, par delà l’alternance au pouvoir de gouvernements de droite et de gauche ». A la suite du choc pétrolier de 1974, et avec l'apparition du chômage, le président Valéry Giscard d’Estaing met en place une politique visant à l’arrêt de toute nouvelle immigration. En juillet 1974, le gouvernement suspend officiellement l’immigration des travailleurs – une mesure qui s’appliquera jusqu’en 1977. En 1980, la « loi Bonnet » donne à l'administration la possibilité concrète de renvoyer les étrangers en situation irrégulière. Arrivée au pouvoir en 1981, la gauche assouplit les conditions d'expulsion, mais maintient dans le même temps la rétention des étrangers en instance de départ forcé. Elle procède aussi à une vague de régularisations massives (142 000 personnes) et crée en 1984 une carte de résident valable dix ans dont le renouvellement est automatique. De Pasqua à Sarkozy De retour au gouvernement en 1986, la droite, avec Charles Pasqua comme ministre de l'Intérieur, revient sur un grand nombre de ces dispositions jusqu’au retour de la gauche… En 1989, la « loi Joxe » libéralise les règles relatives au séjour et à l'expulsion. A son retour aux affaires après les législatives de 1993, Charles Pasqua fait adopter par le Parlement des lois réformant le code de la nationalité (avec l'obligation notamment pour les jeunes nés en France de parents étrangers de manifester leur volonté de devenir français pour acquérir la nationalité française) et restreignant les possibilités de regroupement familial. De nouveau au pouvoir en 1998, la gauche crée une carte « vie privée et familiale » et opère une nouvelle régularisation massive (90 000 personnes). Nicolas Sarkozy, nommé ministre de l'Intérieur dans le gouvernement de droite issu des élections de mai-juin 2002, annonce fin 2003 une réforme d'ensemble de la politique d'immigration à deux volets : une loi concernant les procédures d'asile et une autre visant à lutter contre l'immigration clandestine. Ce dernier texte prévoit la création d’un fichier des empreintes digitales des demandeurs de visas, l’instauration d’un contrôle des attestations d’accueil et une durée de vie commune d’un à deux ans pour les couples mixtes qui veulent obtenir la carte de résident afin de lutter contre les mariages blancs. Il institue un délit d’organisation ou de participation à un mariage de complaisance et prolonge la durée de rétention préalable à l’exécution forcée des mesures d’éloignement. La loi de novembre 2003 comprend aussi des mesures destinées à améliorer l’accueil et l’intégration des étrangers en situation régulière sur le territoire français en subordonnant la délivrance de la carte de résident à un critère d’intégration. Parallèlement, un Haut Conseil à l’Intégration (HCI) avait été créé en octobre 2002. Cette instance de réflexion et de proposition sur la politique d’intégration des immigrés et des personnes issues de l’immigration comporte un Observatoire des statistiques de l’immigration et de l’intégration, créé en juillet 2004 et dirigé par Jacqueline Costa-Lascoux. Son premier rapport, publié en 2005, regroupe pour la première fois des données chiffrées émanant de l’ensemble de l’administration française : visas d’entrée, séjours des étrangers en France, asile, acquisitions de la nationalité française en 2002-2003. Le Comité interministériel à l’intégration (CII), créé en 1989, est également réactivé. Il suggère un certain nombre de mesures, comme l’instauration du Contrat d’accueil et d’intégration (CAI) pour les nouveaux arrivants – mis en place depuis 2004 –, ou un plan d’action pour l’intégration des personnes issues de l’immigration dans les chaînes de télévision publiques. Lancé en 2004, le projet d’une « Cité nationale de l’histoire de l’immigration » – centre de ressources dédié à l’histoire et aux cultures des populations étrangères venues en France –, est en cours et devrait ouvrir ses portes en 2007 dans le Palais de la Porte Dorée, dans le XIIe arrondissement, à Paris. Enfin, une nouvelle structure réunissant les moyens de l’Office des migrations internationales et ceux du Service social d’aide aux migrants a été créée en janvier 2005 : l’Agence nationale d’accueil des étrangers et des migrations. « Capacité et talents », une nouvelle carte de séjour de trois ans Dix jours après son arrivée à Matignon, en mai 2005, Dominique de Villepin prend à son tour en main le dossier de l’immigration. Il crée un Comité interministériel de contrôle de l’immigration (CICI), regroupant, en plus de Nicolas Sarkozy – toujours à l’Intérieur –, huit autres ministres, censés discuter des mesures concrètes à adopter pour maîtriser les flux migratoires, et plus spécifiquement lutter contre l’immigration illégale. Le projet de loi présenté en février par Nicolas Sarkozy et adopté en mars 2006 en conseil des ministres propose de promouvoir une « immigration choisie et une intégration réussie ». La mesure phare est la création d’une carte de séjour de trois ans, baptisée « Capacité et talents » pour les étrangers dont « la personnalité et le talent constituent des atouts pour le développement et le rayonnement de la France ». Il est aussi prévu de faciliter la délivrance et le renouvellement de titres de séjour pour les étudiants dont le projet aura été validé par le pays d’origine et par le consulat de France concerné. Les migrants admis pour la première fois en France devront signer un « contrat d’accueil et d’intégration ». D’autres mesures vont dans le sens d’un durcissement comme de nouvelles restrictions apportées aux conditions du regroupement familial et à l’attribution d’un titre de séjour ou de la nationalité française aux conjoints de Français. La disposition qui prévoyait la délivrance automatique d’un titre de séjour à tout étranger présent en France depuis dix ans est également supprimée. Cette mesure concernait un petit nombre de personnes (moins de 2 500 par an), mais « elle pouvait être comprise comme un encouragement à l’illégalité », a déclaré Nicolas Sarkozy. A la veille de sa discussion devant le Parlement, ce projet suscite une mobilisation sans précédent dans les associations regroupées sous le collectif « Uni(e)s contre l’immigration jetable »*, qui a programmé des manifestations dans toute la France. Le conseil des Eglises chrétiennes a aussi envoyé une lettre au Premier ministre, s’inquiétant du « recul des droits liés au respect de la vie familiale et à l’accueil des demandeurs d’asile ». De quoi rendre animé le prochain débat à l’Assemblée… * http://www.contreimmigrationjetable.org Isabelle Verdier | |||
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