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| 07/07/2006 | |||
| République démocratique du Congo L’apaisement régional reste fragile | |||
| (MFI) La République démocratique du Congo (RDC) s’apprête à tenir, à partir de fin juillet 2006, ses premières élections générales démocratiques dans un contexte d’apaisement régional qui reste toutefois fragile : après des années de conflit et de violences qui ont fait directement ou indirectement entre trois et quatre millions de morts, selon les experts, les tensions aux frontières subsistent. | |||
| C’est surtout dans le nord-est du pays, près de la frontière ougandaise où sévissent toujours des miliciens armés, que les tensions subsistent. Les autorités de Kampala, en proie à des troubles internes et à la rébellion de la Lord’s Resistance Army, n’hésitent pas à accuser les dirigeants congolais de continuer à donner refuge aux chefs de la rébellion malgré les incitations à la modération de la part de Washington ou de Londres. Les Etats-Unis et la Grande-Bretagne, qui restent les principaux soutiens du président ougandais Yoweri Museveni, paraissent aujourd’hui déterminés à accompagner la transition en RDC comme le reste de la communauté internationale. Celle-ci se préoccupe de la présence d’autres groupes armés dans l’est du pays, malgré la retenue désormais adoptée par le Rwanda, mais aussi de la présence d’anciens Interahamwe, auteurs du génocide rwandais en 1994, de miliciens Maï Maï et de divers éléments incontrôlés à travers le vaste territoire congolais. « Cela n’a toutefois rien à voir avec la fin des années quatre-ving-dix, avant et après la mort de Mobutu, le dictateur déchu, quand les pays de la région se sont trouvés entraînés dans une spirale de la violence qui a fait des millions de victimes, essentiellement parmi les populations civiles », souligne un observateur diplomatique. Des pourparlers pour mettre fin aux violations territoriales La rébellion, en octobre 1996 dans le Sud-Kivu (est du Zaïre) des Tutsi Banyamulenge, Congolais tutsi d’origine rwandaise, prise en main par Laurent Désiré Kabila et soutenue par le Rwanda, l’Ouganda, le Burundi et l’Angola, avait marqué la fin du régime Mobutu en 1997. Kabila père devait toutefois être lâché par ses alliés rwandais, ougandais et burundais un an plus tard, dans ce qui devait devenir à partir d’août 1998 le « conflit des Grands Lacs » et impliquer les armées de sept pays africains, y compris la RDC. Trois des anciens alliés de Kabila s’étaient rangés du côté de la rébellion du Rassemblement congolais pour la démocratie (RCD-Goma) et du Mouvement de libération du Congo (MLC) de Jean-Pierre Bemba, qui avaient pris les armes contre lui dans l’est et le nord du pays. Kabila était de son côté soutenu par l’Angola, la Namibie et le Zimbabwe, des forces tchadiennes équipées par la Libye faisant également une rapide incursion à ses côtés. La situation était compliquée par la présence sur le territoire congolais de miliciens Interahamwe, d’ex-Forces armées rwandaises (FAR), de rebelles ougandais et d’autres groupes armés. Après l’assassinat de Laurent Désiré Kabila à Kinshasa en janvier 2001, son fils Joseph lui a succédé et a obtenu le retrait progressif des troupes étrangères avec le soutien de la communauté internationale. Les différents accords signés depuis Lusaka en 1999, en particulier ceux de Sun City (Afrique du Sud) en 2002, ont fini par aboutir à la formation d’un gouvernement de transition d’unité nationale en juin 2003, un an après le déploiement de la Mission d’observation des Nations unies en RDC (Monuc). En 2004, une conférence des pays des Grands Lacs, organisée sous la houlette des Nations unies avec l’aide de l’Union africaine et de l’Union européenne, a tenté d’établir les fondements d’une paix régionale alors que, au même moment, les Etats-Unis poussaient à la mise sur pied d’une commission tripartite entre la RDC, l’Ouganda et le Rwanda. Ce processus a débuté en avril 2004, lorsque les États-Unis sont parvenus à faire en sorte que les responsables de haut rang du Rwanda, de l’Ouganda et de la RDC engagent des pourparlers visant à mettre fin aux violations de leurs frontières territoriales et à trouver les moyens de bloquer les agissements de milices en maraude dans l’est du Congo. Par la suite, le Burundi s’est joint aux négociations et la « Commission mixte tripartite plus un » fut créée pour vérifier l’application de l’accord régional de sécurité entre les parties impliquées. Kinshasa et Brazzaville se tournent le dos La paix en RDC reste tributaire à la fois de la capacité des Congolais d’assurer la protection de leur territoire à travers la formation d’une armée unifiée, ce qui paraît encore être un travail de longue haleine, et de la situation intérieure des voisins de ce géant aux pieds d’argile. Les relations avec le voisin soudanais dépendent essentiellement de l’évolution au Sud Soudan, qui a conclu un accord de paix avec le gouvernement central de Khartoum. L’Angola, qui cherche à asseoir son influence régionale, a surtout des préoccupations sécuritaires, d’où son appui à Kabila père, qui combattait Mobutu allié de la rébellion armée angolaise de l’Unita, soutenue à l’époque par Washington et la plupart des pays occidentaux. Les relations sont plus ambiguës avec le voisin immédiat de la RDC, le Congo-Brazzaville, de l’autre côté du fleuve. « Ces deux capitales se tournent le dos » souligne un diplomate, rappelant que chacune accuse l’autre d’abriter des opposants. Les relations entre les deux pays pourraient toutefois s’améliorer avec la présidence de l’Union africaine qu’exerce actuellement le président du Congo-Brazzaville Denis Sassou Nguesso. Les choses sont plus compliquées avec les voisins de l’est, Ouganda, Rwanda et Burundi. L’Ouganda, longtemps considéré comme un « bon élève » par les institutions de Bretton Woods, a vu son image ternie par les accusations de pillage des richesses de la RDC – tout comme le Rwanda d’ailleurs – qui avaient même indisposé ses partenaires britanniques et américains. Ainsi le président Museveni tient à montrer sa bonne volonté, même si les richesses du nord-est de la RDC intéressent toujours son entourage immédiat. L’Ouganda et le Rwanda, qui étaient des alliés très proches, se sont ensuite affrontés pour le contrôle de territoires en RDC avant de passer par des phases de tension et de réconciliation. Le Rwanda reste partagé entre le poids du génocide de 1994 et la chasse aux « génocidaires » et le pragmatisme politique qui lui commande une certaine retenue tant sur le plan intérieur qu’à l’extérieur, afin de pouvoir jouer un rôle régional et rassurer ses bailleurs de fonds. Leur aide reste en effet indispensable pour le développement de ce petit pays enclavé, à forte densité de population. Le régime rwandais sait qu’il ne pourrait pas survivre sans l’aide de la communauté internationale, d’autant qu’il a réussi à placer ses hommes dans des postes-clés comme la présidence de la Banque africaine de développement ou la vice-présidence de la Commission africaine. Tout comme le Burundi, lui aussi secoué par les troubles ethniques, il garde un profil bas en cette période pré-électorale, mais tout peut basculer si les élections en RDC donnent lieu à des troubles intérieurs. D’autant plus que Rwandais et Burundais continueront toujours à lorgner vers « l’espace vital » que représente l’immense territoire de la RDC et ses richesses actuelles ou potentielles, problème que seule une véritable coopération régionale pourra régler à long terme. | |||
| Marie Joannidis | |||
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