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| 15/09/2006 | |||
| Questions internationales (1) L’armée française sur tous les fronts | |||
| (MFI) Entre la volonté de Paris de compter sur la scène internationale et la multiplication des conflits régionaux, l’armée française intervient de plus en plus sur des champs d’opérations extérieures. Au risque d’atteindre la limite de ses moyens en hommes et en matériel. Revue de détail. | |||
| Combien de soldats français sont en mission en-dehors des frontières ? L’armée française compte 352 200 soldats, dont 36 849 sont basés en-dehors du territoire métropolitain. Un record dans l’histoire militaire française. Certes, un nombre important d’entre eux – 16 570 – sert dans ce qu’on appelle les forces de souveraineté, à savoir dans les huit départements et territoires d’outre-mer. Mais 14 970 sont engagés dans une quinzaine d’opérations extérieures (Opex) que ce soit en Afghanistan, dans les Balkans, au Liban ou en Côte d’Ivoire. A cela s’ajoutent les forces de présence, c’est-à-dire 5 300 soldats basés à l’étranger en vertu d’accords de défense, en l’occurrence au Gabon, au Sénégal et à Djibouti. Pourquoi un tel engagement militaire de la France ? L’augmentation de cette présence militaire française à l’étranger obéit à une volonté politique de Paris (voir l’article suivant) ; elle s’explique aussi par le souhait de la communauté internationale d’intervenir dans un nombre croissant de conflits. Ainsi les troupes tricolores sont-elles souvent déployées dans un cadre multilatéral. C’est le cas avec les missions des Nations-Unies au Kosovo, en RDC, au Liban, en Haïti et au Sahara occidental. Parfois c’est l’Otan qui porte le drapeau (Afghanistan, Macédoine) ou l’Union européenne, au moment où nombre de stratèges ne jurent que par l’Europe de la défense (Balkans, RDC encore, Soudan). Mais la France mène aussi en Afrique des Opex de son propre chef ; on peut citer l’opération Epervier au Tchad (1 100 soldats censés sécuriser le pays de toute intrusion étrangère), la mission Aramis (protection des frontières) au Cameroun, ou l’opération Licorne en Côte d’Ivoire (3 600 soldats pour surveiller le cessez-le-feu entre les Forces nouvelles et l’armée gouvernementale). Au total, s’agissant des Opex, 9 620 soldats français interviennent dans un cadre multilatéral et 5 350 pour des missions à l’initiative de Paris. A noter l’éparpillement de cette présence française à l’étranger : dans quatre missions (Libéria, Ethiopie, Burundi et Timor-Leste), un seul soldat a été détaché par la France auprès de l’Onu ; ils ne sont que trois dans les territoires Palestiniens et en Géorgie. Par contre, 3 700 hommes sont stationnés au Liban, 3 000 à Djibouti et près de 2 500 dans les Balkans comme en Afghanistan. L’armée française a-t-elle les moyens humains d’un tel déploiement sur une longue période ? Décidée en 1996, la professionnalisation des troupes est achevée depuis 2002. Cela signifie que tous les bataillons peuvent être envoyés sur des théâtres d’opérations extérieures, et pas seulement les troupes de marine, les légionnaires et les parachutistes comme par le passé. En 1996, le président Jacques Chirac avait fixé un contrat aux armées : constituer un vivier opérationnel d’environ 60 000 hommes capables d’être déployés rapidement sur tout conflit majeur. Cet objectif est en passe d’être atteint. Mais avec 14 970 hommes engagés dans des Opex (qui doivent être relevés tous les quatre mois) et 5 300 soldats dans les forces de présence en Afrique (relevés tous les ans), l’armée française fonctionne à flux tendu. Car dans les faits, ce sont toujours les mêmes unités qui sont envoyées en opération. Et pour un homme sur le terrain, on en compte trois dans l’administration. Certes les militaires apprécient un travail qui répond aux raisons de leur engagement. En outre, leur solde est multipliée par 2,5. Mais ils se plaignent de rotations trop fréquentes, de la difficulté à voir leur famille (1). Quel est le coût matériel et financier de ces Opex ? Limite des moyens humains, limite aussi des équipements. Les premiers véhicules blindés à débarquer en septembre au Liban portaient encore le sigle de la KFOR, la mission de l’Otan au Kosovo. Ce sont les mêmes unités qui tournent, donc les mêmes véhicules. En outre, pour des raisons financières, la disponibilité du matériel dans l’armée française – si elle s’est améliorée ces dernières années – dépasse rarement les 60 %. Il n’est pas rare sur une base militaire de voir des mécaniciens prendre des pièces sur un hélicoptère pour réparer l’hélicoptère voisin. Ce problème se ressent lorsqu’il s’agit de projeter des troupes à l’étranger. Ainsi après les attentats du 11 septembre, les unités françaises envoyées en Afghanistan ont fait le voyage dans des Antonov russes et ukrainiens affrétés auprès de compagnies privées ; les Transall de l’armée de l’air vieillissent et sont en nombre insuffisant. Leur remplaçant – l’A400M – ne sera pas disponible avant 2012. Les Opex sont prioritaires en terme d’affectation du matériel, mais cela ne suffit pas toujours. Les soldats se plaignent du manque de munition, de véhicules vieillissants, d’armes fatiguées… (2) Toutefois il ne faut pas noircir le tableau. Si l’armée française est tant sollicitée à l’extérieur, c’est qu’elle est reconnue comme l’une des mieux entraînées et des plus performantes au monde, avec un véritable savoir-faire dans l’approche de terrains étrangers. Mais il est impossible de négliger ses contraintes humaines et matérielles. Enfin, les opérations extérieures coûtent cher : environ 600 millions d’euros par an (sur un budget total de 46,2 milliards). La seule opération Licorne, en Côte d’Ivoire, coûte 190 millions. Un budget qui, chaque année, fait l’objet d’une âpre bataille entre les ministères de la Défense et de l’Economie. D’autant que certains élus de l’opposition et des spécialistes des questions militaires se plaignent du manque de transparence financière des Opex et s’interrogent sur le bien-fondé d’un tel déploiement des forces françaises à l’étranger. Jean Piel 1) Avec 14 700 soldats à l’étranger, l’armée britannique rencontre les mêmes problèmes. 2) Quant au porte-avions nucléaire Charles de Gaulle, il est actuellement indisponible, car en maintenance pour 18 mois. C’était prévu, mais la France n’a qu’un seul porte-avions. | |||
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