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27/10/2006
Questions internationales : crise avec la Corée du Nord (3)
Prolifération nucléaire : les règles du jeu


(MFI) Adopté en 1968, le Traité de non-prolifération nucléaire n’a pas atteint ses deux objectifs : empêcher de nouveaux pays d’acquérir l’arme atomique et favoriser la réduction des arsenaux existants.

L’essai nucléaire réalisé par la Corée du Nord sonne-t-il l’arrêt de mort du Traité de non-prolifération (TNP) ? On peut le craindre tant celui-ci est malmené depuis des années. Adopté en 1968, le TNP prévoit que tout Etat qui dispose de l’arme atomique s’engage à ne pas la vendre, ni à la transférer gratuitement ni à transférer des technologies permettant de la développer. Parallèlement, les pays qui ne disposent pas de la technologie nucléaire ne doivent pas chercher à l’acquérir. Ce traité fige donc – en théorie du moins – le « patrimoine » atomique de la planète. N’ont le droit de posséder des armes nucléaires que les pays qui en possédaient déjà à l’entrée en vigueur du TNP, à savoir la Russie, la Chine, les Etats-Unis, le Royaume-Uni et la France. Paradoxalement, les cinq membres du Conseil de sécurité de l’Onu. Le TNP est le traité le plus universel puisque 188 pays l’ont signé. Les seuls « mauvais élèves » sont le Pakistan, l’Inde, Cuba et Israël. L’objectif du TNP est de mettre un terme à la prolifération nucléaire et à la course aux armements, et au-delà à favoriser la réduction de l’arsenal nucléaire des pays signataires.
Pour veiller à son respect est née l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), agence onusienne basée à Vienne. En 2005, ses 250 inspecteurs ont effectué 10 000 visites dans 900 installations de 71 pays. L’AIEA veille à ce qu’aucun pays ne retraite de l’uranium à des fins militaires. Mais l’usage civil de l’atome – dans une perspective énergétique – est légal. L’AIEA surveille en outre le trafic de matière fissile ; celui-ci a explosé en Europe après la chute de l’URSS.


Un traité aujourd’hui contesté

Le TNP est aujourd’hui contesté par des pays qui n’acceptent plus qu’ils figent une situation, arguant du fait que le paysage international a évolué depuis 1968 et qu’ils ont besoin de cet « attribut de grandeur » face à un voisin belliqueux. En outre, trois des non-signataires du TNP ont développé l’arme atomique : l’Inde, le Pakistan et Israël. Par le fait, cela n’est pas illégal, mais néanmoins fragilise le texte. En procédant à un essai nucléaire, la Corée du Nord devient donc la 9è puissance atomique. Il convient de ne pas oublier les pays du seuil, ceux qui, sans posséder l’arme atomique, maîtrisent des étapes croissantes du cycle de l’atome. Parmi ces pays, on peut citer l’Iran, l’Egypte, la Turquie, la Malaisie, le Japon, le Brésil… Comme l’explique Olli Heinonen, chef des inspecteurs de l’AIEA : « Plus nombreux sont les pays qui possèdent la technologie nucléaire, plus nombreux sont ceux qui peuvent l’acquérir. C’est un phénomène cumulatif très dangereux. La dissuasion, qui marchait avec cinq puissances nucléaires, devient illusoire avec vingt pays. »

Deux poids deux mesures

Les exclus du club nucléaire dénoncent aussi une politique de « deux poids deux mesures ». La détention de l’arme atomique par la Corée du Nord, et probablement bientôt par l’Iran, suscite une énorme émotion internationale alors que des essais effectués par Israël ou par l’Inde n’entraîne qu’une condamnation de principe. Réponse, en substance, de Washington : « On ne peut pas considérer de la même manière une démocratie parlementaire raisonnable comme l’Inde, qui ne soutient aucun groupe terroriste et dont les dirigeants ne se livrent à aucun trafic, et la Corée du Nord, dictature imprévisible, ruiné économiquement donc n’ayant rien à perdre, et qui vend des armes au plus offrant. »

Les Etats-Unis conçoivent de nouvelles armes atomiques

Dernière critique – et non des moindres – contre le TNP : les cinq pays autorisés à posséder l’arme atomique n’ont que peu réduit leur arsenal. Certes la France a fermé le plateau d’Albion où se trouvaient ses missiles nucléaires sol-sol, ainsi que deux sites de production de matière fissile à usage militaire. Mais les Etats-Unis, la Chine et la Russie n’ont jamais accepté de renoncer à leurs essais. La Russie détiendrait 18 000 ogives nucléaires, les Etats-Unis 10 600, la Chine 400, la France 350 et le Royaume-Uni 200. Premier budget militaire du monde, les Etats-Unis développent même actuellement de nouvelles armes nucléaires, qu’on appelle des mini-nuke : des petites bombes atomiques destinées à percer des bunkers enfouis sous terre dans lesquels des « Etats voyous » ou des organisations terroristes dissimuleraient des armes de destruction massive. Le budget de recherche pour ces mini-nuke était, en 2005, de 24 millions de dollars.

Jean Piel

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